Dieu ne doit pas être attendu comme celui qui donne mais celui dont la présence transforme

« Homélie de Maurice Zundel en Suisse à Bex dans le canton de Vaud, en 1952.

Résumé: Jésus-Christ n’est pas un faiseur de miracles, mais une Présence, un amour intérieur. Il est le levain d’une transformation, d’une dimension nouvelle.


Shakespeare, le grand poète anglais, met en scène, dans le Roi Lear, la distribution de son royaume entre ses filles – entre le roi de Hongrie et le duc de Bourgogne. Il déshérite sa fille Cornélia d’une façon injuste. Et quand le duc de Bourgogne vient, il lui dit: »Si vous voulez prendre ma fille, elle ne possède aucun bien, elle n’a pas de dot ». Le duc dit: »Cela change tout, car si votre fille est sans fortune, sans apanage, ce n’est plus la même chose ». Et Cornélia, dans un cri que nous partageons dit: »Si le duc attache tant d’importance aux biens matériels, je ne veux pas être sa femme ». Nous comprenons ce cri du cœur.

L’Évangile insiste sur l’importance du bien caché à l’intérieur et le Christ enseigne le silence qu’il faut garder sur le signe visible du miracle. Quand il guérit le lépreux, il dit: »Va, cache-toi! »Le prêtre seul doit connaître la guérison. Et le lépreux n’eut d’autre soin que de publier sa guérison. Jésus-Christ introduit dans le monde un esprit tout à fait nouveau. Il ne veut pas être reçu comme un faiseur de miracles, mais pour son Amour intérieur. Le Royaume de Dieu est intérieur. C’est un mariage d’Amour. Dieu ne doit pas être aimé dans un esprit de maquignonnage. Le royaume de Dieu est un ferment, un levain que la femme met au milieu de la farine.

Un levain pour faire travailler la pâte

L’Évangile est ce levain en pleine pâte humaine. Elle la fait travailler et la transforme afin que notre esprit soit en constant dialogue avec Dieu. C’est pour cela que Jésus-Christ demande le silence devant ses miracles. C’est un signe d’une Présence. Nous ne devons pas aimer Dieu pour les bienfaits qu’on en peut attendre. L’artiste qui a un tas de boue devant lui pour en faire une œuvre de Dieu, s’il ne touche à la glaise et se contente de mettre une étiquette sur la matière, avec un titre, pour faire croire qu’il y a, là, une présence, alors il n’y a rien. Ainsi, s’il ne met la main à la pâte, il n’y aura pas de chef-d’œuvre. Ainsi de l’œuvre de Jésus en nous, cette dimension nouvelle, la Présence de Dieu en nous ne peut être que si le levain a fait travailler la pâte. Aux noces de Cana, l’eau changée en vin. La Vierge sait bien que ce n’est pas en parlant de Jésus qu’elle procurera la Présence du Christ à l’Univers, mais en transformant la matière.

Le Bien, c’est chacun de nous transfiguré par la Présence divine. C’est un autre monde, c’est une autre religion, c’est un autre Dieu. C’est pour cela que Jésus demande le silence. Dieu ne doit pas être attendu comme quelqu’un qui donne, mais comme une transformation même, la Présence de Dieu en nous.

Demandons à la Vierge de faire apparaître en nous ce visage de Dieu, ce visage de lumière et d’Amour après lequel toute la terre soupire.

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publié le 11/02/2018 – les 11-13/02/2018 – fevrier 2018