Le Christ, Roi de l’univers
Solennité du Christ Roi de l'Univers, Année B,
Jn 18, 33-37
L’Evangile de la Fête du Christ Roi nous rapporte le dialogue qu’échangèrent Jésus et Pilate. L’embarras du magistrat y est admirablement noté. Il sent qu’il n’a aucune prise sur cet accusé qui le met lui, Pilate, pour la première fois peut-être, en face de sa conscience.
Méditation, Genève (Suisse) 1932
Mise en ligne: 17.11.21
Temps de lecture: 2 mn

L’accusation qui pèse sur ce prisonnier est manifestement inepte, il ne peut être un rival de l’empire. Le juge la répète sans conviction: «Es-tu le roi des Juifs?»
– «Mon royaume n’est pas de ce monde… je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la Vérité. Quiconque est disciple de la Vérité écoute ma voix».
Et Pilate lui dit: «Qu’est-ce que la vérité?» et il sortit…
Il ne pouvait comprendre que la Vérité était devant lui.
Dieu nous fait toujours mieux sentir la vérité du Message qui dépasse infiniment toute explication qu’on en pourrait donner.
La Vérité, n’est-ce pas l’être dans la transparence de l’Amour; et la plénitude de l’être, n’est-ce pas aussi la plénitude de l’Amour.
Aussi bien, à la révélation de l’Exode: «Je suis celui qui suis», répond le mot de saint Jean, qui en est le suprême commentaire: «Dieu est Amour».
La Vérité, c’est donc bien cette vivante lumière, avec laquelle nous sommes mystérieusement confrontés toutes les fois qu’un éclair de conscience illumine notre activité.
La Vérité n’est pas une formule abstraite, un axiome éternel, un principe sans regard et sans vie: la Vérité est une Personne.
«Je suis, dit Jésus, la Voie, la Vérité et la Vie».
Et la foi qui nous communique quelque chose de son regard, la foi qui nous rend comme intérieurs à sa pensée pour nous faire communier à toute vérité, la foi est donc, avant tout, une adhésion à sa Personne.
En sorte que l’énoncé de chacun des articles de foi, de chaque dogme, pourrait commencer par ces mots: «C’est Jésus». La Trinité, c’est Jésus dans l’unité du Père et de l’Esprit.
L’Incarnation, c’est Jésus dans son propre mystère de Verbe fait chair.
La Rédemption, c’est Jésus victime d’amour sur la Croix rédemptrice.
L’Église, c’est Jésus exprimé dans son Corps mystique.
Beaucoup d’âmes se sont créé à elles-mêmes des difficultés insurmontables, en considérant le dogme comme un système de propositions abstraites, au lieu de l’entendre comme une confidence d’amour toute rayonnante de la Présence divine, qui l’énonce et qui la remplit.
Quand vous recevez une lettre d’un être aimé, les mots vous parviennent, à travers son âme, vous les lisez dans sa personne, vous leur prêtez l’inflexion de sa voix, vous les faites vivre de sa vie.
A plus forte raison en doit-il être ainsi à l’égard du message divin qui contient, justement, notre initiation à la vie divine.
Il faut l’entendre à travers Jésus, dans la lumière de sa Personne, il faut s’en approcher comme d’une Eucharistie.
C’est sans doute le même Seigneur qui est donné à tous dans le Mystère de la Cène.
Tous ne sont pas également ouverts à sa Présence. Chacun y communie suivant ses propres dispositions, avec une intimité qui doit sans cesse s’accroître et se dépasser.
C’est pareillement la même Vérité qui, toujours, nous est proposée dans l’Église du Christ, mais chacun l’assimile suivant la transparence de son âme, et doit la découvrir toujours plus profondément par un progrès sans terme où le visage de Dieu se révèle éternellement nouveau.
La foi est une vie, la vie éternelle qui s’ébauche en nous, la vie même de Dieu devenue, en quelque manière, la lumière de notre intelligence, dans la conformité de notre esprit avec le sien: car, «celui qui adhère au Seigneur, dit saint Paul, est un seul Esprit avec lui».
Sans doute, cette Lumière demeure toujours obscure ici-bas, en raison de la faiblesse de notre regard intérieur, mais une intimité grandissante avec Dieu nous fait toujours mieux sentir la vérité du Message qui dépasse infiniment toute explication qu’on en pourrait donner.


