La charité est le lien des vertus

23e Semaine du Temps Ordinaire, Année A, Mt 18, 15-20

Zundel n’a, semble-t-il, jamais traité explicitement de la correction fraternelle, qui est au centre de l’Evangile de ce dimanche. Mais ces propos sur l’attitude à vivre entre frères et sœurs – et aussi dans l’éducation – donnent l’esprit qui devrait être mis en œuvre dans le dialogue en vérité.

Si le Bien n’est pas aimé, l’homme demeure virtuellement animal. Il y a une foule de gens qui ne connaissent pas l’inclination vers les sens et qui ne sont pas portés vers les autres péchés et ils s’établissent juges des hommes, comme les pharisiens.

Homélie, Le Caire, 1940
Mise en ligne: 03.09.20
Temps de lecture: 3 mn

Or, cela ne prouve pas qu’ils ont de la vertu: c’est une innocence négative, parce qu’ils sont privés de désirs et de tentations. Ils sont parfois dévorés de jalousie, de médisance: ils ont, devant Dieu, infiniment moins de vertus que les grands passionnés qui commettent des fautes qui aveuglent leur esprit et affaiblissent leur volonté. Car les fautes contre la charité qui ne procèdent pas de passions aveugles séparent plus profondément l’âme de Dieu.

La charité est le lien des vertus, elle simplifie notre vision de l’univers moral, nous remet à l’école de la charité divine. J’ai devant moi un choix. Ou bien Dieu est tout en moi, il est le centre de ma vie. Ou bien, je suis tourné vers moi, et je suis hors de Dieu; par conséquent, tous mes actes sont entachés par la servitude de mon propre moi.

Il ne s’agit pas de ne pas faire le mal, il s’agit surtout de faire le bien

Pour la conduite de notre vie, la doctrine de la connexion des vertus (dans la charité) doit nous demeurer présente. Toute notre vie, notre tempérament demeurera probablement le même. Nous ne pouvons empêcher en nous les déclenchements qui viennent de notre nature organique. L’essentiel est de toujours garder notre regard centré vers Dieu, en dépit de nos tentations et nous ne nous éloignerons pas de Dieu.

Il ne s’agit pas de ne pas faire le mal, il s’agit surtout de faire le bien, d’aimer le bien, de nous déposséder de nous-même et d’arriver à Dieu qui est l’essence de l’Amour.

Toute l’éducation humaine devrait s’inspirer de cette doctrine. Il faudrait qu’un éducateur qui voit chez les autres une tendance mal­saine se tienne devant eux comme un médecin prudent devant un malade en état de fièvre, avant de prononcer un diagnostic et de prescrire un traitement.

Il faut éviter avant toute chose de faire disparaître la fièvre d’un coup, parce qu’il faut guérir la source du mal et non le symptôme. Il faut mettre le remède au centre du mal, c’est‑à‑dire faire apparaître le bien qui a visage d’amour.

Une éducatrice avait comme élève une jeune fille de bonne famille qui avait la manie de voler. Elle résolut de guérir l’enfant et, en mettant sa mère au courant du vice de sa fille, elles prirent la décision toutes deux de ne pas saouler l’enfant de reproches, d’éviter que ses compagnons ne le sachent, de la redresser par la confiance qu’elles avaient en elle. La mère de l’enfant, au lieu de s’abstenir de mettre de l’argent à sa portée, lui confiait au contraire des sommes pour lui faire faire des commissions et quand elle s’apercevait que le compte n’était pas juste, elle ne criait pas, mais disait simplement: « Fais bien ton compte et ce que tu trouveras comme argent de plus, mets‑le sur mon bureau ». Et, gagnée par cette confiance, par cette bonté, la jeune fille fut guérie.

Tous les défauts viennent de cette absence d’amour intérieur. Au fond, la doctrine de la connexion des vertus qui est la condition du Théocentrisme, réduit le problème à deux termes: Est‑ce Dieu qui s’affirme ou moi qui m’affirme? Alors, dans ce dernier cas, c’est la mort. Et nous pouvons donc en tirer un examen de conscience, en nous demandant si nous ne sommes pas imbus de pharisaïsme.

Nous devons en retirer une leçon d’humilité. Nous prenons en général les facilités de notre tempérament pour des conquêtes. Nous devons renoncer à juger ce qui se fait dans l’âme des autres, à juger le principe de leurs actions. Laissons‑les et, dans la mesure où ils sont responsables, pensons que c’est Dieu qui souffre, ne nous attardons pas à ce qu’ils font et réparons‑le.

Il faut demander au Christ d’accepter toutes les choses qui nous échappent, tous les mouvements primesautiers de notre vie organique et, en acceptant notre pauvreté, nous nous rapprochons de cette pauvreté supérieure qui nous fait nous perdre en Lui. Tout est là. Que nous ayons cette seule angoisse: Qu’Il soit!

Les seuls agissants sont ceux qui se sont dépris d’eux-mêmes. La vie est dure, violente et nous sommes tentés de douter de la vie de l’esprit. Mais celui qui s’est oublié n’a cherché que Dieu. Il n’y a qu’une seule victoire, celle de l’esprit; et de pauvreté authentique, que dans le don de soi-même; et qu’importe si bientôt le bombardement fait éclater nos corps en poussière, si nous sommes déjà morts à nous‑même. Nous avons notre liberté inviolable qui est au-dedans.

Dieu a créé des créatures, car le bien, c’est la création d’une âme qui a son moi en Dieu. Nous voulons demander au Saint-Esprit cet affranchissement que lui seul peut opérer en nous. Le bien n’est pas une barrière à notre liberté. Nous ne sommes pas des saints, mais nous ne voulons pas crucifier le Christ.

Essayons, pour garder l’équilibre de nos jugements, de ne pas juger les autres, d’avoir la connexion des vertus, la charité, afin que le monde soit comme un ostensoir de son Amour.

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