Accueillir la Lumière

4ème dimanche de Carême, Année B, Jn 3, 14-21

Le propre du chrétien, c’est qu’il fait face à un Dieu crucifié, dont notre liberté doit, en nous, décider le destin.

Causerie, Abbaye de Timadeuc (France) 1973
Mise en ligne: 09.03.21
Temps de lecture: 2 mn

C’est ce tragique divin qui est le ferment de la sainteté des vrais disciples de Jésus. Impossible de se récuser sans que Dieu pâtisse: «Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde, il ne faut pas dormir pendant ce temps-là». (Pascal)

Le plus grand génie est réduit à l’impuissance devant l’obstination d’êtres fermés, plus intéressés par leurs passions que par le souci d’ouvrir leurs intelligences à son enseignement, et il risque d’être d’autant plus solitaire qu’il est plus élevé.

«Ce n’est pas Dieu qui juge l’homme, c’est l’homme qui juge Dieu».

Il est dans la nature des biens spirituels, en effet, de ne pouvoir être assimilés que par l’esprit. La vérité ne vit en nous, que dans la mesure où nous vivons en elle.

Or, Dieu est Esprit: nul contact entre lui et nous n’est donc concevable, qui ne livre notre intimité à la sienne. Nous avons sur lui, de ce fait, un pouvoir d’exil, qu’il ne saurait entamer sans cesser d’être ce qu’il est, tant que nous résis­tons à son Amour.

Les choses les plus délicates sont aussi les plus vul­nérables, et celui que l’Écriture compare à un souffle léger, est le plus exposé aux blessures.

Sa puissance est d’aimer. En dehors de l’Amour, il ne peut rien. Sa Puissance, à cet égard, est de ne rien pouvoir. Car il est le OUIsans mélange de non. Contre qui ne l’aime pas, il n’a que la ressource dont la Croix dessine la sanglante parabole: mourir d’Amour.

Le jugement, c’est que la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière:

«Ce n’est pas Dieu qui juge l’homme, c’est l’homme qui juge Dieu».

Au dernier jour, ce n’est pas l’Apollon furieux de la Sixtine qui préside aux assises de l’Histoire, c’est le Christ des Cathédrales montrant les plaies de ses mains, et attestant que, du mal, Dieu est l’innocente victime.

Ce n’est pas l’homme qu’il faut sauver, c’est Dieu. Voilà la pierre d’angle que le Christianisme apporte à la reconstruction du monde.

(…)

Sans doute, un seul homme, ne peut venir à bout de toute la misère du monde. Mais quelle énergie il dépensera pour en tarir la source, s’il l’éprouve comme une blessure divine, s’il se souvient que  derrière chaque douleur, il y a une âme, et derrière chaque âme, il y a Dieu.

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