Parfaits à la manière de Dieu
7e dimanche du TO,
Année A, Matthieu 5, 38-48
D’une homélie de Maurice Zundel donnée à Lausanne en décembre 1965
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Vous avez appris qu’il a été dit :
Œil pour œil, et dent pour dent.
Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ;
mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite,
tends-lui encore l’autre.
Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice
et prendre ta tunique,
laisse-lui encore ton manteau.
Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas,
fais-en deux mille avec lui.
À qui te demande, donne ;
à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos !
Vous avez appris qu’il a été dit :
Tu aimeras ton prochain
et tu haïras ton ennemi.
Eh bien ! moi, je vous dis :
Aimez vos ennemis,
et priez pour ceux qui vous persécutent,
afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ;
car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons,
il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment,
quelle récompense méritez-vous ?
Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
Et si vous ne saluez que vos frères,
que faites-vous d’extraordinaire ?
Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
Vous donc, vous serez parfaits
comme votre Père céleste est parfait. »
Homélie, Lausanne, 1965
Mise en ligne: 15.02.23
Temps de lecture: 2 mn

On ne l’a pas compris lorsqu’on a fait de l’humilité une école d’humiliation au lieu d’en faire une école de grandeur.
Nous avons à devenir ces pauvres selon l’esprit
On n’a pas compris ce que Dieu nous demande: c’est ce qui est indispensable à l’accomplissement d’une vie libre, d’une vie qui n’est pas subie, d’une vie qui est vraiment la source et l’origine d’elle-même, ce qui est possible justement, dans cette reprise de tout soi-même à partir de ses dernières racines dans un élan d’amour vers cet Autre plus intime à nous-même que le plus intime de nous-même.
C’est à ces pauvres que nous avons à devenir que l’Évangile s’adresse, à ces pauvres selon l’esprit qui sont précisément les véritables disciples du Dieu vivant, qui sont des fils par l’espérance et qui ressemblent à leur Père céleste dans la mesure où toute leur vie est une vie de don, de générosité et de charité.
Nous ne voulons donc jamais envisager le Christianisme sous un angle de rapetissement. Il n’est jamais question de limiter nos ambitions à quelque chose de dérisoire.
Au contraire, ce qui nous est demandé, c’est de ne jamais vouloir moins que l’infini, mais le véritable infini qui est tel précisément par ce don, par cette offrande de nous-même qui est un brasier ardent, et qui rejoint, au coeur de Dieu, la flamme éternelle de la charité infinie.
Le Christ s’adresse à nous pour nous promouvoir. Il nous dit à chacun: «Mon ami, monte plus haut» (Lc 14, 10).
Il nous délivre de toute humiliation. Il nous délivre de toutes les hiérarchies où il y a un «en haut» et un «en bas», où il y a des maîtres et des sujets, non pas en nous poussant à la révolte, mais en nous faisant comprendre que la véritable grandeur est dans la ligne de l’existence et que celui-là agit d’une manière souveraine, dont la présence suffit pour créer de la lumière, pour apporter de la joie, pour être une source de fraternité et de paix.
Nous avons donc à nous laisser former par lui, mais en toute sécurité, mais en toute confiance, mais en tout abandon, parce qu’il ne va rien nous prendre, lui qui est le grand pauvre.
Il va nous apprendre à ne rien posséder, c’est-à-dire à n’être possédé par rien.
Il va nous apprendre à grandir dans le silence, il va nous apprendre à nous donner à lui-même qui est le don parfait, il va nous apprendre à accueillir les autres sans les humilier jamais, parce que chacun a la possibilité de devenir un fils de Dieu, et parce que pour chacun c’est la même route, c’est la même dimension, c’est la même grandeur, c’est la même humilité qui n’humilie pas, mais qui glorifie, parce que, tout simplement, en cessant de se regarder, on est fasciné par le visage que l’on porte en soi, et on n’aspire plus qu’à lui donner la possibilité de se révéler, de transparaître et de se communiquer.


