Quel prophète?
4e dimanche du Temps Ordinaire, Année B, Marc 1, 21-28 et Deutéronome 18, 15-20
Ce texte parle du rôle du prophète, celui qui est annoncé par Moïse dans le Deutéronome et qui est pleinement accompli par Jésus-Christ, enseignant avec autorité.
Conférence, Le Caire (Egypte) 1961
Mise en ligne: 27.01.21
Temps de lecture: 2 mn

La Révélation tend à transformer l’homme, c’est-à-dire qu’elle le met en contact avec ce Quelqu’un, dont l’existence est toute générosité et nous aimante nous-même vers une existence de générosité. La Révélation tend à prélever sur la société biologique qui confirme toute notre servitude, une société libre, une société personnelle, une société mystique où nous nous joignons par le centre, par l’intérieur et où chacun joint le secret le plus personnel qu’il a à devenir, avec la valeur universelle qu’il doit constituer.
C’est donc dans ce sens que s’orientera la mission prophétique.
Les prophètes auront à prélever constamment, sur la descendance charnelle d’Abraham, un peuple de Dieu, un peuple spirituel, un peuple qui fait une démarche personnelle, qui se joint à Dieu comme Abraham par la foi et par l’amour et c’est à ce petit reste, exclusivement, que s’adressent les promesses de Dieu.
Quand on parle, il s’agit de prendre la longueur d’onde de celui à qui l’on parle.
Il est donc parfaitement clair que le courant prophétique est un courant de genèse qui tend à susciter continuellement, dans les fidèles authentiques, cette nouvelle vie, cette vie libérée, cette vie personnelle, cette vie originelle, cette vie source, cette vie universelle.
Bien entendu, il s’agit, comme toujours, d’un petit nombre et qui rendra très difficile la proposition de la Révélation dans une langue qui s’adresse à tout le monde parce que ces fidèles, on ne peut pas les désigner d’avance; c’est en écoutant le message qu’ils reconnaîtront soudain une voie qui leur parle du dedans, mais ce message lui-même sera proposé à l’ensemble des gens, personne ne peut être exclu.
Il s’agit donc de le proposer dans un langage intelligible à ceux qui le reçoivent, c’est-à-dire – et c’est là que nous allons rencontrer des limites inévitables de tout livre écrit, qui sont des limites pédagogiques – on ne peut pas parler à tout le monde le même langage.
Si l’on veut parler d’une manière efficace, il faut s’adapter à chacun, il faut prendre sa longueur d’onde et généralement d’ailleurs, c’est en ne disant rien qu’on instruira le mieux, en écoutant parce que, tandis qu’il parle, il se laisse aller, généralement il va décanter lui-même, à travers ses mots imparfaits, insuffisants, où son moi biologique souvent s’étale, il va peu à peu se décentrer de lui-même et il va être capable d’entendre cette parole qui ne retentit que dans le silence.
Mais, de toute manière, quand on parle, il s’agit de prendre la longueur d’onde de celui à qui l’on parle pour lui proposer un message intelligible et il y avait, naturellement, un immense chemin à faire pour que l’homme découvre son vrai visage en découvrant le vrai visage de Dieu.


