Passer du donné au don
32e dimanche du TO, Année B,
Mc 12, 38-44
Ce sont très probablement des notes d’auditeur. La veuve du récit évangélique, en donnant de son nécessaire, est une femme libre, car dans toute sa personne, elle a passé du donné au don.
La propriété est ordonnée à l’offrande; pour permettre à l’homme de devenir humain, l’espace de générosité est nécessaire.
Conférence, Cénacle (Genève) 1962
Mise en ligne: 3.11.21
Temps de lecture: 2 mn

Ce qui fait l’homme, ce n’est pas qu’il soit intelligent, doué de raison, qu’il ait puissance sur l’univers et qu’il puisse se servir de cette puissance, l’esprit commence où commence le don de soi: il faut passer du DONNÉ au DON.
Si rien ne vous est impossible ou inconnu, si vous connaissez le passé et le futur, cela ne vous sert de rien, si vous ne faites de cet équipement un don.
C’est le don qui nous fait passer du dehors au dedans.
Si même nous étions des Séraphins, si nous n’avons pas la charité, nous ne sommes rien.
Toute existence pour nous est un acte de violence qui nous est fait; nous sommes contraints d’exister, nous sommes là et nous n’avons pas choisi de l’être.
Notre manière d’exister revient à nous traiter en objet, si la grandeur est dans la contrainte.
Or, la seule manière de devenir esprit, c’est de se recueillir et de faire de tout son être un don; on devient alors une existence choisie dans la mesure où nous devenons un libre don… c’est le passage du donné au don.
L’équipement le plus parfait peut amener à détraquer l’univers; l’évolution dans la mesure où elle est imposée, contrainte, est un scandale, et le véritable progrès commence dans la liberté, et il n’y a que l’amour qui puisse faire l’existence libre.
Il n’y a aucune différence entre un génie et une femme qui ne sait pas lire, la distinction se fait entre la vie imposée et l’existence libre.
Tous les problèmes sont transformés, quand ils sont posés dans la perspective de la personne, du donné au don.
Nous butons contre les obstacles qui nous révoltent, la rancœur ou les ressentiments, tant que nous n’avons pas fait de notre existence une offrande de don.
Répétons-le: il y a un écart de lumière entre nous et les autres, entre nous et l’univers, et dans cet espace de lumière, Dieu pourra être accueilli; sans cet espace, Dieu devient une idole et notre vie une défaite, une captivité.
L’Evangile est lumière d’amour qui révèle le visage du Christ et sa puissance sur tout l’univers, introduisant toutes réalités dans un circuit d’amour.


