L’inouï et ses conséquences
5e dimanche de Carême,
Année A, 26 mars 2023, Jean 11, 1-45
D’une homélie de Maurice Zundel donnée au Caire en 1963, éditée dans Vie, mort, résurrection, p. 99-103. Zundel ne s’attarde guère sur la résurrection de Lazare. Il y voit surtout le moment décisif qui va le conduire à la Passion.
Saint Jean a rapproché l’événement de l’entrée de Jésus à Jérusalem de la résurrection de Lazare et, par conséquent, de l’Onction de Béthanie (le geste de Marie, sœur de Lazare, qui annonce la mort de Jésus).
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là,
il y avait quelqu’un de malade,
Lazare, de Béthanie,
le village de Marie et de Marthe, sa sœur.
Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur
et lui essuya les pieds avec ses cheveux.
C’était son frère Lazare qui était malade.
Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus :
« Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
En apprenant cela, Jésus dit :
« Cette maladie ne conduit pas à la mort,
elle est pour la gloire de Dieu,
afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »
Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare.
Quand il apprit que celui-ci était malade,
il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait.
Puis, après cela, il dit aux disciples :
« Revenons en Judée. »
Les disciples lui dirent :
« Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider,
et tu y retournes ? »
Jésus répondit :
« N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ?
Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas,
parce qu’il voit la lumière de ce monde ;
mais celui qui marche pendant la nuit trébuche,
parce que la lumière n’est pas en lui. »
Après ces paroles, il ajouta :
« Lazare, notre ami, s’est endormi ;
mais je vais aller le tirer de ce sommeil. »
Les disciples lui dirent alors :
« Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. »
Jésus avait parlé de la mort ;
eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil.
Alors il leur dit ouvertement :
« Lazare est mort,
et je me réjouis de n’avoir pas été là,
à cause de vous, pour que vous croyiez.
Mais allons auprès de lui ! »
Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau),
dit aux autres disciples :
« Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »
À son arrivée,
Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà.
Comme Béthanie était tout près de Jérusalem
– à une distance de quinze stades
(c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –,
beaucoup de Juifs étaient venus
réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère.
Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus,
elle partit à sa rencontre,
tandis que Marie restait assise à la maison.
Marthe dit à Jésus :
« Seigneur, si tu avais été ici,
mon frère ne serait pas mort.
Mais maintenant encore, je le sais,
tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. »
Jésus lui dit :
« Ton frère ressuscitera. »
Marthe reprit :
« Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection,
au dernier jour. »
Jésus lui dit :
« Moi, je suis la résurrection et la vie.
Celui qui croit en moi,
même s’il meurt, vivra ;
quiconque vit et croit en moi
ne mourra jamais.
Crois-tu cela ? »
Elle répondit :
« Oui, Seigneur, je le crois :
tu es le Christ, le Fils de Dieu,
tu es celui qui vient dans le monde. »
Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie,
et lui dit tout bas :
« Le Maître est là, il t’appelle. »
Marie, dès qu’elle l’entendit,
se leva rapidement et alla rejoindre Jésus.
Il n’était pas encore entré dans le village,
mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré.
Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie
et la réconfortaient,
la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ;
ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer.
Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus.
Dès qu’elle le vit,
elle se jeta à ses pieds et lui dit :
« Seigneur, si tu avais été ici,
mon frère ne serait pas mort. »
Quand il vit qu’elle pleurait,
et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi,
Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé,
et il demanda :
« Où l’avez-vous déposé ? »
Ils lui répondirent :
« Seigneur, viens, et vois. »
Alors Jésus se mit à pleurer.
Les Juifs disaient :
« Voyez comme il l’aimait ! »
Mais certains d’entre eux dirent :
« Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle,
ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »
Jésus, repris par l’émotion,
arriva au tombeau.
C’était une grotte fermée par une pierre.
Jésus dit :
« Enlevez la pierre. »
Marthe, la sœur du défunt, lui dit :
« Seigneur, il sent déjà ;
c’est le quatrième jour qu’il est là. »
Alors Jésus dit à Marthe :
« Ne te l’ai-je pas dit ?
Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »
On enleva donc la pierre.
Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit :
« Père, je te rends grâce
parce que tu m’as exaucé.
Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ;
mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure,
afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »
Après cela, il cria d’une voix forte :
« Lazare, viens dehors ! »
Et le mort sortit,
les pieds et les mains liés par des bandelettes,
le visage enveloppé d’un suaire.
Jésus leur dit :
« Déliez-le, et laissez-le aller. »
Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie
et avaient donc vu ce que Jésus avait fait,
crurent en lui.
Homélie, Le Caire (Egypte), 1963
Mise en ligne: 23.03.23
Temps de lecture: 2 mn

La résurrection de Lazare avait, évidemment, fait sensation: un mort qui ressuscite, ce n’est pas une chose commune!
les causes extérieures et intérieures se rencontrent et coïncident
Et dès que le bruit s’en répand, immédiatement la curiosité est éveillée, on veut en avoir le dernier mot, on se précipite sur les lieux, on veut contrôler l’événement, et tout cela crée autour de la personne de Jésus une atmosphère de sensation. Et, comme les autorités le guettent depuis longtemps, comme elles ont décidé d’en finir, la sensation même provoquée par la résurrection de Lazare va précipiter les événements.
Il semble ici que les causes extérieures et les causes intérieures se rencontrent et coïncident, que Jésus – d’une certaine manière – se laisse porter par l’événement, et que les autorités elles-même, en raison du développement extraordinaire de sa popularité, se décident à hâter les choses.
Nous savons, en effet, que Jésus, avec la plus extrême prudence, a refusé jusqu’ici de se donner pour le Messie, qu’il a refusé ce titre, qu’il ne l’a révélé à ses apôtres – ou plutôt qu’il ne les a amenés à deviner le sens de sa mission et à ne lui reconnaître cette qualité de Messie, que dans une circonstance tout à fait exceptionnelle et en leur interdisant d’en rien dire à personne.
Car Jésus savait toutes les interprétations matérielles que l’on pourrait donner inévitablement à ce titre, et il y avait déjà tant d’illusions, il y avait déjà tant d’incompréhension autour de lui, qu’il ne voulait réserver qu’au dernier moment la reconnaissance d’une mission divine et qui accomplissait justement l’attente suscitée depuis des siècles par tous les prophètes.
Et il sent que tout un concours de circonstances le fait entrer dans le jeu en ce moment, puisque la foule est frappée, puisque l’enthousiasme est délirant, puisque l’attroupement ne cesse de grossir, puisque les acclamations fusent.
Eh bien! le moment est donc venu: Jésus va entrer dans cet appareil dérisoire, monté sur un âne, il va entrer dans la Cité sainte, il va recevoir ces acclamations dont il sait très bien que, dans quelques jours, elles se dénoueront dans la mort.
Et Jean nous a donné le sentiment très concret des événements: la résurrection, le bruit qui s’en répand, la foule qui se forme, les curieux qui viennent de tous les côtés…


