Fête de la Toussaint: être saint, c’est rayonner la présence de l’Amour
Fête de la Toussaint, Année B,
Mt 5, 1-11
Le culte des saints répond à cette nécessité vivante, à cette pédagogie humaine, à cette impossibilité pour nous d’être ébranlés, sinon par une voix qui porte les battements d’un cœur humain.
Homélie, Lausanne (Suisse), Toussaint 1959
Mise en ligne: 26.10.21
Temps de lecture: 2 mn

Ce qu’il y a de profond en nous, cette intimité que nous ne connaissons pas encore nous-même, cette intimité de lumière et de générosité ne peut être atteinte que par une personne qui est consumée par le feu de Dieu, qui fait tomber en nous les obstacles et les résistances, qui nous amène à ce plan de générosité où la vie du prophète ou du saint se situe pour nous faire communier, à travers lui, avec la Source éternelle.
Rien n’est plus simple à comprendre que cette perpétuelle transposition, que cette perpétuelle actualisation de la Vie divine au cours de l’histoire dans la vie des saints!
Partout où nous sommes et quoi que nous fassions, nous sommes chargés de Dieu.
Selon ce texte admirable d’un vieux document qui s’appelle la lettre à Diognète, datant du second siècle et disant de Jésus: «Lui qui était dès le commencement, il est apparu comme nouveau et fut trouvé ancien car il est éternel, et il renaît toujours jeune dans le cœur des saints!»
Mais ce n’est pas seulement dans le cœur des saints qu’il veut renaître toujours jeune, c’est aussi dans le nôtre.
Et si nous avons compris la condition même d’une révélation vivante et la nécessité pour elle de se faire jour à travers un visage humain, nous comprendrons, que nous aussi, nous entrons dans ce circuit de la lumière et de l’amour, que notre vocation est de poursuivre et de concrétiser cette révélation de Jésus pour les êtres qui nous entourent, pour notre famille, pour notre quartier, pour notre cité, enfin pour le monde de nos contemporains.
Car les enfants de votre foyer, les habitants de votre maison ou de votre quartier, les concitoyens de votre ville ou de votre canton, les contemporains de cette époque ne peuvent normalement, comme tout être humain, reconnaître le visage de Dieu qu’à travers un regard humain qui s’illumine, qui s’ouvre, qui a prise sur leur intimité et qui, tout d’un coup, leur rend sensible cette Présence divine qui est la vie de notre vie.
Et nous ne pourrions pas comprendre le rôle essentiel des prophètes, des génies et des saints, si nous n’en concluions immédiatement que nous avons à assumer, nous aussi, notre part dans cette immense symphonie de lumière et d’amour, et que notre vocation de chrétien, c’est de révéler, chacun à notre manière, le visage éternel du Christ Jésus.
Notre Seigneur, en effet, depuis son Ascension, ne peut plus apparaître sur le plan de l’histoire avec un visage qui lui soit propre.
Il a quitté le plan visible de l’histoire tout en étant parmi nous, au-dedans de nous, tout en poursuivant comme les pèlerins d’Emmaüs le pèlerinage de notre vie, tout en étant constamment sur tous les chemins de la terre pour nous accueillir dans les abîmes de son amour!
Le Christ pourtant, dans l’ordre actuel de l’histoire, ne peut plus être vu. Si donc, il doit recouvrer un visage visible, comme il est nécessaire pour être reconnu par les hommes d’aujourd’hui, cela ne peut être finalement que notre visage. (…)
Il y a donc pour nous tous une vocation, une mission unique, urgente, essentielle, qui est de prendre conscience que nous sommes tous et chacun les révélateurs du Dieu vivant et que l’Evangile, – s’il doit faire encore aujourd’hui la conquête du monde, s’il doit remonter ce courant de mécanisation, s’il doit triompher de tout ce bruit, s’il doit rassembler tous les peuples en faisant tomber tous les murs de séparation -, ce sera dans la mesure où chacun de nous, conscient qu’il a la charge de Dieu, s’efforcera d’en porter partout le rayonnement.
Car quoi que nous fassions, dans un bureau, dans un atelier, dans un magasin, sur une place publique, dans une réunion électorale comme au sein de votre foyer, partout où vous êtes et quoi que vous fassiez, partout où nous sommes et quoi que nous fassions, nous sommes chargés de Dieu.
Et sans doute, nous n’avons pas à le prêcher car, moins on en parle, mieux ça vaut; en parler c’est toujours le limiter et c’est presque toujours par une caricature.
Mais nous pouvons et nous sommes appelés à prêter à Dieu notre visage, notre sourire, notre accueil, notre bonté, notre amitié, toutes ces choses vivantes qui atteignent le cœur de l’homme, qui transfigurent la vie, qui lui donnent toutes ses dimensions.
Car qu’est-ce qu’une vie humaine qui n’est pas éclairée par le soleil de la bonté et de la tendresse?
Qu’est-ce qu’une vie humaine qui ne peut pas compter sur un sourire?
Qu’est-ce qu’une vie humaine qui ne peut pas s’échanger avec une autre… sinon une vie vouée au désespoir et à la révolte?


