Pertinence de l’humour
32e dimanche du temps de l’Eglise,
Année C, Luc 20, 27-38
D’une conférence de Maurice Zundel sur l’humour dans l’Évangile, donnée au Caire en 1961. Dans cet exposé, Zundel fait allusion à la dispute entre les sadducéens et Jésus à propos de la résurrection, qui est lue ce dimanche.
En ce temps-là,
quelques sadducéens
– ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection –
s’approchèrent de Jésus
et l’interrogèrent :
« Maître, Moïse nous a prescrit :
Si un homme a un frère qui meurt
en laissant une épouse mais pas d’enfant,
il doit épouser la veuve
pour susciter une descendance à son frère.
Or, il y avait sept frères :
le premier se maria et mourut sans enfant ;
de même le deuxième,
puis le troisième épousèrent la veuve,
et ainsi tous les sept :
ils moururent sans laisser d’enfants.
Finalement la femme mourut aussi.
Eh bien, à la résurrection,
cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse,
puisque les sept l’ont eue pour épouse ? »
Jésus leur répondit :
« Les enfants de ce monde prennent femme et mari.
Mais ceux qui ont été jugés dignes
d’avoir part au monde à venir
et à la résurrection d’entre les morts
ne prennent ni femme ni mari,
car ils ne peuvent plus mourir :
ils sont semblables aux anges,
ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection.
Que les morts ressuscitent,
Moïse lui-même le fait comprendre
dans le récit du buisson ardent,
quand il appelle le Seigneur
le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob.
Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants.
Tous, en effet, vivent pour lui. »
Conférence, Le Caire (Egypte), 1961
Mise en ligne: 03.11.22
Temps de lecture: 2 mn

C’est ainsi que Jésus interroge dans une synagogue, le jour du sabbat: «Est-il permis de faire du bien le jour du sabbat plutôt que le mal? de sauver une vie plutôt que de la tuer?», comme nous le lisons en Marc 3, 4. Cette question est le prélude à la guérison de l’homme à la main desséchée. Cette question reste naturellement sans réponse puisque les adversaires, devant cette mise en demeure, refusent de se découvrir.
«A quoi reconnaîtrai-je mon prochain?»
Dans le récit parallèle de cet épisode en Mt. 2, 11, Jésus pose la question si concrète: «Lequel d’entre vous n’ayant qu’une brebis, si elle tombe dans une fosse le jour du sabbat, ne s’efforcera de l’en retirer?» Cette question, comme toutes les autres qu’il posera dans des circonstances analogues, ne comporte pas d’échappatoire. (…)
Le chef d’œuvre de l’humour polémique est cependant peut-être en Luc 10, 25-37, la parabole du bon samaritain.
Quand on se rappelle la haine ancestrale entre Juifs et Samaritains, le mépris que les premiers avaient pour les seconds qu’ils détestaient plus encore que des païens, il est impossible de ne pas voir dans le choix que Jésus fait de son héros dans la parabole, une ironie à la fois très fine et très profonde, puisque c’est le docteur de la Loi lui-même qui a posé la question: «A quoi reconnaîtrai-je mon prochain?»
Il doit convenir que dans l’histoire, dans la parabole, c’est le Samaritain qui seul a su reconnaître son prochain. (…)
Un autre exemple est emprunté au débat sur la Résurrection engagé par les sadducéens qui la nient et qui présentent le cas, pour mettre Jésus dans l’embarras, d’une femme qui a eu sept maris, tous frères, tous morts avant elle, en demandant duquel elle sera la femme au jour de la résurrection? Jésus répond simplement qu’au jour de la résurrection, il n’y aura plus de mariage et que, par conséquent, la question ne saurait se poser.
Ces joutes polémiques, où l’humour abonde, sont destinées davantage à soustraire les humbles, prêts à accueillir le Royaume avec un cœur d’enfant, à l’influence des doctrinaires qui sophistiquent la religion, qu’à convertir ceux-ci dont la malveillance éclate avec un humour parfait dans le récit de Jean 9, qui nous décrit minutieusement l’interrogatoire de l’aveugle-né par les pharisiens incapables de digérer sa guérison.


