Riche est le pauvre

28e Semaine du TO, Année B,
Mc 10, 17-30

Un des plus grands saints de l’Eglise, François d’Assise, était, comme vous savez, l’ambition faite homme.

Conférence, Londres, 1964
Mise en ligne: 07.10.21
Temps de lecture: 3 mn

Fils d’un riche marchand, d’un bourgeois, il aspirait à devenir seigneur, il éblouissait ses camarades en jetant à poignée des pièces d’or, soit pour alimenter leurs fêtes nocturnes, soit pour s’illustrer auprès du tombeau de saint Pierre ; François était le roi de la jeunesse d’Assise, François, si fier de lui, comme son père l’était aussi de cet aîné qu’il destinait comme lui au négoce, mais auquel il laissait la bride sur le cou, car il ne lui déplaisait pas que son fils apparût comme un seigneur : c’était la meilleure illustration de sa réussite.

Le premier, saint François a compris que le sens de la pauvreté chrétienne, c’est une manière de s’assimiler à Dieu et de lui ressembler.

Mais François ne rêvait pas de négoce, il lisait les romans de chevalerie, il rêvait de s’illustrer sur tous les grands champs de l’histoire, à remplir le monde de sa gloire, et à vingt ans, il est prisonnier pendant une année ; mais cela ne lui suffit pas, il veut s’illustrer dans la grande guerre, dans ces immenses batailles au Sud de l’Italie, s’imposer à l’admiration, devenir chevalier ou seigneur et épouser la plus belle princesse du monde.

Mais justement, en chemin, il est arrêté par une voix intérieure qui lui dit : « François, lequel vaut le mieux, de servir le maître ou de servir le serviteur ? » Et il comprend la parabole qui se fait jour en son esprit.

Qui est-il ? Il n’est rien. Il va servir sous les ordres d’un capitaine, lui-même au service d’un prince. Il sera le domestique d’un domestique. Ce n’est pas assez pour lui.

Il retourne à Assise pour demeurer fidèle à son rêve de grandeur et c’est là que, après une maladie qui risque d’aboutir à la mort, il médite sur sa vie vaine en attendant que la voie qui s’est faite en lui le conduise à son vrai destin.

Et c’est en rencontrant, aux portes de la ville, son frère le lépreux, car il y avait déjà des semaines qu’il s’émouvait sur le sort de ces hommes parqués en dehors de la ville qui recevaient, bien sûr, le pain dont leur corps avait besoin, mais qui ne recevaient jamais le pain de l’amitié… c’est alors qu’il comprend ce qui est exigé de lui : il quitte son cheval, s’approche du lépreux, dépose une pièce d’or dans sa main et la baise, cette main pleine de pus et de sang, et remonte à cheval paralysé par la Présence de Dieu, sûr qu’il vient de rencontrer Jésus-Christ.

Et peu à peu, le dépouillement de François s’accentue dans la reconstruction de Saint-Damien, car il a cru entendre une voix lui disant : « François, reconstruis ma maison », jusqu’à ce qu’enfin, entendant l’Évangile de la fête de saint Matthias, il comprenne que Jésus l’appelle à le suivre dans la pauvreté.

C’est alors qu’il entre dans sa carrière de mendiant, en essuyant tous les mépris et tous les opprobres, tenu pour fou par un grand nombre, encourant la fureur de son père qui se sent déshonoré par sa conduite jusqu’à ce qu’enfin l’évêque d’Assise lui donne son manteau après qu’il ait rendu à son père tout ce qu’il avait reçu de lui, pour n’avoir désormais d’autre père que le Père céleste.

C’est alors que va commencer cette immense procession de la divine Pauvreté, chant adressé constamment à sa Dame, la Dame de ses rêves, cette princesse idéale qu’il reconnaît maintenant sous les traits de Dame Pauvreté, cette Pauvreté qu’il aimera jusqu’à la mort, avec une passion unique, sans jamais reconnaître un disciple, parmi ses fils authentiques, qui ne soit d’abord essentiellement dévoué à Dame Pauvreté.

Sous le nom de Dame Pauvreté, c’est Dieu qu’il perçoit. Il a compris que Dieu était la pauvreté, que la première béatitude : « Bienheureux ceux qui ont une âme de pauvre », était la béatitude de Dieu.

Le premier, il a compris que le sens de la pauvreté chrétienne, ce n’était pas un ascétisme, une privation, mais que c’était une mystique, c’est-à-dire une manière de s’assimiler à Dieu et de lui ressembler.

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