La Résurrection, plénitude de vie
Dimanche de Pâques, Année B, Jean 20, 1-9
D’une conférence sur le mystère de la mort et de la résurrection, parue dans Silence, Parole de vie, p. 112ss
Il est impossible de comparer la Résurrection de Jésus à celle de Lazare, à celle de la fille de Jaïre. Car la Résurrection de Jésus, elle vient du dedans, des exigences mêmes de son humanité qui subsiste en Dieu et où elle se communique.
Conférence, Ghazir (Liban) 1959
Mise en ligne: 30.03.21
Temps de lecture: 2 mn

C’est pourquoi la Résurrection ne pourra pas être comprise comme un phénomène physique: un cadavre a surgi du tombeau. Mais non!
Si c’était simplement cela la Résurrection de Jésus, si c’était simplement un miracle physique, Jésus aurait été le premier à se présenter à Caïphe, à Pilate pour leur montrer qu’ils avaient raté leur coup, qu’il était bien vivant malgré eux. Mais non!
Jésus n’apparaîtra pas à Caïphe, ni à Pilate, ni à la foule qui a réclamé sa mort. Ce serait inutile!
Il ne s’agit pas d’un miracle physique, il s’agit du mystère de l’Incarnation elle-même, il s’agit de la vie jaillissant de sa source, il s’agit de la révélation du Prince de la vie, qui n’est mort de notre mort que pour vaincre en nous la mort et pour nous communiquer la vie.
Un chrétien, c’est celui qui chaque jour imprime dans tout son être le mystère et la puissance de la Résurrection
C’est pourquoi la Résurrection de Jésus restera un bien de la communauté, un trésor de l’Église Apostolique, lorsque le Saint-Esprit aura enfin éclairé l’âme des apôtres en leur faisant connaître le vrai visage de leur maître le jour de la Pentecôte.
Car, jusque-là, ils n’ont rien compris, ils ne savent que faire de ce ressuscité: ils sont déconcertés, ils se demandent si c’est bien lui, si ce n’est pas un fantôme; ils veulent voir, toucher, vérifier. Ils ne comprennent pas que la Résurrection, c’est justement la révélation de cette vie éternelle qui en Jésus n’a jamais cessé de pénétrer toutes les fibres de sa chair pour se communiquer à nous. Ils ne comprennent pas que cette victoire sur la mort doit devenir en nous le principe de la résurrection, que Jésus est allé, par sa mort, jusqu’aux racines de notre mort, qui sont, justement, cette possession de soi-même par soi-même, cette adhérence passionnée aux éléments du monde, aux forces de la nature.
Car que fait Narcisse, ce Narcisse que nous sommes tous? Que fait Narcisse lorsqu’il se regarde, lorsqu’il s’admire, lorsqu’il tourne autour de soi, lorsqu’il offre ses admirations en hommage à lui-même? Qu’est-ce qu’il fait?
Eh! bien, rien: il ne crée rien, il est donc continuellement livré à ces forces de la nature qui le portent, qui un jour cesseront de le porter et il se dissoudra dans les éléments du monde.
Jésus nous révèle, Jésus nous communique la vie éternelle en nous introduisant dans le mystère de l’éternel Amour.
Il nous fait passer, il nous invite à passer par la nouvelle naissance, où nous allons ajouter à notre première naissance cette dimension qui est la dimension de la générosité, de la charité, de l’amour, du don de soi, où justement nous allons décoller de ce vieux fond de la nature et de l’univers pour jaillir dans un élan, dans une offrande où notre être tout entier s’offrira à Dieu, pour exprimer sa Présence et communiquer sa vie.
Il importe de garder au mystère de Pâques toute sa pureté, toute sa grandeur, de ne pas voir dans la Résurrection de Jésus simplement un miracle physique, où un cadavre se réanime et apparaît à nouveau à ceux qui croyaient en avoir fini avec lui.
C’est tellement autre chose, c’est tellement plus profond! Comme la mort de Jésus est unique, sa Résurrection est unique, parce que tout ici s’accomplit du dedans, tout a son principe dans cette pauvreté radicale de son humanité qui n’a rien, qui ne s’attache à rien, qui ne possède rien, qui est absolument transparente et diaphane à Dieu et qui laisse passer dans toutes ses fibres la plénitude de la vie éternelle.
C’est par-là, en nous appelant à l’intérieur, en nous appelant à naître de nouveau, dans le feu de l’Esprit, c’est-à-dire dans le foyer de l’éternelle charité, c’est donc en nous enracinant au cœur de la Sainte Trinité que Jésus nous appelle désormais à le suivre pour vaincre avec lui la mort.
Un chrétien, c’est justement celui qui chaque jour imprime dans tout son être le mystère et la puissance de la Résurrection, qui ne se laisse pas porter passivement par ses humeurs, par ses fantaisies, par sa fatigue, par les éléments du monde, par les forces de la nature mais qui, au contraire, introduit dans tout cela les énergies de l’Esprit saint afin que son être tout entier respire la Présence divine et la communique aux autres.
Le chrétien, c’est celui qui, remontant le cours de l’Histoire et tarissant les sources de la mort, affirme que Dieu est le Dieu des vivants, que ce n’est pas lui qui a voulu la mort et qu’en lui tout est vie, que le corps lui-même, devenu le temple du Saint-Esprit, porte dans toutes ses fibres les promesses de la résurrection.
Mais comment allons-nous nous y prendre? Comment? Comment?
Le moyen le plus simple, le plus sûr, c’est celui d’ailleurs que Jésus nous donne: c’est de prendre soin de cette vie, de cette vie créatrice, de cette vie qui triomphe de la mort, de cette vie qui porte la promesse de la résurrection, d’en prendre soin dans les autres.


