L’heure du choix pour Jésus… et pour nous
1er dimanche du Carême,
Année A, 26 février 2023, Matthieu 4, 1-11
D’une homélie de Maurice Zundel donnée au Cénacle de Genève le 15 février 1970
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
Jésus fut conduit au désert par l’Esprit
pour être tenté par le diable.
Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits,
il eut faim.
Le tentateur s’approcha et lui dit :
« Si tu es Fils de Dieu,
ordonne que ces pierres deviennent des pains. »
Mais Jésus répondit :
« Il est écrit :
L’homme ne vit pas seulement de pain,
mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Alors le diable l’emmène à la Ville sainte,
le place au sommet du Temple
et lui dit :
« Si tu es Fils de Dieu,
jette-toi en bas ;
car il est écrit :
Il donnera pour toi des ordres à ses anges,
et : Ils te porteront sur leurs mains,
de peur que ton pied ne heurte une pierre. »
Jésus lui déclara :
« Il est encore écrit :
Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne
et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire.
Il lui dit :
« Tout cela, je te le donnerai,
si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. »
Alors, Jésus lui dit :
« Arrière, Satan !
car il est écrit :
C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras,
à lui seul tu rendras un culte. »
Alors le diable le quitte.
Et voici que des anges s’approchèrent,
et ils le servaient.
Homélie, Genève, 1970
Mise en ligne: 23.02.23
Temps de lecture: 2 mn

Vous avez dans la mémoire le développement de ces tentations, telles qu’elles sont présentées dans l’Evangile de saint Matthieu et de saint Luc.
Nous y voyons que notre Seigneur est mis en face d’une voie facile, la voie du miracle qui écartera toute embûche de son chemin, qui le préservera de toute souffrance et qui fera éclater, comme une manifestation de la puissance de Dieu, sa qualité de Fils de Dieu.
Notre Seigneur repousse ces tentations par les textes que vous connaissez bien, et il s’engage par là même dans la voie de la Passion.
Car il y a dans la tentation comme une bifurcation pour notre Seigneur: il est au début de sa vie publique et il doit s’engager selon sa vocation et selon sa mission qui est de choisir la voie difficile qui aboutira à l’agonie, à la mort, en un mot, à un échec.
Et il n’y a aucun doute que ces tentations représentent dans l’âme de notre Seigneur, dans sa sensibilité, une préméditation de son agonie, cet effroyable combat corps à corps avec la mort, cette obscurité des ténèbres, cet horizon sans espérance, ce cri final: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» Tout cela est déjà contenu en germe dans la tentation.
Notre Seigneur, en choisissant cette voie, sait à quoi il s’expose. Il sait les conséquences de ce choix terrifiant. Il sait qu’il va revêtir toute la culpabilité humaine, qu’il doit faire contre-poids, par le prix de sa vie, à tous les refus d’amour à travers toute l’histoire. (…)
Dans le Nouveau Testament et au seuil de la vie publique de notre Seigneur, nous voyons que Dieu est engagé dans notre destinée, engagé dans notre vie, engagé dans l’histoire du monde jusqu’à la mort de la croix, car le bien n’est plus d’accomplir un commandement et de se soumettre à une loi.
Le bien, c’est d’aimer Quelqu’un qui est l’amour, Quelqu’un qui ne cesse de s’offrir sans s’imposer jamais, Quelqu’un qui, intérieur à nous mêmes, ne cesse de nous attendre.
Et le seul mal, symétriquement, ce n’est pas seulement la désobéissance à un commandement, extérieur à nous-même. Le mal c’est une blessure faite à Quelqu’un, c’est une blessure d’amour faite à l’Amour et une blessure qui aboutira finalement à la mort de Dieu.


