La robe nuptiale de notre mariage d’union à Dieu

« Maurice Zundel à Bex, en Suisse dans le canton de Vaud. Paroles prononcées en 1952.

Dans la mort on n’emporte rien. Ce n’est pas Dieu qui nous jugera, nous portons le jugement sur nous, chaque jour, comme un vêtement. Se revêtir de la robe nuptiale symbole de lumière et d’Amour.

 

Rilke, le grand poète qui vécu dans notre vallée du Rhône, dit : « Chacun de nous meurt de sa propre mort », c’est-à-dire que personne ne pourra mourir à notre place, que chacun mourra seul, chacun mourra soi-même et n’emportera ni ses biens, ni sa charge, ni ses champs. On n’emporte que ce qu’on est. Que serons-nous dans la mort ? Puisque nous serons dépouillés de tout ce que nous avons, qu’aurons-nous à offrir ? On ne peut douter de la miséricorde de Dieu. Il ne faut pourtant pas abuser de cette image. Ce n’est pas Dieu qui nous jugera : nous serons jugés par nous-même.

Un mariage devait se célébrer un lundi de Pentecôte et, avant d’aller à l’église, le matin du mariage, le fiancé vint dire à sa fiancée et au père de celle-ci qu’il croyait être un assassin. Il avoua s’être trouvé mêlé à une rixe et il avait le pressentiment que le cadavre laissé sur le carreau était son fait. Il avait été ivre. L’aveu sitôt entendu, le père refusa de laisser célébrer le mariage. La fiancée refusa de lui donner la main. Elle n’avait donc pas assez d’amour en elle, elle n’était pas prête à l’aimer par-dessus tout, à l’attendre tandis qu’il serait en prison. A quelques jours de là, on apprit que cet homme était innocent, la fiancée essaya, par tous les moyens, de faire revenir son fiancé. Peine perdue : le fiancé a compris qu’elle ne l’aimait pas. Elle avait porté le jugement sur elle-même.

Le Roi Hérode, vieux, apprit par les Mages que ce petit enfant qui venait de naître allait régner sur le peuple d’Israël. Ainsi Dieu lui donnait, en aimant ce petit enfant, une chance de se décramponner de ses richesses, de ses biens. Il n’avait plus que quelques mois à vivre, mais il ordonna le massacre des Innocents et, après tout le sang versé, il allait mourir. La chance de se dépouiller de ses biens pour enrichir son cœur lui avait été donné par le passage de ce petit enfant. C’est la signification de l’étoile qui doit briller au-dedans de nous. Le jugement de Dieu, c’est le jugement d’Hérode sur lui-même en refusant de donner son être à la lumière et à l’Amour. Le petit enfant de Bethléem passe ce jour au milieu de nous pour nous arracher à la mort, pour nous donner à l’Amour. Celui qu’on nommait le Roi des Juifs était le roi d’Amour.

Le Père Kolbe, quand il s’offre à mourir de faim et de soif à Auschwitz pour sauver un père de famille de neuf enfants, a fait passer un frémissement dans tout le camp, car il a déjà vaincu la mort.

Pour le mariage d’amour avec Dieu, se revêtir de la robe nuptiale qui est un vêtement de lumière et d’amour.

La robe nuptiale qu’on porte à la cérémonie est un vêtement de lumière. Nous voulons garder cette image des noces. Le jugement, nous le portons nous-même sur nous, chaque jour, comme la fiancée qui refuse de se marier à celui qui avoue être un assassin, car elle n’a pas assez d’amour. Pour le mariage d’amour avec Dieu, se revêtir de la robe nuptiale qui est un vêtement de lumière et d’amour. Le Seigneur nous appelle ce jour à cette immense liberté.

Se tenir debout devant Dieu avec ce trésor immortel, le trésor du don de soi, de ce qu’on est devenu. Demandons au Seigneur de ne pas mourir plein de vide, obstrué par nous-même. Demandons de mourir un jour, revêtus de la robe nuptiale qui est la robe de la lumière et de l’Amour.

snn 52 0101

06/01/2019 janvier 2019