Le sel de la terre
5e dimanche du TO,
Année A, Matthieu 5, 13-16
D’une conférence de Maurice Zundel donnée en 1957 au Caire. Le contexte est celui d’un christianisme minoritaire en terre d’Islam. Mais ne devient-il pas aussi minoritaire en nos terres d’Europe et d’Amérique du Nord ?
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Vous êtes le sel de la terre.
Mais si le sel devient fade,
comment lui rendre de la saveur ?
Il ne vaut plus rien :
on le jette dehors et il est piétiné par les gens.
Vous êtes la lumière du monde.
Une ville située sur une montagne
ne peut être cachée.
Et l’on n’allume pas une lampe
pour la mettre sous le boisseau ;
on la met sur le lampadaire,
et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
De même, que votre lumière brille devant les hommes :
alors, voyant ce que vous faites de bien,
ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »
Conférence, Le Caire, 1957
Mise en ligne: 01.02.23
Temps de lecture: 2 mn

Le chrétien ne peut pas vivre pour son propre salut, mais pour celui de tout l’univers. Le Christ n’est pas venu pour nous donner le repos, mais pour apporter le feu qui doit consumer toute la terre. Nous n’avons pas le droit de rétrécir le Christ à nos propres dimensions. Nous ne pouvons lui imprimer nos limites sans le renier.
Il faut que chacun se sente chez soi chez nous.
L’Évangile, c’est l’interdiction de limiter son esprit. Le Christ s’est confié à nous; chacun de nous le porte comme le trésor du monde. Toute créature attend son accomplissement du rayonnement du Christ à travers nous. (…)
Les Douze avaient cette immense force d’être des envoyés. Ils n’étaient plus eux-mêmes, mais Lui. Le Christ avait brûlé leur cœur à la Pentecôte dans le baptême de feu. Dans leur cœur, il n’y avait plus d’obstacle.
C’est dans la mesure où les Apôtres ont été le Christ et pas eux-mêmes qu’ils ont réussi. Nous ne sommes pas plus minoritaires que les Apôtres. Ils se sont laissés pénétrer, par la Présence qui les envoyait, de force, de lumière et d’héroïsme. Ils étaient le sel de la terre, mais le sel de la terre est toujours donné, la lumière du monde continue à luire.
C’est la Pentecôte qui recommence.
Pour que l’Evangile soit toujours vivant, pour que se propage ce feu, nous devons être entraînés dans cet immense amour, porter ce témoignage de communion et de Présence, porter le feu qui doit transformer toute créature pour une nouvelle naissance qui la fera vivre de Dieu.
Cette Présence s’atteste en nous par notre libération en faisant éclater nos limites. Il faut que chacun se sente chez soi chez nous, comme à l’intérieur de lui-même. C’est dans la mesure où nous satisfaisons à cette apostolicité que nous pourrons rendre témoignage à l’Évangile.
Quel accueil avons-nous fait aux autres? Quelle compréhension pour que les autres se sentent accueillis, compris?
Quand nous vivrons notre Christianisme comme le bien de tous, nous sortirons de cet esprit minoritaire. Il faut apporter cette plénitude de vie, de grandeur, de liberté, de virilité qui se communique par le fait même de son existence.
On ne saurait nous empêcher d’être grands et de rayonner.


