Chemin de conversion
3e dimanche du TO,
Année A, Matthieu 4, 12-23
Au cœur de l’Évangile de ce dimanche, il y a ce mot de Jésus: «Convertissez-vous». A sa manière, Zundel parle ici de conversion: la conversion essentielle, c’est de vivre avec Dieu à l’intérieur de nous-mêmes, en reconnaissant l’humble Amour de Dieu.
Le texte est tiré d’une homélie de Maurice Zundel, donnée à Lausanne en 1969, reprise dans Ton visage, ma lumière, p. 117-119.
Il vint habiter à Capharnaüm pour que soit accomplie la parole d’Isaïe (Mt 4, 12-23)
Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste,
il se retira en Galilée.
Il quitta Nazareth
et vint habiter à Capharnaüm,
ville située au bord de la mer de Galilée,
dans les territoires de Zabulon et de Nephtali.
C’était pour que soit accomplie
la parole prononcée par le prophète Isaïe :
Pays de Zabulon et pays de Nephtali,
route de la mer et pays au-delà du Jourdain,
Galilée des nations !
Le peuple qui habitait dans les ténèbres
a vu une grande lumière.
Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort,
une lumière s’est levée.
À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer :
« Convertissez-vous,
car le royaume des Cieux est tout proche. »
Comme il marchait le long de la mer de Galilée,
il vit deux frères,
Simon, appelé Pierre,
et son frère André,
qui jetaient leurs filets dans la mer ;
car c’étaient des pêcheurs.
Jésus leur dit :
« Venez à ma suite,
et je vous ferai pêcheurs d’hommes. »
Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.
De là, il avança et il vit deux autres frères,
Jacques, fils de Zébédée,
et son frère Jean,
qui étaient dans la barque avec leur père,
en train de réparer leurs filets.
Il les appela.
Aussitôt, laissant la barque et leur père,
ils le suivirent.
Jésus parcourait toute la Galilée ;
il enseignait dans leurs synagogues,
proclamait l’Évangile du Royaume,
guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.
Homélie, Lausanne, 1969
Mise en ligne: 19.01.23
Temps de lecture: 2 mn

Cette révélation indépassable, éternelle, infinie, n’a pas encore été comprise, et ne peut l’être, en effet, que par une conversion très profonde, encore bien rare. Et pour juger avec justesse de la crise actuelle, à laquelle nous assistons, à laquelle nous participons, nous pouvons porter ce diagnostic: cette crise tient essentiellement à l’ambiguïté liée à la notion même de Dieu. (…)
Le Dieu du coeur se révèle
Et voilà justement le centre du débat, voilà la difficulté dans laquelle nous nous débattons: il s’agit de passer d’un Dieu extérieur, considéré comme un pouvoir qui domine et qui limite, à un Dieu intérieur, secret, silencieux, dépouillé, fragile, intérieur à nous-même et qui nous attend à chaque battement de notre coeur, dans le plus secret et le plus profond de notre intimité.
Cette crise à laquelle nous participons, il s’agit donc de la surmonter. Non pas du tout dans l’épouvante, comme si tout était perdu, mais tout simplement, en prenant le tournant qu’il a été très difficile de prendre, parce que la vie du groupe, depuis que l’humanité existe a précédé la vie de la personne, a prévalu sur la vie de la personne.
La personne en nous est un tout petit germe à peine en cours de développement, et si la situation doit se transformer – comme elle est appelée à le faire – ce sera par la conversion totale de nous-même à cet Amour merveilleux qui nous attend au plus intime de nous-même, et qui est en nous – comme dit l’Évangile – une source qui jaillit en vie éternelle.
Il importe de comprendre que subsiste souvent en nous un visage du pouvoir transmis dans la continuité d’une tradition des centaines de fois millénaire; et que cette tradition, on ne peut pas la rénover, on ne peut pas la transformer en un tour de main.
Il faut de la patience, mais il faut d’abord de la lucidité.
Il ne s’agit pas de vie privée, il ne s’agit pas de se retirer, ni de condamner, il s’agit de comprendre; et pour comprendre, écouter la nouveauté de l’Évangile, aller à la source, au puits de Jacob, entendre la Parole éternelle donnée à la Samaritaine, et découvrir cette source qui jaillit en nous en vie éternelle: le Dieu vivant.
Tous les malaises dont nous souffrons auront disparu, dans la mesure où ce diagnostic sera heureusement accompli, et où nous comprendrons que nous sommes appelés à un approfondissement merveilleux, à une découverte vitale de l’Évangile, à une rencontre originale avec Jésus-Christ.
Et en effet, le Dieu qui se révèle, ce n’est plus le Dieu des peuples, le Dieu des foules, le Dieu des rassemblements trépignants… c’est le Dieu des personnes, c’est le Dieu du coeur, c’est le Dieu crucifié par Amour pour nous. Dieu est en agonie depuis le début du monde et jusqu’à la fin, tant que notre coeur ne va pas à la rencontre du sien, dans une conversion de tout notre être à sa lumière infinie.
Nous pouvons donc, dans ce débat où nous sommes tous concernés, nous pouvons concevoir une immense espérance parce que nous sommes sollicités personnellement, nous sommes sûrs, en effet, si nous prenons le tournant, d’aller vers un avenir de magnifique fécondité.
Et ce tournant, Jésus lui-même nous montre la manière de le prendre: il s’agit justement de passer du dehors au-dedans, de découvrir un ciel intérieur à nous-mêmes, d’entrer en contact et en dialogue permanent avec le Visage bien-aimé, imprimé dans nos coeurs.


