Qu’ils soient un, au cœur du monde
7ème dimanche de Pâques, Année B,
Jn 17, 11-19
Le chapitre 17 de l’Evangile de Jean, qui est lu en ce dimanche, parle de l’unité en Christ. C’est une ultime et solennelle prière de Jésus. Zundel en déroule quelques exigences concrètes.
Homélie, Lausanne(Suisse) 1972
Mise en ligne: 14.05.21
Temps de lecture: 2 mn

Si Jésus-Christ vit au-dedans de nous, si Jésus-Christ vit autour de nous, si nous portons en nous le rayonnement de son Amour, si nous sommes authentiquement des vivants, comment ne serions-nous pas tous proches de ceux qui se réclament de lui et qui peuvent l’aimer aussi fort, aussi ardemment, aussi passionnément que nous-même.
Mais tout cela doit se concrétiser de la manière la plus pratique et j’ai retenu surtout deux choses.
La première, c’est que la médisance est un homicide: dire du mal des autres, c’est les tuer.
Je ne connais rien de plus lâche que de dire du mal des autres quand ils ne sont pas là. Quand ils sont là, ils peuvent s’expliquer. Quand ils sont là, on prend la responsabilité de ce que l’on dit. Quand ils ne sont pas là, rien de plus facile que de les accabler. Mais le faire de cette manière, c’est très exactement les tuer, car chacun a besoin de son honneur, il a besoin de vivre dans l’estime des autres. Ce qui me paraît essentiel dans la vie, c’est de pouvoir compter sur son honneur.
Alors il faut se clouer la bouche pour ne jamais dire du mal de personne, pour ne jamais enlever à personne cette vie essentielle dans l’esprit des autres et dans le cœur des autres. Car c’est là le témoignage le plus irrécusable de la grandeur de l’âme humaine: il ne suffit pas à l’homme de manger et de boire. Il a besoin d’estime, il a besoin d’amitié, il a besoin de vivre pour la joie et le cœur des autres.
Et la plus grande chose que j’ai retenue, elle est encore bien plus difficile à vivre: c’est que l’autre humain, c’est Jésus-Christ. C’est Jésus-Christ qui vient dans ce mendiant. Mais si c’est Jésus-Christ, pourquoi est-ce qu’il ne le nourrit pas?
Parce que Jésus-Christ a besoin en eux. Il a besoin en eux de pain, il a besoin en eux d’un toit pour passer les nuits d’hiver, parce qu’ils ont droit de vivre comme n’importe qui, parce qu’ils ont la même dignité que moi-même, parce que, si je les laisse tomber, je laisse tomber Jésus-Christ.
Jésus-Christ, ce n’est pas une parole en l’air! La Présence de Jésus-Christ, où est-elle instituée sinon en nous-même? Où serait-il s’il ne vivait pas en nous?
(…)
La foi évangélique, c’est la foi en cette identification.
Impossible, impossible que la vie divine se manifeste en nous, que la vie divine nous envahisse tout entiers et transfigure notre existence si nous ne prenons pas en charge cette même vie divine dans les autres.
Voilà tout le secret de la charité chrétienne: l’autre, c’est Jésus-Christ!
C’est un pur mensonge de prétendre que je suis attaché à la vie divine en moi, si je ne prends pas en charge la vie divine dans les autres.
Combien de fois, en face de la misère, de la pauvreté, de la souffrance et du désespoir, combien de fois n’ai-je pas senti cette identité: si je le laisse tomber, je renie Jésus-Christ parce qu’il est en lui autant qu’en moi, parce que cet homme, quel qu’il soit, a la même dignité que moi, parce qu’autant que moi il est appelé à la vie divine, parce qu’autant que pour moi, le Christ a donné sa vie.
Ce n’est pas une plaisanterie! Notre Seigneur a aimé les hommes à la folie: il les a aimés jusqu’à la mort de lui-même!
Chacun pèse au regard de Dieu autant que le sang de Jésus-Christ. C’est pourquoi le Sermon sur la Montagne, les Béatitudes, ne constituent pas une belle littérature qui peut être illustrée par une belle musique… Le Sermon sur la Montagne, c’est une exigence formidable de rendre Jésus-Christ présent au monde en honorant sa Présence dans la vie des autres.


