Pierre ou Satan
21e Semaine du Temps Ordinaire, Année A, Mt 16, 13-20
Toute l’Eglise est un immense sacrement, nous n’avons pas cessé de le redire, un immense sacrement à travers lequel resplendit le visage de Jésus-Christ.
Conférence (extraits)
sur le « Mystère de l’Eglise »,
Paris, 1967
Mise en ligne: 19.08.20
Temps de lecture: 2 mn

Bien sûr que c’est difficile à discerner puisque à travers ces hommes-sacrements, qu’ils soient Pierre, Paul, Jacques ou Barthélemy, à travers ces hommes-sacrements, il reste que, tout de même, une humanité que nous avons devant nous, avec ses dons particuliers qui peuvent être éclatants et magnifiques, qui peuvent être moins brillants ou pas du tout, et des limites humaines qui peuvent être extrêmement choquantes, il est évident que, pour rencontrer le mystère de l’Eglise, il faudra faire le discernement entre l’homme, en tant qu’il est sacrement et l’homme, en tant qu’il est simplement un individu semblable à nous-même, affecté de toutes les limites humaines.
Dans l’Eglise, nous pouvons constamment discerner Pierre et Satan
Le Christ nous a préparés à ce discernement dans une page de saint Mathieu, le 16e chapitre, celui qui contient précisément les promesses faites à Pierre après sa profession de foi à Césarée: «Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant… Moi je te dis: tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise.»
Eh bien, dans la même page, à quelques lignes d’intervalle, tandis que le Seigneur réaffirme la catastrophe qui sera la fin de sa mission, tandis que Jésus parle de nouveau de la croix, ne voulant pas que le messianisme que Pierre vient d’affirmer soit confondu avec une entreprise révolutionnaire qui se situe sur un terrain charnel, Jésus, reparlant de la croix, entendra les adjurations de Pierre qui le suppliera de se détacher de ces pensées funestes et d’envisager l’accomplissement de sa mission par une voie ou par une issue triomphale.
C’est alors que Jésus lui dira cette parole qui peut sembler brutale: «Retire-toi de moi, Satan, car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu.»
Voilà justement qui doit faire équilibre: tu es Pierre, mais tu es aussi Satan, selon les cas, et dans l’Eglise, nous pouvons constamment discerner Pierre et Satan, discerner par la foi, bien entendu, ce qui veut dire très simplement que nous ne sommes liés à l’Eglise que dans la mesure où elle est en effet Jésus; et qu’elle n’est plus rien pour nous, c’est-à-dire qu’elle cesse radicalement d’être l’Eglise, quand elle n’est plus Jésus.
Quand Pierre est la pierre, il a reçu ce surnom du Christ, mais pas son nom, c’est un surnom symbolique qui indique une fonction.
Quand Simon, fils de Jean, fait ses affaires, quand il poursuit ses rêves, ses chimères et ses ambitions, il est l’Antéchrist, il est l’adversaire, il est celui qui s’oppose à l’accomplissement du règne de Dieu, il est un pauvre pécheur qui pleure sur ses fautes et avec lequel nous devons pleurer les nôtres.
Il est Pierre, c’est-à-dire, il n’est vraiment le sacrement du Seigneur que dans la mesure où il disparaît en lui dans cette pauvreté essentielle qui est le caractère premier du mystère de l’Eglise, comme du mystère de Jésus, comme du mystère de la Trinité.


