La reconnaissance de l’autre

28e dimanche du TO,
Année C, Luc 17, 11-19

D’une conférence de Maurice Zundel lors d’une retraite aux sœurs de St-Augustin à St-Maurice (Suisse) en 1953 (Liban).

L’Évangile de ce jour parle du lépreux samaritain guéri, qui est le seul parmi les dix guéris à venir témoigner de sa reconnaissance à Jésus. D’où cette réflexion sur l’accueil par Jésus de celui qui est autre.

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc.

En ce temps-là,
Jésus, marchant vers Jérusalem,
traversait la région située entre la Samarie et la Galilée.
Comme il entrait dans un village,
dix lépreux vinrent à sa rencontre.
Ils s’arrêtèrent à distance
et lui crièrent :
« Jésus, maître,
prends pitié de nous. »
À cette vue, Jésus leur dit :
« Allez vous montrer aux prêtres. »
En cours de route, ils furent purifiés.

L’un d’eux, voyant qu’il était guéri,
revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix.
Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus
en lui rendant grâce.
Or, c’était un Samaritain.
Alors Jésus prit la parole en disant :
« Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ?
Les neuf autres, où sont-ils ?
Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger
pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! »
Jésus lui dit :
« Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »

Conférence, St-Maurice (Suisse), 1953
Mise en ligne: 05.10.22
Temps de lecture: 2 mn

Il ne faut pas oublier ce qu’étaient les Samaritains pour les Juifs. C’était le type de l’être le plus abominable: les Samaritains étaient un peuple mélangé, composé en bonne partie de colons assyriens transplantés en Samarie, après la chute de la Samarie pour remplacer les Juifs déportés à Babylone.

Notre Seigneur nous oblige à regarder au-dedans, vers ce Dieu qui est Esprit.

Ils avaient gardé la croyance à Moïse, les premiers livres de la Bible, mais ils n’acceptaient pas les prophètes et s’étaient construit un temple sur le Mont Garizim. Ils étaient donc, au regard des Juifs, des schismatiques. Ils étaient tellement détestés par les Juifs que ces derniers leur préféraient les païens, malgré la circoncision.

Il est donc tout à fait remarquable que notre Seigneur ait choisi comme type de la charité un Samaritain. Ce n’est pas un accident: il y a là quelque chose de symbolique.

Lors de la guérison des dix lépreux, sur les dix qui ont été guéris, un seul revient pour rendre grâces, et c’est un Samaritain.

Vous savez d’autre part, par l’Evangile de saint Jean, qu’une des plus grandes révélations du Nouveau Testament a été faite au puits de Jacob, à une pécheresse, et cette pécheresse était Samaritaine. C’est à elle que Jésus dira l’un des mots les plus bouleversants de l’Evangile: «Dieu est Esprit et ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit» (Jn 4, 24).

Il nous oblige à regarder au-dedans, vers ce Dieu qui est Esprit.

Cette faveur que Jésus témoigne aux Samaritains, il la témoigne aussi aux païens, et un très grand exemple de foi est celui du centurion, païen sympathique aux Juifs, qui doit avoir un attrait très fort vers le Dieu unique, mais païen tout de même.

C’est lui que notre Seigneur donne comme exemple de foi en disant qu’il n’a pas trouvé une telle foi en Israël.

C’est encore l’exemple célèbre de la Cananéenne qui le poursuit de ses supplications. Elle ne se laisse pas démonter par son accueil: «On n’enlève pas le pain aux enfants pour le donner aux petits chiens»; et elle de répondre: «Oui, Seigneur, mais il suffit aux petits chiens de se servir des miettes qui tombent de la table de leur maître» (Mt 15, 26-27).

Et notre Seigneur loue cette femme, loue cette foi si grande. Ces païens atteignent au sommet de la foi et dépassent les Juifs, avec toute leur Révélation. (…)

Il est donc certain qu’il y a en notre Seigneur un certain goût des hérétiques et des pécheurs; pas de l’hérésie ni du péché, mais des hérétiques et des pécheurs.

Pourquoi notre Seigneur, qui est Juif, montre-t-il un tel goût des hérétiques et des pécheurs? C’est que, pour lui, les âmes ne se jugent pas suivant les catégories extérieures.

Il y a un seul problème, c’est la rencontre, la rencontre authentique avec Dieu. Qu’importe qu’un homme remplisse telle ou telle fonction, qu’il soit Pharisien ou Samaritain.

Ce qui importe pour lui, c’est que cet homme se soit quitté lui-même, c’est qu’il soit ouvert au Royaume de Dieu, qu’il n’y ait pas dans son cœur de dualité, qu’il ne soit plus qu’un regard d’amour vers Dieu.

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