Le ciel est en nous
Ascension du Seigneur,
Année A, 18 mai 2023, Matthieu 28, 16-20
D’une homélie de Maurice Zundel au Caire le jour de l’Ascension 1963. L’interprétation de l’événement par Zundel est originale: la présence visible de Jésus doit cesser, pour que les Apôtres s’ouvrent à la vraie dimension universelle de sa mission et de leur mission.
En ce temps-là,
les onze disciples s’en allèrent en Galilée,
à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.
Quand ils le virent, ils se prosternèrent,
mais certains eurent des doutes.
Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles :
« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.
Allez ! De toutes les nations faites des disciples :
baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,
apprenez-leur à observer
tout ce que je vous ai commandé.
Et moi, je suis avec vous
tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Homélie, Le Caire, 1963
Mise en ligne: 17.05.23
Temps de lecture: 2 mn

Pour nous, l’Ascension veut dire: le Christ prend définitivement congé de ses disciples et, s’il prend définitivement congé d’eux, c’est qu’il a complètement échoué.
le véritable sanctuaire de Dieu, c’est l’homme
Ce que nous voyons, c’est l’échec du côté de Jésus. Et il l’exprime dans ce mot qu’il a dit au cours du dernier entretien après la Cène: «Il est bon que je m’en aille, sinon l’Esprit saint ne viendra pas à vous.»
Aucune parole ne peut traduire l’échec de Jésus mieux que celle-là. Il a si bien échoué qu’il faut l’Esprit saint pour que ses disciples découvrent enfin qui il est.
Ils ont limité Dieu. Ils en ont fait un dieu local, un dieu national, le dieu d’une nation comme si Dieu pouvait se monopoliser et ils ont attendu de Jésus qu’il serve à l’exaltation de cette nation, à la réalisation de ses ambitions. Ils n’ont pas compris ce que Jésus a dit à la Samaritaine.
Ils n’ont pas compris que Dieu est au-dedans de nous. Il n’ont pas compris que le véritable sanctuaire de Dieu, c’est l’homme. Ils n’ont pas compris que le ciel authentique, c’est notre âme. «Le ciel, c’est l’âme du juste», comme dit saint Grégoire. Ils ont fait de Dieu une idole.
C’est pourquoi, il leur est impossible de comprendre leur maître davantage. Il leur est impossible de le voir dans sa réalité authentique. Ils projettent sur lui leurs rêves et ils attendent de lui qu’il accomplisse leurs ambitions.
C’est pourquoi Jésus est profondément seul. Il est seul dans le jardin de l’agonie. Il est toujours seul et il se sent plus à l’aise avec les publicains, avec les schismatiques, avec les hérétiques, avec les femmes de mauvaise vie.
Il y a tout un courant de divine ironie dans l’Evangile où l’on voit Jésus mettre en valeur le païen, canoniser le centurion dont «la foi est plus grande que quiconque en Israël», nous le voyons amener le docteur, un pharisien cousu dans ses propres vertus, convaincu de ses mérites, à reconnaître dans la parabole du bon Samaritain que le seul homme qui ait été fidèle à l’amour, c’est justement l’étranger, le schismatique, le samaritain.
Nous le voyons prendre la défense – et avec quelle puissance d’amour – de la pécheresse qui a beaucoup aimé, de la femme adultère en demandant que celui-là lui jette la première pierre qui n’a jamais péché. Nous l’entendons déclarer que les publicains, des gens méprisés et honnis et détestés, et les prostituées, vous précéderont dans le Royaume des Cieux.
Jésus est seul et c’est pourquoi il faut qu’il s’en aille pour que ses disciples Le reconnaissent. Et c’est ce qui marque le jour de l’Ascension. Ce jour de l’Ascension scelle l’échec de Jésus. Les yeux des apôtres ne s’ouvriront que dans le baptême de feu de l’Esprit et c’est alors qu’ils commenceront à entrer dans la catholicité de l’amour.


