Pas de miracle sans amour
4e dimanche de Carême,
Année A, 19 mars 2023, Jean 9, 1-41
D‘une conférence de Maurice Zundel donnée lors d’une retraite à Ghazir (Liban) en 1959 et publiée dans Je parlerai à ton cœur, p. 178. Le style oral a été conservé.
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là,
en sortant du Temple,
Jésus vit sur son passage
un homme aveugle de naissance.
Ses disciples l’interrogèrent :
« Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents,
pour qu’il soit né aveugle ? »
Jésus répondit :
« Ni lui, ni ses parents n’ont péché.
Mais c’était pour que les œuvres de Dieu
se manifestent en lui.
Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé,
tant qu’il fait jour ;
la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler.
Aussi longtemps que je suis dans le monde,
je suis la lumière du monde. »
Cela dit, il cracha à terre
et, avec la salive, il fit de la boue ;
puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle,
et lui dit :
« Va te laver à la piscine de Siloé »
– ce nom se traduit : Envoyé.
L’aveugle y alla donc, et il se lava ;
quand il revint, il voyait.
Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant
– car il était mendiant –
dirent alors :
« N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »
Les uns disaient :
« C’est lui. »
Les autres disaient :
« Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. »
Mais lui disait :
« C’est bien moi. »
Et on lui demandait :
« Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? »
Il répondit :
« L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue,
il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit :
‘Va à Siloé et lave-toi.’
J’y suis donc allé et je me suis lavé ;
alors, j’ai vu. »
Ils lui dirent :
« Et lui, où est-il ? »
Il répondit :
« Je ne sais pas. »
On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle.
Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue
et lui avait ouvert les yeux.
À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir.
Il leur répondit :
« Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé,
et je vois. »
Parmi les pharisiens, certains disaient :
« Cet homme-là n’est pas de Dieu,
puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. »
D’autres disaient :
« Comment un homme pécheur
peut-il accomplir des signes pareils ? »
Ainsi donc ils étaient divisés.
Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle :
« Et toi, que dis-tu de lui,
puisqu’il t’a ouvert les yeux ? »
Il dit :
« C’est un prophète. »
Or, les Juifs ne voulaient pas croire
que cet homme avait été aveugle
et que maintenant il pouvait voir.
C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents
et leur demandèrent :
« Cet homme est bien votre fils,
et vous dites qu’il est né aveugle ?
Comment se fait-il qu’à présent il voie ? »
Les parents répondirent :
« Nous savons bien que c’est notre fils,
et qu’il est né aveugle.
Mais comment peut-il voir maintenant,
nous ne le savons pas ;
et qui lui a ouvert les yeux,
nous ne le savons pas non plus.
Interrogez-le,
il est assez grand pour s’expliquer. »
Ses parents parlaient ainsi
parce qu’ils avaient peur des Juifs.
En effet, ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord
pour exclure de leurs assemblées
tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ.
Voilà pourquoi les parents avaient dit :
« Il est assez grand, interrogez-le ! »
Pour la seconde fois,
les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle,
et ils lui dirent :
« Rends gloire à Dieu !
Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »
Il répondit :
« Est-ce un pécheur ?
Je n’en sais rien.
Mais il y a une chose que je sais :
j’étais aveugle, et à présent je vois. »
Ils lui dirent alors :
« Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »
Il leur répondit :
« Je vous l’ai déjà dit,
et vous n’avez pas écouté.
Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ?
Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? »
Ils se mirent à l’injurier :
« C’est toi qui es son disciple ;
nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples.
Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ;
mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. »
L’homme leur répondit :
« Voilà bien ce qui est étonnant !
Vous ne savez pas d’où il est,
et pourtant il m’a ouvert les yeux.
Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs,
mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce.
Jamais encore on n’avait entendu dire
que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance.
Si lui n’était pas de Dieu,
il ne pourrait rien faire. »
Ils répliquèrent :
« Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance,
et tu nous fais la leçon ? »
Et ils le jetèrent dehors.
Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors.
Il le retrouva et lui dit :
« Crois-tu au Fils de l’homme ? »
Il répondit :
« Et qui est-il, Seigneur,
pour que je croie en lui ? »
Jésus lui dit :
« Tu le vois,
et c’est lui qui te parle. »
Il dit :
« Je crois, Seigneur ! »
Et il se prosterna devant lui.
Jésus dit alors :
« Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement :
que ceux qui ne voient pas
puissent voir,
et que ceux qui voient
deviennent aveugles. »
Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui
entendirent ces paroles et lui dirent :
« Serions-nous aveugles, nous aussi ? »
Jésus leur répondit :
« Si vous étiez aveugles,
vous n’auriez pas de péché ;
mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’,
votre péché demeure. »
Conférence, Ghazir (Liban), 1959
Mise en ligne: 16.03.23
Temps de lecture: 2 mn

Si nous sortons de la terre, si nous nous nourrissons de la terre, c’est que nous en sommes d’une certaine manière. Nous respirons une atmosphère qui se dégage des arbres, qui se dégage de cette prodigieuse chimie végétale qui purifie l’atmosphère en absorbant le gaz carbonique et en restituant l’oxygène.
C’est ta foi qui t’a sauvée.
Nous vivons dans l’univers, mais l’univers aussi vit en nous! Il y a une réciprocité et il est tout naturel que, si l’univers nous porte à certains égards, nous nourrit, soit par les aliments, soit par les gaz atmosphériques, par la respiration, que nous puissions, nous aussi, ordonner les rythmes de l’univers et les transformer.
Mais si le saint en est capable, le véritable thaumaturge, celui qui fait des miracles authentiques, s’il en est capable, c’est justement parce que d’abord le passage de Dieu s’est inscrit dans son esprit, dans son cœur, dans sa conscience, dans son amour, dans sa sensibilité, dans son être tout entier, et alors ce rythme divin qui le saisit tout entier va rayonner autour de lui, va pacifier, va remettre en mouvement cette circulation divine qui avait pu être interrompue, interceptée par le refus d’amour des autres hommes.
Tout cela est extrêmement important et je crois que ces images sont utiles, elles sont belles d’ailleurs.
Elles nous introduisent dans un monde trop peu connu et qui est le monde de la physique contemporaine, comme il est le monde de la psychologie contemporaine. Pourquoi voudrions-nous vivre sur de vieilles notions qui sont périmées? Ce qui est essentiel, c’est de garder cette certitude que le miracle est toujours, et d’abord, le passage de Dieu.
D’ailleurs, notre Seigneur nous a donné la plus grande leçon de sobriété qui soit.
Rappelez-vous ce neuvième chapitre de saint Jean qui nous raconte tout au long la guérison de l’aveugle-né: notre Seigneur ne le guérit pas, il l’envoie se laver à la fontaine de Siloé. C’est là qu’il est guéri! Jésus lui met de la boue sur les yeux, comme s’il prenait un remède de bonne femme: «Ce n’est rien ce que je fais! Va te laver à la fontaine de Siloé». Et l’autre revient guéri.
Comme si Notre Seigneur ne voulait pas que l’on fasse du bruit autour de cet événement et, en effet, Il ne le veut pas. Combien de fois revient dans l’Évangile cette consigne!
Notre Seigneur prend le malade à part, le sourd-muet à part ou l’aveugle à part et lui interdit d’en parler à personne, comme il interdit à Jaïre d’ébruiter le miracle de la résurrection de sa fille, comme il interdit aux disciples de parler de la Transfiguration. Comme il le dit si souvent, en particulier à l’hémorroïsse, à la femme qui souffre d’un flux de sang: «C’est ta foi qui t’a sauvée. Ce n’est pas parce que tu m’as touché: c’est ta foi».
Et, quand l’officier de Capharnaüm vient le supplier avec la dernière insistance de guérir son fils qui est à la mort, Notre Seigneur dit ce mot qui exprime une telle lassitude: «Si vous ne voyez des signes, vous ne croirez donc pas!»
Donc, rien dans l’Évangile ne peut nourrir en nous la soif du merveilleux.
Notre Seigneur s’y est opposé de toutes ses forces et, justement, au tentateur qui lui suggérait d’accomplir son ministère à coups de miracles éclatants qui attesteraient qu’il dispose d’une puissance surhumaine, Il a refusé cette proposition en disant: «Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu». Il faut donc parler avec une extrême réserve de tous les miracles et il faut y voir essentiellement le passage de Dieu.
Je suis convaincu que, s’il n’y avait pas à Lourdes tout ce mouvement de charité, toutes ces ondes d’amour qui circulent, qui dynamisent tous les rythmes humains, il ne se passerait rien! Le grand miracle, c’est ce rassemblement de masses innombrables venues de tous les points de la terre et qui mettent en commun leur amour.
Quand on entend un mot comme celui-ci: une femme était allée à Lourdes, elle était dans un état extrêmement grave: elle revient non guérie et elle dit: «J’ai obtenu une si grande grâce! – Laquelle? – Mais la guérison de ma voisine! La guérison de ma voisine!» Quand elle avait été là, elle n’avait pas demandé sa guérison, elle avait demandé la guérison de sa voisine.
C’est donc cette circulation de l’amour qui met en mouvement toutes ces énergies et il n’y a aucune raison d’imaginer une espèce d’intervention mécanique de Dieu. Elle serait impossible, encore une fois, parce que toute la Création, c’est le rayonnement d’un amour qui suscite l’être et la vie par le don de soi.


