Carême: s’humaniser

Chers auditeurs, si la vie humaine triomphe de toutes les épreuves et de toutes les catastrophes, c’est sans doute qu’elle est portée par une immense espérance. Et peut-être est-ce dans la fragilité de la première enfance, qu’il en faut chercher là source.

Retranscription d’une ouverture du carême à la Radio Suisse Romande, date inconnue
Mise en ligne:
16.02.21
Temps de lecture: 3 mn

On trouverait difficilement, en effet, un père et une mère qui n’aient éprouvé devant le berceau de leur petit enfant le sentiment d’une grandeur infinie.

Toutes les possibilités, vierges, qui semblent respirer dans la majesté de son sommeil les autorisent à croire en un destin privilégié. Toutes les dépendances, issues de ses besoins, leur paraissent compensées par une puissance intérieure, dont le mystère communique à leur tendresse une nuance de respect et d’admiration.

Que restera-t-il, dans quelques années, de ces promesses silencieuses et de ces rêves émouvants ? Peu de chose le plus souvent. La dureté des circonstances et la brutalité des instincts auront étouffé ces germes de grandeur : l’enfant, devenu adulte, vivra une existence banale qui passera, sans laisser de trace, en léguant à d’autres générations l’espérance inaccomplie.

Il suffit pourtant qu’elle ait lui un instant, pour donner un contenu à ce terme d’humanité que Shakespeare entendait tant glorifier en disant : « Combien belle est l’humanité », et dont Karl Marx subissait le prestige lorsqu’il écrivait : « Il faut organiser le monde de manière à ce qu’il développe ce qu’il y a d’humain dans l’homme ».

Nous convertir à l’humain

Humanité, Humain : la plus inhumaine des guerres vient de nous apprendre combien nous sommes loin des exigences dont ces mots veulent être l’expression, et combien il est urgent, selon l’invitation que nous adressait naguère Jean Guéhenno, de nous convertir à l’humain. Conversion à l’humain : ce titre d’un beau livre enferme tout un programme.

Il nous rappelle que c’est dans sa solitude la plus intime que chacun décide de sa valeur : car, enfin, l’humain ne signifie rien, s’il ne désigne ce dialogue intérieur, où l’homme s’affranchit de ses limites et de ses servitudes, par un don secrètement accompli, d’où dérive toute sa puissance de rayonnement.

C’est ce don qui constitue l’essence d’une religion sincèrement vécue. C’est pourquoi rien n’est plus opportun que d’entrer dans le Carême, pour nous préparer à la Pâque, en nous inspirant de ce mot d’ordre : Conversion à l’Humain.

Aussi bien, le drame du Christ n’est-il point autre chose que l’agonie de l’Amour éternel qui nous sollicite par le don infini qu’il est, et qui prend sur soi toutes les conséquences des refus qui nous rendent inhumains. Nous humaniser, c’est précisément répondre à cet Amour par l’offrande de tout nous-même, en laissant transparaître en nous la Présence qui est la vie de notre vie : toute notre grandeur et toute notre liberté.

Découvrir le trésor caché en soi

Mais, comme l’humain s’alimente, en tout être, au même foyer, c’est du même coup nous tourner vers autrui avec un élan fraternel : en créant autour de chacun le climat de bonté qui lui permettra de découvrir le trésor caché en lui.

Oscar Wilde qui a écrit ce mot magnifique : « Qui peut calculer l’orbite de son âme ? » Il n’a reconnu l’ampleur de la sienne que pour avoir vu un ami, demeuré fidèle, s’incliner devant lui le jour où une condamnation infamante l’envoya en prison. Alors, dit-il : « Je vis le désert fleurir comme une rose ». Ce geste de respect suffit à lui ouvrir les portes de lumière : il entra dans son âme comme dans un sanctuaire et, au centre de son âme, il découvrit l’Amour qui l’attendait.

Ainsi, à chaque tournant de la route, nous pouvons — dans un passant qui l’ignorait — faire surgir ce visage dont la splendeur discrète est le sceau de notre humanité. C’est le seul moyen efficace « d’organiser le monde de telle manière qu’il développe ce qu’il y a d’humain dans l’homme ».

Car l’humain est, en chacun, ce dialogue silencieux, où il s’identifie avec l’Amour qui l’affranchit de soi ; cette harmonie secrète dont une Sagesse inspirée nous prescrit de ne point troubler le jaillissement, dans ce texte aux résonances infinies : « N’empêche pas la Musique ! »

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