Jésus le Chemin, la Vérité, la Vie
5e dimanche de Pâques,
Année A, 7 mai 2023, Jean 14, 1-12
Catéchèses de Maurice Zundel, dans Recherche du Dieu inconnu, n. 435-437.
L’humilité de Jésus va jusqu’aux racines de son être.
Essayez de mettre dans la bouche d’un autre ces paroles de Jésus: «Il a été dit aux anciens… Eh bien! moi je vous dis…» (Mt 5, 21); «Je suis la lumière du monde…» (Jn 8, 12 ; 9, 5); elles ne seraient pas acceptables, parce que ce serait un moi humain qui parlerait (un moi qui limite, exclut, empiète…).
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Que votre cœur ne soit pas bouleversé :
vous croyez en Dieu,
croyez aussi en moi.
Dans la maison de mon Père,
il y a de nombreuses demeures ;
sinon, vous aurais-je dit :
‘Je pars vous préparer une place’ ?
Quand je serai parti vous préparer une place,
je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi,
afin que là où je suis,
vous soyez, vous aussi.
Pour aller où je vais,
vous savez le chemin. »
Thomas lui dit :
« Seigneur, nous ne savons pas où tu vas.
Comment pourrions-nous savoir le chemin ? »
Jésus lui répond :
« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ;
personne ne va vers le Père sans passer par moi.
Puisque vous me connaissez,
vous connaîtrez aussi mon Père.
Dès maintenant vous le connaissez,
et vous l’avez vu. »
Philippe lui dit :
« Seigneur, montre-nous le Père ;
cela nous suffit. »
Jésus lui répond :
« Il y a si longtemps que je suis avec vous,
et tu ne me connais pas, Philippe !
Celui qui m’a vu
a vu le Père.
Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père’ ?
Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père
et que le Père est en moi !
Les paroles que je vous dis,
je ne les dis pas de moi-même ;
le Père qui demeure en moi
fait ses propres œuvres.
Croyez-moi :
je suis dans le Père,
et le Père est en moi ;
si vous ne me croyez pas,
croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes.
Amen, amen, je vous le dis :
celui qui croit en moi
fera les œuvres que je fais.
Il en fera même de plus grandes,
parce que je pars vers le Père »
Catéchèses, 1932
Mise en ligne: 03.05.23
Temps de lecture: 3 mn

En Jésus, ce sont les paroles de la plus profonde humilité.
Jésus, si nous le considérons dans son humanité, ne dit pas, en effet: «c’est moi qui suis Dieu», mais «c’est Dieu qui est moi»; Dieu m’a tellement pris que je ne suis plus que l’instrument de son action, que je ne puis plus dire moi, que le moi en moi c’est l’autre.
«Moi, je vous dis, celui qui me voit, voit le Père»
Le moi qui s’exprime par sa bouche est le moi divin. Cette bouche, cette vie humaine, n’est que le sacrement de la divinité. Jésus-Homme ne s’est donc «pas prêché lui-même»; Il n’a jamais cessé de prêcher Dieu, étant l’incarnation de la «Parole». C’est pourquoi nous pouvons dire avec saint Paul: «Ce n’est plus moi qui vis: c’est le Christ qui vit en moi» (Ga 2, 20), parce qu’à travers l’humanité de Jésus, nous sommes enracinés en Dieu.
Tout en aimant immensément, saint Paul reste d’ailleurs lui-même, une autre personne que le Christ. Il peut encore dire je et moi.
Jésus est infiniment plus uni à Dieu. Il ne peut plus, en tant qu’homme, affirmer je et moi: «ce n’est plus moi qui suis: c’est Dieu qui est moi».
Il n’y a plus en Jésus aucun égoïsme, aucun obstacle à la pénétration du divin.
Toutes les déclarations de Jésus relatives au «Serviteur de Dieu» sont l’expression la plus rigoureuse de la réalité, puisque son être humain ne s’appartient plus, mais est entièrement traversé par la présence divine. C’est pourquoi Jésus est vraiment pour nous la Voie, la Vérité, la Vie: le chemin (humanité) qui conduit à la Vérité, à la Vie (divinité). «Je suis la Voie, la Vérité, la Vie» (Jn 14, 6).
Le mystère de l’Incarnation est ici exprimé par Notre-Seigneur de la manière la plus parfaite, dans son translucide dépouillement.
Il faut donc aller au-delà de ce que les yeux voient: «Il vous est bon que je m’en aille» (Jn 16, 7).
Parce que, cessant de voir mon humanité, vous vous élèverez jusqu’à la divinité en qui elle subsiste.
«Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus, et encore un peu de temps et vous me reverrez» (Jn 16, 16). Je viendrai à vous: intérieurement, le jour de la Pentecôte.
Autre catéchèse, notes fragmentaires recueillies par M. Masson (sans date). Ces fragments, tout incomplets qu’ils soient, peuvent aider à méditer le mystère de Jésus-Christ, qui, dans son humanité visible, donne à voir le Père, conduit au Père, communique la Lumière et la Vie du Père.
En Jésus, le règne du moi est entièrement aboli. Il n’y a plus de moi humain, plus d’égoïsme humain, plus d’écho humain pour s’opposer au Règne de Dieu, puisque sa nature humaine est entièrement ouverte au divin et subsiste en lui, en laissant passer la plénitude de la Lumière de Dieu.
Et c’est pourquoi, à travers cette nature humaine de Jésus, Dieu peut dire: Moi, justement, parce qu’il n’y a pas le moi qui limite et qui refuse. «Moi, je vous dis, celui qui me voit, voit le Père». Dieu peut dire moi, en cette nature humaine, justement parce qu’elle est entièrement expropriée d’elle-même.
Ce que nous adorons, ce n’est pas une nouvelle divinité, mais c’est l’éternelle divinité qui s’est manifestée en cette humanité pour autant que l’humanité peut nous communiquer le divin.
«Il est bon que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, vous ne recevrez pas le Saint‑Esprit».
Il y a en Jésus quelque chose qu’il faut dépasser. Il y a en Jésus la Voie ‑ il y a la Vérité et la Vie ‑ et lui‑même nous a présenté le mystère de son être dans ces termes: «Je suis la Voie, la Vérité, la Vie».
Je suis la Voie, par mon humanité, mais la voie il ne faut que la traverser pour aller au-delà – et la Vérité et la Vie sont au-delà, dans la divinité. «Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. Je suis la Lumière du monde. Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres.»
Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique, afin que quiconque en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle.
Il nous faut donc regarder Jésus comme un pauvre. Mais: «Heureux les pauvres, car le Royaume de Dieu est à eux», ceux qui sont dépouillés d’eux-mêmes, ceux qui ont franchi les limites de leur moi, ceux qui sont parfaitement ouverts à la Lumière divine.
Il n’y a plus de moi, pour s’opposer à l’invasion mystérieuse du divin, puisqu’il est l’hostie vivante, le sacrement vivant, en lequel la divinité nous instruit, se donne à nous.


