Etre humblement vrai

30e dimanche du Temps de l’Eglise,
Année C, Luc 18, 9-14
D’une conférence de Maurice Zundel lors d’une retraite à St-Maurice (Suisse) en 1953. Ce texte est choisi pour illustrer la parabole du pharisien et du publicain: deux attitudes très différentes dans la vie et dans la relation à Dieu.

En ce temps-là,
à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes
et qui méprisaient les autres,
Jésus dit la parabole que voici :
« Deux hommes montèrent au Temple pour prier.
L’un était pharisien,
et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts).
Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même :
‘Mon Dieu, je te rends grâce
parce que je ne suis pas comme les autres hommes
– ils sont voleurs, injustes, adultères –,
ou encore comme ce publicain.
Je jeûne deux fois par semaine
et je verse le dixième de tout ce que je gagne.’
Le publicain, lui, se tenait à distance
et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ;
mais il se frappait la poitrine, en disant :
‘Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !’
Je vous le déclare :
quand ce dernier redescendit dans sa maison,
c’est lui qui était devenu un homme juste,
plutôt que l’autre.
Qui s’élève sera abaissé ;
qui s’abaisse sera élevé. »

Conférence, St-Maurice (Suisse), 1953
Mise en ligne: 18.10.22
Temps de lecture: 2 mn

Notre Seigneur se tourne avec tout son élan vers les pécheurs, les déclassés, ceux qu’on méprise, parce qu’il sait que le Royaume de Dieu se recrutera parmi tous ces êtres qui ont cette première grâce de ne pas se complaire en eux-mêmes et que leur vie misérable met déjà dans cet état d’humilité et de confusion, qui est la première démarche de la conversion.

La religion, ce n’est pas ce que nous faisons, c’est ce que nous sommes.

Pour lui, tout est moyen, et l’Eglise elle-même n’existe qu’en vue de cette promotion de l’humanité et de chaque âme à l’union avec Dieu. Si Dieu n’est pas aimé, rencontré, s’il ne devient pas le fond de notre vie, toute notre religion est une caricature de la vérité.

Lorsqu’un homme ne vit pas la parole qu’il annonce, il finit par donner à cette parole un tour, un accent qui lui donnent son propre visage, et cette parole n’annonce plus la vérité.

Dans l’Evangile, ce sont les Pharisiens, les hommes de la Loi, dont la profession officielle était de lire la parole, ce sont ces gens-là qui ont condamné Jésus. C’est le grand prêtre qui a demandé au nom de la justice la condamnation de Jésus. C’est au nom de la religion que notre Seigneur a été mis à mort, comme blasphémateur qu’il a été jugé et condamné.

Ce n’était plus le Dieu de Moïse, ce n’était plus le Dieu des prophètes, mais celui que chacun fabriquait.

Il n’y a aucun doute que notre Seigneur nous ramène ici à l’essentiel et que, pour lui, la religion se juge à ses fruits. La religion, ce n’est pas ce que nous faisons, c’est ce que nous sommes.

Il y a une action qui nous transforme, qui nous appelle à une nouvelle naissance, et cette action émane de gens qui sont nés de nouveau, qui sont entrés dans le Royaume de Dieu, à travers lesquels le visage de Dieu réellement transparaît.

On sent, dans tout le drame de Jésus, on sent pourquoi les Pharisiens en ont peur. Parce que sa Présence jette une ombre sur leur présence, et ils le sentent avec cette espèce de clairvoyance que donne la jalousie.

Il y a une justice dans les âmes, et c’est la justice la plus implacable, et cette justice, c’est qu’on ne peut feindre d’être ce qu’on n’est pas. On peut faire des gestes, mais il y a quelque chose de plus profond qu’on ne peut pas faire. Finalement, toute l’enveloppe extérieure craque et l’on voit ce qu’il y a dessous, et les pharisiens sentaient qu’il était impossible de lutter à armes égales avec Jésus. Ils sentaient qu’il y avait en lui une sincérité, une simplicité à laquelle ils ne pouvaient atteindre.

S’ils voulaient faire taire cette voix, comme Hérodiade avait voulu faire taire la voix de Jean-Baptiste, c’est que cette voix était tellement vraie, tellement authentique qu’il leur était impossible de lui échapper. Alors le seul moyen, c’était de supprimer le personnage. Ainsi, ils n’entendraient plus sa voix.

Tandis que les pécheurs, les publicains ne se fabriquent pas: ils se donnent comme ils sont. Ils ne construisent pas leur personnage, ils percevront mieux cette voix que peut-être déjà ils entendent et qui répond à leur misère et à leur détresse. Et c’est pourquoi Jésus est attiré par ces publicains, par ces pécheurs, lui qui est venu non pour guérir les bien-portants, mais les malades qui appellent au secours.

Et quelle parole terrible à l’égard de ces hommes qui portent la Loi inscrite sur leur front: «Les publicains et les femmes de mauvaise vie vous précéderont dans le Royaume de Dieu» (Mt. 21, 31)!

A travers ces images, nous sentons un appel à l’authenticité. Le disciple de Jésus, celui qui veut entrer dans le Royaume de Dieu, c’est d’abord quelqu’un qui renonce à se fabriquer, qui se donne comme il est, à Dieu d’abord, aux hommes ensuite.

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