L’offrande liturgique

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« Article de Maurice Zundel dans Le Courrier de Genève daté du 29 juin 1925. On lira également ce texte dans son livre Le Poème de la sainte Liturgie (*). Les titres sont ajoutés.

Résumé : À l’origine, les offrandes étaient en nature, puis elles furent en argent. Des règles furent établies, et des conseils suggérés pour les plus généreux.

 

Des dons en nature

L’antique Liturgie romaine voulait, nous l’avons vu, que les fidèles offrissent eux-mêmes le pain et le vin destinés véhiculer la présence du Seigneur, pour qu’ils ne se tinssent point passifs devant l’autel, comme si tout ce qui s’y passait leur eût été étranger.

Le geste visible, aussi bien, a pour effet normal de provoquer l’élan intérieur auquel il correspond. L’offrande matérielle, dans la pensée de l’Église, devait donc être le signe de l’offrande spirituelle, le symbole du don de soi, selon les intentions du Christ immolé.

Les fidèles, de très bonne heure, prirent d’ailleurs l’habitude d’unir, au pain et au vin, d’autres dons en nature, blé, en particulier, et du raisin.

Ils entendaient ainsi subvenir à l’entretien de leurs prêtres, et à l’indigence des pauvres : leur foi très simple leur disait qu’il ne fallait pas séparer du Christ, ceux qui sont les dispensateurs de sa grâce, et ceux qui sont les imitateurs de ses souffrances.

Leur foi sublime les assurait que leurs offrandes étaient toutes appelées à devenir la chair et le sang du Christ, — qu’elles dussent servir à la communion eucharistique, à la table du prêtre ou à la nourriture du pauvre :

« Celui qui vous reçoit me reçoit », (Matth. 10:40 Cf. 10:1 et 11:1.)avait dit Jésus de la personne de ses ministres ; et à l’adresse de ses membres humiliés : « Ce que vous avez fait au dernier d’entre mes frères, c’est à moi-même que vous l’avez fait ». (Matth. 25:40.)

On savait, aux âges apostoliques, que ces paroles jugeraient le monde.

Puis des dons en argent

À partir du 11ème siècle, quand le pain azyme (sans levain) eut été introduit dans la liturgie occidentale, les fidèles ne furent plus admis à apporter, de leur maison, le pain qu’ils avaient préparé pour l’usage domestique.

Les offrandes furent sur le point de tarir. Mais l’Église rappela aux fidèles, qu’ils ne devaient point se présenter les mains vides à la table du Seigneur, quand lui-même y apportait les richesses infinies de sa souffrance et de son amour. Les dons en nature devinrent ainsi des dons en argent : sous forme d’offrande au prêtre célébrant, pour obtenir une part plus intime aux fruits du sacrifice, et sous forme de contribution aux charges de l’activité paroissiale, — avec des mots plus modernes : sous forme d’honoraires de messe, et sous forme de quêtes.

N’élevons pas ici des clameurs d’indignation : l’argent est sacré autant que le pain, autant que le travail lui-même, puisqu’il n’est que le substitut du travail, dans les échanges indispensables à la vie corporelle.

Je sais les dangers de son usage, mais je sais aussi qu’il faut nous habituer à ne point accuser les éléments des fautes qui viennent seulement de la misère de l’homme.

Règles au sujet des dons

L’Église connaît d’ailleurs assez l’infirmité de notre nature, pour avoir prévenu, autant que faire se pouvait, les déficits de cette institution.

Elle a voulu, en effet, que le prêtre ne pût rien demander au-delà du taux déterminé par elle, et que l’aumône reçue épuisât les disponibilités de son intention, et d’autre part, elle a exigé des fidèles, toutes les fois qu’ils le pouvaient, qu’ils ne descendissent pas au-dessous de la limite assignée, pour ne pas priver ses ministres de ce qui est légitimement requis pour soutenir leur condition.

Car il en est bien ainsi, dès que cessent d’être fixés le mode et la mesure, la voie est ouverte au marchandage et à la vénalité.

L’Église connaît ses enfants, et qu’ils ne sont pas tous des héros et des saints, — et qu’il ne faut pas leur en demande trop : exiger ce qui est dû, ne rien imposer au-delà du nécessaire et tempérer si bien tout ce qui est d’obligation que personne ne puisse légitimement s’y soustraire, — après cela, favoriser tout ce qu’un généreux vouloir peut ajouter à la stricte obligation de la règle, tel est le double objectif de sa divine législation, tel est le miraculeux équilibre des préceptes et des conseils.

Préceptes et conseils

Le précepte est comme ouvert sur le conseil, ce qui est requis suggère et appelle ce qui n’est pas rigoureusement exigible. Et le conseil est comme la fleur du précepte, — son parfait accomplissement — et comme le lit d’un beau fleuve, où silencieusement glissent, lourdes des mystiques récoltes, les hautes nefs des Théologales : la Foi, l’Espérance et la Charité.

C’est ainsi que le précepte s’achève dans le conseil, et que le conseil s’appuie au précepte.

Et le précepte est pour tous, — mais le conseil pour les plus généreux. Il est peut-être souhaitable que tous y parviennent, mais il n’est pas plus dangereuse chimère, que de l’imposer à tous.

Tenons-nous-en d’abord au précepte, mon ami, puis nous verrons à mettre en œuvre le conseil.

Voulez-vous donc réclamer les suffrages de l’Église pour vos défunts, rappelez-vous que votre offrande n’est point le prix du sacrifice, mais l’expression sensible de votre amour pour ceux auxquels la foi vous relie, et de votre charité à l’égard du célébrant, identifié, en tant que tel, au Christ qu’il représente. — Et ne dites pas : « C’est trop cher » ou « Combien est-ce que ça coûte ? » comme s’il s’agissait d’un achat ou d’une vente.

Et si la précision de la discipline blesse votre âme délicate, dépassez la somme établie par le droit et présentez sous enveloppe le don que vous, vous voulez faire ; pour que l’âme du prêtre soit allégée, et que le Christ, en lui, reçoive votre aumône.

(*) « Le poème de la sainte liturgie »

Date de parution : 21/08/2012
Pagination : 220 pages
ISBN :
MDS : NUM1021

sij 25 0602

11/11/2018 – novembre 2018

mots-clefs mots-clés : Zundel, 1925, don, pain, vin, argent, offrande, règle, précepte