Manuscrit sans date – Par la foi, notre esprit s’élargit aux dimensions de l’humanité et de l’univers tout entier, passé, présent, futur

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08-10/10/2016 octobre 2016

Manuscrit de Maurice Zundel, sans lieu ni date.

Et telle est la victoire qui a triomphé du monde : notre foi. (1 Jn. 5:4)

Voici la victoire que nous remportons sur le monde notre foi, dit saint Jean dans sa première épître.

Il s’agit d’une conquête, et non d’un appauvrissement. Les mystères de foi ne sont donc pas proposés à nos esprits pour les mettre à la torture, mais pour les exalter dans la lumière, et les délivrer de toute limite.

Quelque dogme que l’on envisage, quelque pratique approuvée par l’Eglise, on peut être sûr d’entrer dans la grandeur. Et il n’y a pas de jour où, penché sur cette doctrine, l’esprit n’y découvre plus de richesses et plus d’harmonie, plus de jeunesse et plus de joie. Le monde semble se rouvrir sous nos mains, et livrer les secrets de sagesse et d’amour cachés dans ses abîmes, et notre destinée prend des proportions gigantesques, et notre vie s’épanouit dans un formidable mystère.

Qu’est-ce que l’Homme ? Un atome dans l’univers, si l’on considère la masse. « Par l’espace, l’univers me comprend et m’engloutit comme un point, mais par la pensée, je le comprends. » (Pascal) Des milliards d’étoiles ne produiront jamais une pensée. Leur splendeur est aveugle, leur harmonie inconsciente. C’est le poète qui leur donne une voix. L’Homme s’annexe l’univers comme un corps immense qui prolonge le sien et qui orchestre les vibrations de son cœur. L’Homme est solidaire des éléments qui chiffrent sa chair, et les élève en lui à la vie de l’Esprit. Mais ce n’est pas tout : les philosophes et les naturalistes nous ont montré la solidarité des hommes entre eux :

L’hérédité collective qui fait que tous les siècles se rassemblent en nous. (Unité dans le temps)

La division du travail qui fait que toutes les [   ] travaillent pour nous. (Unité de l’espace)

La foi grandit les perspectives dans le mystère de la communion des saints. Les âmes sont solidaires dans le mérite et dans la faute. Toutes les âmes se tiennent dans l’amour ou dans les rivalités.

Tous ceux qui vivent dans la grâce ne forment qu’un corps dont Jésus est la tête. Et si nous sommes au Christ, nous héritons des mérites des saints ou plutôt, nous y participons, car ils sont vivants, et c’est librement qu’ils nous communiquent leur trésor, et nous enveloppent de leur tendresse et de leur protection.

« >Qu’est-ce que l’Homme, disait le psalmiste, pour que vous vous souveniez de lui. Vous l’avez établi un peu au-dessous des anges, Vous avez mis toutes choses sous ses pieds. » (Ps. 8:5-7) Voilà l’Homme solidaire de tous les éléments comme l’a magnifiquement compris la liturgie, solidaire de l’humanité contemporaine, comme le signifie efficacement l’Eglise visible, solidaire de toute âme vivante hors du temps et de l’espace, solidaire dans l’Eternel de toute créature intelligente, les Anges et les Saints, solidaire du Christ, et par le Christ, du Dieu-Trinité…

Ainsi l’Homme n’est pas seul, isolé, mais uni à tout esprit dans l’unité vivante de l’Amour, dont chaque battement de cœur fait palpiter l’univers, dont chaque action retentit aux siècles des siècles.

On s’est insurgé entre le culte des saints, comme s’il dérobait à Dieu le culte qui lui est dû, et l’on a réussi à mutiler l’œuvre de Dieu

– En rompant cette solidarité des éléments, en renonçant à la liturgie,

– en rompant la communion des hommes,

– en renonçant à l’Eglise visible,

– en rompant la communion des saints, en renonçant à leur culte…

Comme si Dieu était jaloux de son œuvre, comme s’il n’avait pas créé par Amour, comme si ce n’était pas lui rendre gloire que d’honorer ceux qu’il a comblés de gloire et qu’il a plus aimé.

N’allons pas dire que les saints ont chance de nous mieux comprendre, parce qu’ils furent hommes… Le cœur de Dieu est plus vaste que le leur.

Mais disons plutôt : les saints sont nos frères, les saints sont nos membres, leur prière est comme notre prière, nos invocations s’élargissent dans les leurs. Car nous ne pouvons aller à Dieu que selon ce que nous sommes. Or nous ne sommes pas des isolés, mais solidaires au triple point de vue que nous avons dit. Et le culte des saints ne nous apprendrait-il que cette chose, que ce serait déjà un magnifique élargissement de notre vie.

Il nous apprend en outre que l’Amour de Dieu est créateur, et qu’il communique sa causalité dans la mesure où il attire un être à soi, par surabondance de vitalité, et dans la générosité de son bonheur qui reste anxieux du nôtre. Ce qui est vrai des saints, s’ils entrent vraiment dans notre vie, cela est vrai à plus forte raison de la Sainte Mère de Dieu, dont les mystères nous occuperont désormais…

(Malheureusement le manuscrit s’arrête ici.)