Toute Connaissance digne de ce nom est une connaissance nuptiale

« Homélie de Maurice Zundel à Genève en 1956. Non édité.

Résumé : il faut partir de la connaissance nuptiale dans le mariage, mais établir la distance infinie. La foi n’est pas représentée comme une connaissance nuptiale. Il faut se mettre sur le chemin de la pauvreté.

 

« Toute Connaissance digne de ce nom est une connaissance nuptiale. »

(Coventry Patmore)

À la base de cette connaissance, nous trouvons : intimité, unité, identification.

La connaissance nuptiale est une connaissance mystique, c’est un échange de vie, une réciprocité entre Dieu et l’homme.

Pour atteindre la connaissance nuptiale, il faut partir de la connaissance nuptiale dans le mariage. Il faut asseoir l’amour sur l’Éternel, établir la distance infinie.

La proximité absolue est dans la distance infinie.

Dans la connaissance nuptiale, c’est difficile à cause de la proximité charnelle. Où introduire la distance infinie qui suppose que l’être est un mystère inépuisable ?

Il y a une découverte toujours à faire. L’amour est le crédit à cette nouveauté. Tant qu’un être aime, il espère. Il s’agit d’équilibrer “proximité” et “mystère”, d’où nécessité de distance, sans quoi l’amour s’efface.

Sans distance, pas d’amour… même pour nous-même : nous devons être un Himalaya à gravir. L’image de l’amour conjugal est facile à suivre dans une communion silencieuse. Exister devant ce mystère et lui donner toutes ses chances.

Transposons cet amour sur le plan de la foi. Il faut arriver au mariage d’amour avec Dieu, il s’agit de réciprocité.

La plupart des présentations religieuses sont inacceptables, parce qu’elles ne présentent pas la foi comme une connaissance nuptiale. Cf. La fin des temps de Piper. Il essaye de nous placer devant la fin du monde. Tout finira dans une catastrophe qui sera la fin de l’histoire. Mais il y aura une résurrection pour les élus, l’auteur en fait partie… donc tout finit bien. Plus on lit ce livre plus on devient indifférent. Il y a un intérêt psychologique à cette présentation, mais c’est inquiétant.

Cf. le livre de Job. Il évoque le problème du mal avec violence. L’innocent souffre et ne sait pas pourquoi. Il veut démontrer qu’il est innocent. Il plaide sa cause. Ses amis, qui sont des sages, lui expliquent qu’il paye des fautes antérieures, etc. etc. Job s’emporte contre Dieu lui-même, et Dieu entre en scène et lui fait l’éloge de l’hippopotame et du crocodile… « tu ne peux pas en faire autant »

En résumé, l’homme n’y comprend rien et ne doit pas chercher à comprendre. Mais l’ensemble du livre ne résout pas le problème de la douleur et nous sommes fort loin du problème de la connaissance nuptiale.

Ce livre passe à côté de la question. Il fait apprendre à lire la Bible, elle n’est pas une “dictée”, un “téléphone” du ciel, elle n’est pas la réponse que Dieu peut donner à nos problèmes. Elle est une suite de “feux rouges” et de “feux verts” La réponse de Job est un feu rouge. Le problème du mal recevra une autre réponse dans la Croix du Christ.

Einstein dit : Sagesse faculté de s’étonner.

Il y a une pédagogie biblique où l’homme s’étonne. Il cherche une issue vers la lumière Dans la Bible, il y a souvent une recherche qui n’aboutit pas… “feux rouges”. Il faut chercher ailleurs. On s’est mal engagé, il ne faut pas refaire l’expérience.

Si nous cherchons la connaissance nuptiale, après Job, nous savons qu’il faut chercher ailleurs. Nous la trouverons au moment où nous serons dans l’amour nuptial, où le OUI de l’homme sera le OUI de Dieu.

Dieu est impuissant devant le mal. C’est l’impuissance de l’amour devant le mal Cf. le Lavement des pieds et l’agenouillement de Jésus. Il n’y a mal absolu que devant la valeur absolue. Il y a un univers de générosité en face de l’univers du mal. Nous trouvons là saint François d’Assise. Il porte le problème de l’amour crucifié. Amour Dieu pauvreté, sans défense. Il comprend que l’aventure humaine est de délivrer ce Dieu captif.

Il fallait arriver là pour arriver à la connaissance nuptiale qui n’est pas la soumission absolue. Dieu est celui qui n’a rien, et ceci est si extraordinaire qu’on n’a jamais fini de s’en étonner.

Si nous nous mettons sur le chemin de la pauvreté, nous ne pensons plus ni à la fin des temps, ni à la prédestination, mais à une valeur menacée : Dieu entre nos mains. Il faut sauver cette valeur et la faire vivre en nous en lui donnant une puissance sans réserve. François ne cherche pas son salut, il ne voit que le royaume de Dieu remis entre ses mains. Il ne peut revenir à lui-même.

Alors tout va se fonder sur le OUI nuptial, car le OUI de l’homme sera au niveau du OUI de Dieu. C’est un don sans réserve de tout soi-même à l’autre. On ne se voit plus, on ne se compare plus. Trinité réciprocité du don dans la personne divine.

Alors nous sommes devant le “feux verts” de l’amour. Le mal est une dimension de l’amour piétiné dans l’univers. C’est Dieu qui est piétiné. Toutes les énigmes de la psychologie humaine tomberont. Job ne pouvait s’imaginer que Dieu était victime, qu’il est comme une mère écrasée par le mal pour épargner ses enfants.

Il y a quelqu’un qui paye le mal. C’est Dieu qui est la mère, qui est cette déchirure jusqu’à la Croix. Job ne pouvait faire mieux, ce livre est une étape. Lire la Bible nous place plus souvent devant un “feux rouges” que devant un “feux verts”.

L’étape sera dépassée dans l’Évangile. Il faut encore dépasser cette étape. Le message de Jésus va beaucoup plus loin. La connaissance nuptiale est une connaissance qui exige une entière liberté. Il y a plus à faire qu’un dialogue de générosité. Nous sommes fonction de cette lumière.

Saint Jean de la Croix, après la nuit de l’âme, est tellement écartelé qu’il a le sentiment que Dieu est son ennemi. Comment une âme peut-elle concevoir Dieu comme un ennemi ? Ceci ne vient pas de Dieu, mais de l’âme qui est opaque, qui ne peut pas laisser passer la lumière divine.

Il faut toujours, en lisant la Bible, prendre la mesure de l’homme.

Dieu est toujours au-delà de ce que l’homme peut imaginer. C’est lorsque l’homme ne pense plus qu’il comprend, car il n’est plus qu’un regard vers l’éternelle beauté. On apprend plus par une demi-heure de silence que par trois ans de lecture.

Nous ne devons pas nous laisser troubler par une affirmation de la fin du monde, de prédestination, etc. Il faut qu’elles soient ouvertes sur autre chose. Il faut les dépasser sur le plan de la pauvreté infinie. Ces affirmations sont alors inexistantes.

Il ne faut jamais arrêter la révélation à un point défini de l’histoire.

Quand l’homme n’est plus que générosité et amour, il est dans la vérité. Mais lorsque les mots redeviennent des mots, il faut recommencer, tout est perdu.

La connaissance nuptiale refuse de se limiter jamais. La Révélation est le ferment d’une expérience à venir. Elle engage l’humanité et d’abord nous même. On n’est jamais arrivé au dernier mot.

Le Christianisme n’est pas un circuit fermé. L’Apocalypse. Ce livre : la fin des temps est mauvaise ; d’autant plus mauvais qu’il est sincère et pur devant le définitif. Il n’y a pas de définitif. Pourquoi décrire l’avenir ? C’est le gâcher.

Les prophéties, elles, nous préparent à l’avenir. C’est une orientation pour nous “hausser” à un événement que chacun comprendra, suivant sa hauteur.

Le visage de Dieu sera vécu suivant la hauteur de chacun, suivant le OUI en nous. L’expérience humaine est diverse, elle est un “devenir”. C’est dans la direction de l’infini qu’il faut toujours marcher. Saint Jean a cru que Dieu était son ennemi, ce n’était pas la fin.

On traverse cela pour aller ailleurs. Dieu ne tient pas à ce que nous mordions la poussière pour le connaître.

La joie d’aimer est de réciprocité. Retenons ceci : c’est là où est la beauté et la tendresse que Dieu est.

snn 56 0102

18/11/2018 – novembre 2018

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