« À Bex, où Maurice Zundel a résidé pendant deux ans. Nous vous proposons ici des notes prises par un auditeur, lors d’une homélie le 5 août 1951, sur le thème de la Transfiguration.
Résumé : Dieu passe dans un visage qui s’ouvre et s’illumine, Il est là quand le monde devient plus beau et se transfigure. Comme l’artiste, il s’agit de se perdre en Dieu. Il n’y a pas de démonstration de Dieu si ce n’est notre transfiguration.
Qu’est-ce que Dieu vient faire dans notre vie ? Qui a vu Dieu ? À cette question posée de tous côtés dans ce monde inquiet qui voudrait une solution à ses problèmes, mais voudrait se nourrir de mensonges et de fictions, il n’y a qu’une seule réponse : la Transfiguration.
S’il n’y avait dans la nature le mystère de la Présence, la Transfiguration, un jaillissement de source, nous ne saurions pas qu’il y a un Dieu et nous serions incapables de voir le vrai visage de l’homme. Comment rencontrer ce Dieu, si ce n’est dans un visage qui s’ouvre et s’illumine ? Transfiguration est le mot-clef. Il s’agit d’un événement qui a transformé une vie, qui lui donne une profondeur, en nous libérant, en nous permettant de faire, au plus profond de nous-même, la Rencontre.
A moins d’être des brutes, quels sont les parents qui ne se sont sentis transportés dans le sourire de leur enfant ? Transportés dans un monde où ils voudraient rester toujours. En avion, il y a une telle gratuité, une telle tendresse qui vient à nous dans les jeux de lumière que vous sentez derrière tous les phénomènes impossibles à analyser, qu’il y a un visage. Ainsi, devant une intelligence qu’on ne comprend pas toujours, il y a la personnalité, une telle noblesse, une telle sérénité que tout devient lumière. Je me souviens d’avoir senti cela au Collège de France en écoutant Édouard Le Roy (voir note).
Nous sommes tous sensibles au rayonnement de la bonté, de la lumière qui nous conduit au plus profond de notre être. Ce trésor existe aussi chez les autres. C’est toute la grandeur de l’homme, la seule raison de vivre et voilà, Dieu a passé comme une musique. Et nous savons qu’il a passé parce que nous ne sommes plus nous-même : nous avons changé d’étage. Si on fait cette Rencontre, on sait qu’il y a là tout un programme de vie.
Comment rencontrer Dieu ? En faisant la vie plus belle, silence, gratuité, bonté, un espace, une respiration vivante et nous entrerons dans ce dialogue, nous ne serons plus seuls, mais perdus dans l’Autre.
On réunit dans les musées les chefs-d’œuvre. Qu’est-ce qu’un chef d’œuvre, sinon une transfiguration ? Il s’est perdu en Dieu, l’artiste, au plus profond de lui-même, dans un moment créateur. Et nous avons à vivre cela tout au long de notre existence – il faut en faire une création incessante.
Il n’y a pas de démonstration de Dieu si ce n’est notre transfiguration, notre dialogue avec une Présence réelle.
Il n’y a pas de démonstration de Dieu si ce n’est notre transfiguration, notre dialogue avec une Présence réelle. Cela fait autre chose qu’une religion qui est un programme d’impostures et d’abrutissement. Nous sommes à pied d’œuvre et nous allons commencer notre journée comme une chance divine, comme un effort pour faire surgir à la surface des êtres leur profondeur, de chaque mouvement un rayonnement.
Gardons cette image, ce mot magnifique, ce mystère de la Transfiguration. À chaque pas, essayons de rendre le monde plus beau afin que Dieu soit vivant. Dieu, personne ne peut le dire, mais chacun peut le découvrir et le susciter en vivant cette transfiguration et Dieu ne peut s’accomplir en nous que dans la mesure où nous devenons plus profonds, plus recueillis et plus sensibles à sa Présence. Dieu est là, Dieu est vivant et on s’en aperçoit quand le monde devient plus beau et qu’il se transfigure.
Édouard Le Roy
Il succède à Bergson au Collège de France en 1921 et à l’Académie française en 1945. Élu à l’Académie des sciences morales et politiques en 1919.
Catholique convaincu, il développa une pensée philosophique à la confluence des sciences et de la morale. Il s’interrogea notamment, dans une époque où les progrès scientifiques bouleversaient le monde, sur les rapports entre la science et la morale.
Dans le domaine de la religion sa position était de privilégier le cœur, le sentiment ou la foi instinctive, et à rejeter les dogmes, la théologie spéculative, les raisonnements abstraits.
Il fut accusé de modernisme et mis à l’Index avec Alferd Loisy suite à la constitution apostolique Lamentabili Sane Exitu de 1907 (Pie X). (voir Encyclopædia Universalis, wikipedia, le modernisme, etc.)