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Vers la justice de l’Amour

2e dimanche de l’Avent, 
Année A, Matthieu 3, 1-12
D’une homélie de Maurice Zundel donnée à Lausanne pendant l’Avent 1965
Il y a en ce moment à Paris dans la prison de la Santé un homme qui a tué sa femme le soir de Noël, qui a tué sa femme à coups de couteau devant sa petite fille.

En ces jours-là,
paraît Jean le Baptiste,
qui proclame dans le désert de Judée :
« Convertissez-vous,
car le royaume des Cieux est tout proche. »
Jean est celui que désignait la parole
prononcée par le prophète Isaïe :
Voix de celui qui crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
rendez droits ses sentiers.

Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau,
et une ceinture de cuir autour des reins ;
il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage.
Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain
se rendaient auprès de lui,
et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain
en reconnaissant leurs péchés.
Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens
se présenter à son baptême,
il leur dit :
« Engeance de vipères !
Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?
Produisez donc un fruit digne de la conversion.
N’allez pas dire en vous-mêmes :
‘Nous avons Abraham pour père’ ;
car, je vous le dis :
des pierres que voici,
Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham.
Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres :
tout arbre qui ne produit pas de bons fruits
va être coupé et jeté au feu.

Moi, je vous baptise dans l’eau,
en vue de la conversion.
Mais celui qui vient derrière moi
est plus fort que moi,
et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales.
Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
Il tient dans sa main la pelle à vanner,
il va nettoyer son aire à battre le blé,
et il amassera son grain dans le grenier ;
quant à la paille,
il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

Homélie, Lausanne, 1965
Mise en ligne: 1.12.22
Temps de lecture: 2 mn

Si nous écoutons notre instinct de justice, il nous paraît normal que cet homme soit mis à mort; qu’il expie par sa propre mort la mort affreuse qu’il a infligée à sa femme sous les yeux de sa petite fille.

Il s’agit d’entrer en contact avec un coeur

C’est ce que Jean Baptiste pensait lui aussi. Il avait dans l’esprit qu’à la justice devait correspondre la sanction et que la colère de Dieu devait s’abattre sur un peuple infidèle et prévaricateur; et il avait annoncé en effet le jour de la colère de Dieu, il avait annoncé ce jugement qui devait, dans un intervalle très bref, liquider toute la situation d’une Palestine occupée par l’ennemi, souillée par les idolâtries et défigurée par les pécheurs.

Et voilà justement que ce jour de la colère n’éclate pas, que ce Messie qu’il avait reconnu comme tel, qui ne fait rien, qui ne se presse pas en tout cas, que non seulement il n’y a pas en lui de vengeance, mais que ce Messie singulier se commet avec les pécheurs, qu’il vit en mauvaise compagnie, qu’il accepte le contact de gens suspects…

Et c’est Jean dans sa prison, Jean de la sainte colère qui s’étonne, qui s’émeut, qui se scandalise, qui veut en avoir le coeur net: «Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?» (Mt 11, 3).

C’est toujours la même question et à cette question, il n’y a qu’une réponse: du côté de Dieu, c’est la Croix, où justement il va prendre sur lui le mal, où Dieu, au lieu d’éclater dans une sainte colère et de détruire les pécheurs par le souffle de sa bouche, va s’identifier avec le mal, va l’assumer, va faire contrepoids avec son Amour afin de nous introduire dans son Royaume, dans ce Royaume de grâce où il n’y a pas de vengeance, où il n’y a pas de violence et où l’Amour a toujours le dernier mot.

Nous comprenons Jean, nous comprenons son impatience, nous comprenons son appétit de justice, puisque cela relève de ce vieux fonds instinctif en nous et nous sommes toujours surpris de découvrir en Dieu une autre justice qui est celle de la Croix, parce que nous n’avons pas encore compris que le bien est Quelqu’un à aimer et non pas quelque chose à faire.

Il ne s’agit pas de se conformer à un programme tout fait, établi du dehors et qui nous serait imposé par une autorité redoutable et impassible.

Il s’agit d’entrer en contact avec un coeur, il s’agit de nouer une amitié, il s’agit de vivre une vie d’intimité, il s’agit de nous échanger avec quelqu’un qui est tout Amour et qui ne peut être reconnu par nous que dans la mesure où son intimité s’enracine dans la nôtre.

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