Communier au Christ et à toute l’humanité

Dimanche du Saint Sacrement,
Année A, 11 juin 2023, Jean 6, 51-58

D’une homélie de Maurice Zundel donnée à Genève le 4 février 1968.

Qu’a voulu le Christ en nous donnant l’Eucharistie, sinon nous rassembler tous en l’unité d’un seul corps tellement que, finalement, le sens de la messe est de transformer toute l’humanité et tout l’univers dans le corps et dans le sang du Christ.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là,
Jésus disait aux foules des Juifs :
« Moi, je suis le pain vivant,
qui est descendu du ciel :
si quelqu’un mange de ce pain,
il vivra éternellement.
Le pain que je donnerai, c’est ma chair,
donnée pour la vie du monde. »
Les Juifs se querellaient entre eux :
« Comment celui-là
peut-il nous donner sa chair à manger ? »
Jésus leur dit alors :
« Amen, amen, je vous le dis :
si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme,
et si vous ne buvez pas son sang,
vous n’avez pas la vie en vous.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang
a la vie éternelle ;
et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
En effet, ma chair est la vraie nourriture,
et mon sang est la vraie boisson.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang
demeure en moi,
et moi, je demeure en lui.
De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé,
et que moi je vis par le Père,
de même celui qui me mange,
lui aussi vivra par moi.
Tel est le pain qui est descendu du ciel :
il n’est pas comme celui que les pères ont mangé.
Eux, ils sont morts ;
celui qui mange ce pain
vivra éternellement. »

Homélie, Genève, 1968
Mise en ligne: 07.06.23
Temps de lecture: 2 mn

Mais cela ne se sent suffisamment que si nous nous engageons à fond, si nous nous convertissons, si la messe retentit jusqu’aux racines de notre être et c’est bien cela qu’elle doit réaliser pour entrer dans les intentions du Christ.

Le Christ est toujours déjà là.

Si le Christ nous a livré l’Eucharistie, il nous a, en partant, donné la suprême consigne de l’amour: «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés» et il s’est agenouillé au lavement des pieds pour nous apprendre que le sanctuaire de Dieu était l’homme.

Il y a donc une transformation radicale qui doit s’accomplir, puisque le culte de Dieu, je veux dire, l’union avec Dieu ne peut pas se réaliser sans l’union avec l’homme.

La messe peut réaliser d’abord cette communion avec toute l’humanité, toute l’histoire, tout l’univers pour nous préparer à la communion avec Dieu, car justement le Christ, qui est toujours présent, qui est toujours déjà là, qui est en chacun de nous une Présence qui ne cesse jamais de nous accompagner, le Christ ne nous est pas immédiatement accessible et on le voit bien précisément dans l’adorable cheminement d’Emmaüs. Les disciples sont avec le Seigneur, ou plutôt il est avec eux, mais eux ne sont pas encore avec lui, parce que leur cœur n’est pas encore axé totalement sur l’amour. Ce n’est que lorsqu’ils témoignent leur charité envers le Christ-pélerin que, tout d’un coup, le Christ se transfigure à leur yeux et leur devient présent.

Nous avons à parcourir cet itinéraire. Le Christ est toujours déjà là.

C’est nous qui ne sommes pas là et, pour le rencontrer, il faut entrer dans les profondeurs de l’amour et cela veut dire que les paroles de la consécration qui doivent retentir sur toute l’humanité et sur tout l’univers, qui ont pour fin dernière précisément cette transformation de toute l’humanité et de tout l’univers en le corps et en le sang du Seigneur, cela veut dire que ces paroles, nous ne pouvons les dire avec sincérité qu’en les vivant jusqu’au fond, qu’en nous effaçant dans le moi du Christ qui les prononce à travers nous.

Alors, si nous pouvons dire «Ceci est mon corps. Ceci est mon sang» avec efficacité, si vraiment le Seigneur au terme où il s’était montré nous devient présent, cela signifie que nous avons jeté toute notre vie dans ces abîmes de lumière et d’amour, que nous nous sommes déracinés de nous-même et que notre moi s’est effacé dans le moi de Jésus-Christ, pour que ce soit lui qui dise «je» et «moi» en nous.

C’est par là que la messe est une action formidable, le plus grand événement de l’univers, en nous reconduisant aux sources même de la vie libérée, qui ne peut jaillir que de cette désappropriation de nous-mêmes dans le Moi divin qui est l’Orient vers lequel nous sommes tous aimantés.

C’est pourquoi la messe est un mystère de silence, ce silence qui est une Personne, ce silence qui est une Présence, ce silence qui est la respiration la plus profonde de l’être et la source de toutes les musiques, c’est ce silence qui devrait être l’itinéraire de l’homme qui participe à l’Eucharistie… c’est ce silence qui atteint jusqu’à la racine de l’être et qui, en nous désappropriant de nous-mêmes, laisse le Christ transparaître en nous.

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