Vaincre les tempêtes du mal
12e Semaine du Temps Ordinaire, Année B,
Mc 4, 35-41
Le Jésus de la tempête apaisée annonce la lutte contre le mal, qui va être un passage de mort et de résurrection.
Le monde dans lequel Jésus naît est un monde comme le nôtre, un monde dominé par la cupidité, par la convoitise, par l’agressivité, un monde qui n’est pas libre, un monde qui dément tous les desseins de Dieu, un monde qui est une caricature de la création authentique, un monde des ténèbres qui ne reçoit pas la lumière.
Homélie, Rolle (Suisse) 1971
Mise en ligne: 17.06.21
Temps de lecture: 2 mn

Au lieu que nous soyons devenus des personnes, au lieu que nous soyons des créateurs de nous-même, dans un pur élan d’amour vers Dieu qui nous attend au plus intime de nous-même, nous sommes un monde enfermé dans sa nuit, nous sommes un monde qui exalte ses convoitises, qui se roule dans l’érotisme, qui ne cesse d’allumer partout des foyers de guerre et d’agressivité, comme il accumule, autant qu’il le peut, l’argent au détriment de la vie et de sa dignité.
Jésus apparaît comme le révélateur et de notre vie et de la vie de la nature tout entière et du sens de tout l’univers.
Au lieu que nous devenions quelqu’un comme Flaubert nous y invite lorsqu’il dit: «Pourquoi vouloir être quelque chose quand on peut être quelqu’un?», au lieu de devenir quelqu’un, nous sommes devenus quelque chose, un monde de choses qui est la négation de l’esprit, un monde de choses qui défigure l’univers, un monde de choses qui rend incompréhensible le geste créateur, car enfin ce n’est pas ce que Dieu a voulu, ce monde de sang, de larmes, de convoitise, d’agressivité et de cupidité, ce n’est pas ce que Dieu a voulu et Jésus-Christ, vierge, infiniment pur, infiniment spirituel, Jésus-Christ dont l’humanité répand une contagion de liberté jusque dans la nature, qui guérit les malades, qui apaise la tempête, qui ressuscite les morts, qui témoigne ainsi d’une liberté incomparable, Jésus, parce qu’il est solidaire de ce monde, qu’il vient fonder une nouvelle création, va faire contrepoids à tous nos refus d’amour, à tous ceux de l’Histoire, du commencement à la fin, il va faire contrepoids avec sa Personne et il va être fait chose à notre place. (…)
Tout cela pour nous faire surgir de nos ténèbres, pour nous appeler à la liberté, pour nous enraciner dans sa Personne afin qu’en lui nous communiions à l’éternelle source de vie et c’est justement parce que sa mort était notre mort, c’est justement parce qu’il est mort de notre mort qu’il ne pouvait pas demeurer, lui le Prince de vie, captif de la mort.
Il y avait dans son être une exigence de vie qui devait s’accomplir et le vrai miracle, si l’on peut dire, ce n’est pas qu’il ressuscite, ce qui va de soi si l’on peut dire, c’est qu’il soit mort; car il n’a pu mourir, encore une fois, que de cette mort d’identification avec nous et maintenant la loi de son être reprend vigueur et il apparaît en effet au-delà du tombeau dans l’aube de Pâques, il apparaît comme le Prince de la vie.
Nous entrevoyons désormais l’ordre de la création. L’ordre de la création, ce n’est pas un ordre de mort, un ordre d’agonie, de misère, de séparation, de haine et de convoitise.
L’ordre de la nature, c’est un ordre de lumière et d’amour, j’entends la nature vue par Dieu, la nature voulue par Dieu, la nature telle qu’elle devrait être, la nature que nous avons à réaliser en nous, hors de nous, dans le monde entier et dans tout l’univers.
Cette création, elle ne peut être que l’effusion de la vie divine; Dieu ne peut vouloir créer que l’esprit, car qu’est-ce que l’esprit? C’est justement l’être qui ne subit pas sa vie comme une chose, mais qui l’assume, qui la recueille, qui la libère, qui la donne dans une offrande d’amour à cet Amour qui ne cesse de l’appeler et qui nous attend tous au plus intime de nous.
Jésus ressuscité, vainqueur de la mort, Jésus, Prince de la vie, Jésus apparaît comme le révélateur et de notre vie et de la vie de la nature tout entière et du sens de tout l’univers.


