Croire en Jésus, pain de vie
18e dimanche du Temps Ordinaire, Année B,
Jn 6, 24-35
La multiplication des pains avait tourné en catastrophe, parce qu’on avait voulu faire de Jésus un roi, c’est-à-dire qu’on avait voulu voir dans cette multiplication des pains le signe que l’ère messianique était commencée.
Conférence, Ghazir (Liban) 1959, Paru dans Silence, parole de vie, p. 199-201.
Mise en ligne: 26.07.21
Temps de lecture: 3 mn

Et on voulait que Jésus fût roi, tel que la foule l’imaginait, le roi miraculeux, le roi qui, d’un seul coup, par un nouveau prodige, va jeter dehors, va bouter les ennemis d’Israël, c’est-à-dire les Romains, les jeter en dehors des frontières de la Terre Sainte et instaurer ce règne glorieux, où les Juifs seront le premier peuple de la terre et où, de toutes les nations, on viendra humblement se réfugier à l’ombre de leur foi pour avoir part aux promesses du Royaume.
Et Notre Seigneur avait été épouvanté de la tournure des événements.
C’est exactement le contraire de ce qu’il voulait. Il avait toujours refusé, d’ailleurs, de s’appeler lui-même le Messie, il évitait comme le feu ce terme plein d’équivoques qui avait des associations politiques et révolutionnaires.
Le vrai Dieu, c’est celui qui vous cherche dans votre intimité
Alors, que ce geste de miséricorde et d’amour aboutisse à cette catastrophe, c’est évidemment l’opposé de ce qu’il attendait.
C’est pourquoi, en hâte, il se presse de renvoyer les disciples, dont la tête n’est pas très solide et qui pourraient être gagnés par le mouvement. Il leur demande de reprendre la mer et de gagner Capharnaüm. Quant à lui, à la faveur de la nuit, il disperse cette foule trop enthousiaste, il se retire sur la montagne pour prier et, le matin, ils ne le retrouvent plus.
Alors le mouvement, pour l’instant, est calmé, cette espèce d’effervescence messianique est différée.
Cependant, les plus exaltés, qui ne veulent pas perdre l’occasion d’être les premiers pour avoir part aux faveurs du Messie, le retrouvent à Capharnaüm. Et c’est alors que, justement pour les mettre en garde et les détourner de ce messianisme facile où les cailles rôties vous tombent dans la bouche, sans que vous ayez à faire aucun effort, pour les introduire dans la vérité de son messianisme à lui, qui doit aboutir à la Croix, il enchaîne, exactement comme il l’a fait dans le discours avec la Samaritaine, à partir du pain qu’ils demandent:
«Vous venez, non pas parce que vous croyez, mais parce que vous avez été nourris. Eh bien, travaillez pour obtenir la véritable nourriture, celle qui demeure». (Jn 6, 26-27)
Alors, naturellement, ils sont un peu dessoûlés, ça ne leur plaît qu’à moitié et le dialogue va devenir de plus en plus rigide. Le refus de leur part deviendra de plus en plus net et alors, justement, l’ombre de la Croix va transparaître de plus en plus nettement dans les paroles de Jésus qui, finalement, réduit aux abois, va, sous les termes que nous allons relire, les mettre en face de la Croix.
Au fond, la partie est perdue. Ce discours dans saint Jean représente la charnière. La partie est perdue dans ce sens que Jésus sait qu’il ne les gagnera pas, c’est à peine s’il peut compter sur ses disciples, et encore pas sur tous.
Donc, il n’y a plus qu’une solution à envisager. Maintenant, c’est l’issue, d’ailleurs qu’il connaissait depuis toujours, c’est la Croix.
Il va donc partir du pain: «Eh bien oui, que faut-il faire pour avoir ce pain? Eh bien, il faut croire». – «Il faut croire, mais croire? Pourquoi croire? Sur quel signe faut-il croire?»
Il y avait quelques jours, ils voulaient le faire messie. Maintenant qu’il leur demande un effort, ils se raidissent et, tandis qu’il dit qu’il faut croire en celui que le Père a marqué de son sceau, c’est-à-dire le Fils, ils demandent avec une certaine insolence: «Eh bien, Quel signe fais-tu? Quel signe fais-tu? Moïse nous a donné la manne, car il est écrit: Il nous a donné le pain du ciel».
Jésus enchaîne, il dit: «Le pain du ciel? Non, Moïse ne vous a pas donné le pain du ciel, c’est mon Père qui vous donne le vrai pain du ciel».
Et alors, naturellement, ils se raidissent encore davantage et il va développer: «Le pain du ciel, oui, c’est celui qui vient de Dieu et c’est celui qui donne la vie au monde».
Et, pendant tous ces versets qui s’enchaînent jusqu’au verset 51, il est question, au fond, de la parole, de la parole que Jésus donne, de la sagesse qu’il communique, de la lumière que reçoivent ceux qui croient en lui.
Et finalement, lorsque la résistance devient la plus vive et la plus irréductible, il les mettra en face de la décision suprême: ce qu’il faudra faire pour avoir la nourriture qui est vie éternelle, c’est croire à la parole qui est Jésus, qui est le pain de vie précisément, parce qu’il est la nourriture de l’esprit, comme il est l’eau vive qui jaillit en vie éternelle.
Mais, finalement, il faudra avaler le mystère de la Croix, il faudra manger la chair immolée, il faudra boire le sang versé, c’est-à-dire il faudra venir chercher le salut dans la défaite, dans la fragilité, dans la mort, dans l’opprobre de Dieu.
Voilà ce que c’est, Dieu! Dieu, ce n’est pas celui qui vous sauvera à coups de miracles, qui vous dispensera de tout effort, qui vous nourrira sans que vous ayez à travailler.
Le vrai Dieu, c’est celui qui vous cherche dans votre intimité, qui vous cherche dans votre amour, qui vous cherche dans votre grandeur, qui vous cherche dans ce cœur à cœur qu’il veut initier, qu’il veut faire surgir entre lui et vous.


