Aller à Dieu avec confiance
Le Christ Roi de l’univers,
Année C, Luc 23, 35-43
D’une homélie de Maurice Zundel, donnée à Lausanne en décembre 1965. Dans l’Évangile de ce jour, Jésus, Roi mais crucifié, accueille le bon larron et lui annonce le paradis. C’est la justice de l’Amour à laquelle nous sommes invités à croire et à communier.
Il s’agit de nous échanger avec quelqu’un qui est tout Amour et qui ne peut être reconnu par nous que dans la mesure où son intimité s’enracine dans la nôtre.
En ce temps-là,
on venait de crucifier Jésus,
et le peuple restait là à observer.
Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient :
« Il en a sauvé d’autres :
qu’il se sauve lui-même,
s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! »
Les soldats aussi se moquaient de lui ;
s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée,
en disant :
« Si tu es le roi des Juifs,
sauve-toi toi-même ! »
Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui :
« Celui-ci est le roi des Juifs. »
L’un des malfaiteurs suspendus en croix
l’injuriait :
« N’es-tu pas le Christ ?
Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! »
Mais l’autre lui fit de vifs reproches :
« Tu ne crains donc pas Dieu !
Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
Et puis, pour nous, c’est juste :
après ce que nous avons fait,
nous avons ce que nous méritons.
Mais lui, il n’a rien fait de mal. »
Et il disait :
« Jésus, souviens-toi de moi
quand tu viendras dans ton Royaume. »
Jésus lui déclara :
« Amen, je te le dis :
aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
Homélie, Lausanne, 1965
Mise en ligne: 17.11.22
Temps de lecture: 2 mn

C’est ce qu’il y a au fond de l’Évangile: il y a une autre conception du bien, il y a une autre révélation de la dignité et de la grandeur humaines. Nous ne sommes pas des esclaves. Dieu n’est pas un maître.
En Jésus-Christ, la non-violence a fait son entrée dans le monde.
Nous sommes dans un mariage d’amour. Nous sommes dans un secret d’amitié. Nous sommes enveloppés d’une tendresse infinie. Nous sommes honorés par un respect qui a la Croix pour mesure et Dieu, devant nous, n’attend qu’une chose, c’est cette ouverture de notre coeur qui lui permettra de vivre sa vie au-dedans de nous, comme l’être qui aime aspire à vivre en l’être aimé dans l’espace de lumière qui est le don de l’amour.
Nous avons à passer d’une conception de la justice primitive et très humaine à une autre conception de la justice infiniment haute et divine, dont la Croix est la source et le ferment.
En Jésus-Christ, la non-violence a fait son entrée dans le monde; non pas la faiblesse, non pas la tolérance à l’égard de n’importe quoi, mais la non-violence comme la révélation d’une autre humanité, d’un autre Dieu, d’une autre morale qui est une mystique et d’un être qui n’est pas engagé dans une servitude par une puissance qui se nargue de sa dignité.
Tout au contraire, en Jésus, nous apprenons que chaque mouvement de notre coeur a une portée infinie et que Dieu est si parfaitement intérieur, si incapable de violer notre clôture, si incapable de s’introduire de force dans notre intimité qu’il attendra éternellement en faisant contrepoids par l’assomption de la mort, en faisant contrepoids en subissant l’Agonie et la crucifixion…
il attendra autant qu’il le faudra que notre amour fleurisse et que, reconnaissant enfin son visage, le visage de l’éternel Amour, nous nous donnions à lui comme le bon larron, sans réticence, sans peur, non pas parce que nous sommes à l’abri d’être jugés, non pas parce que nous redoutons une quelconque condamnation, mais parce qu’enfin nous avons découvert Dieu comme cet Amour que nous cherchions par toute la terre et qu’enfin nous avons rencontré au plus intime de nous comme un visage qui nous attend toujours, comme un visage dans la contemplation duquel nous avons trouvé notre repos, notre joie et notre lumière.


