Assomption: un monde nouveau
Assomption de Marie, Année B,
Lc 1, 39-56
L’Evangile évangélise d’abord l’humanité. Il s’adresse à notre chair, à notre sensibilité, à notre cœur, pour faire de nous, comme dit saint Paul: un Homme nouveau (Ep 2, I5).
Homélie, Lausanne (Suisse) 1967, parue dans Ta Parole comme une source, p. 365-367.
Mise en ligne: 13.08.21
Temps de lecture: 2 mn

Si nous étions chrétiens, nous serions des hommes nouveaux et le monde entier serait illuminé par notre présence, parce que nous porterions en nous ce commencement d’absolu qui est la présence du Seigneur en nous, cette présence cachée, cette présence qui nous atteint au plus intime de nous-même, mais qui ne peut pas se manifester au monde sans notre transparence. Si nous étions chrétiens, nous vivrions notre monde intérieur, nous comprendrions que l’autre n’est pas en dehors de nous, qu’il ne fait qu’un avec nous.
Que par l’intercession de la Vierge, nous accueillions cet Amour qui s’offre.
Il nous arrive d’ailleurs heureusement, quand nous sommes parents les uns des autres, il nous arrive de temps en temps d’éprouver cette intimité avec les autres, en face d’une grande tristesse, en face d’un cri de désespoir… quand nous éprouvons notre impuissance radicale, quand nous comprenons que la seule manière d’aimer un autre, c’est de devenir lui, en nous effaçant totalement dans le Seigneur qui veut se communiquer à lui à travers nous.
Et alors, il peut arriver de réaliser, de prendre conscience que l’autre et nous, nous ne faisons qu’un, qu’il n’y a plus d’espace entre nous, que nous sommes vraiment liés dans le même bien, dans la même balance, dans le même point indivisible, dans le même visage, le visage de l’éternel amour.
A ce moment-là, le temps s’efface, l’espace se contracte en un seul point et nous devenons vraiment les uns avec les autres un seul corps, une seule personne, une seule vie, une seule respiration, un seul cœur dans le Seigneur qui est la vie de notre vie.
Alors le corps s’est transformé, le corps s’intériorise, le corps devient visage, le corps devient le sacrement d’une présence divine.
Et c’est évidemment dans cette perspective que se situe l’Assomption qui suppose que la Vierge, Mère du Christ et la nôtre, qui suppose qu’elle est la Mère universelle, qui nous donne la vie qui est Jésus, qui suppose que justement sa chair est tout animée par la vie de l’Esprit, que sa chair est toute personnifiée par la vie divine qui l’habite et qu’elle nous communique, et que justement cette éternisation de sa chair suppose qu’elle a déjà vaincu la mort.
Et nous sommes tous appelés à vaincre la mort, nous sommes tous appelés à une intériorité au point que la mort ne puisse plus rien nous prendre.
La mort peut être une glorification, la mort peut être le triomphe de la vie, comme on le voit dans la mort de saint François qui appelle le chœur de ses disciples et qui leur fait chanter le Cantique du Soleil.
Il n’y a pas de mort, finalement, pour celui qui intériorise sa vie, pour celui dont tout l’être est personnifié, pour celui dont la chair et l’esprit respirent la liberté.
Mais tout cela suppose un autre homme et un autre Dieu.
Tout cela suppose que nous sommes entrés dans un nouvel univers qui est l’univers qui se révèle dans le Christ, notre Seigneur, un autre monde, une autre création, une autre vérité, un autre Amour.
Bien sûr que nous en sommes très loin, mais enfin, on peut toujours commencer, et comme disait Rodin à Bourdelle: «on ne fait jamais que commencer».
Mais c’est merveilleux de pouvoir commencer, de savoir que la route n’est pas barrée et que si l’on n’a pas encore accompli notre destin d’êtres humains, si nous ne sommes pas encore des hommes, si nous sommes encore profondément immergés dans notre humanité, nous avons tout de même la chance d’en sortir, que nous sommes appelés à en émerger puisque le Christ est venu précisément pour faire de nous des hommes, c’est-à-dire des personnes, c’est-à-dire des créateurs, c’est-à-dire des êtres qui constitueront ensemble un seul corps, une seule vie, une seule personne, un seul univers, par l’intérieur.
II y a des moments, et plût au ciel que ce soir soit un de ces moments, il y a des moments où tout de même, nous nous sentons plus intérieurs les uns aux autres, parce qu’ensemble, ensemble nous respirons la même Présence.
Eh! bien, ce soir, nous voulons que par l’intercession de la Vierge, Mère du genre humain, qui rassemble avec le Christ toutes les générations humaines dans l’éternel Amour, nous voulons accueillir cet Amour qui s’offre et demander au Seigneur de faire de nous des hommes nouveaux.


