Quel Dieu entrevoyons-nous ?
24e dimanche du TO, Année C,
Luc 15, 1-32
D’un entretien de Maurice Zundel lors d’une retraite aux Franciscaines de Ghazir (Liban) en 1959.
A chaque instant, nous pouvons éteindre Dieu; à chaque instant, nous pouvons voiler ce soleil qui est, au-dedans de nous, le trésor caché du Royaume des cieux.
ÉVANGILE
« Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit » (Lc 15, 1-32)
Alléluia. Alléluia.
Dans le Christ, Dieu réconciliait le monde avec lui :
il a mis dans notre bouche la parole de la réconciliation.
Alléluia. (cf. 2 Co 5, 19)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là,
les publicains et les pécheurs
venaient tous à Jésus pour l’écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui :
« Cet homme fait bon accueil aux pécheurs,
et il mange avec eux ! »
Alors Jésus leur dit cette parabole :
« Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une,
n’abandonne-t-il pas les 99 autres dans le désert
pour aller chercher celle qui est perdue,
jusqu’à ce qu’il la retrouve ?
Quand il l’a retrouvée,
il la prend sur ses épaules, tout joyeux,
et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins
pour leur dire :
‘Réjouissez-vous avec moi,
car j’ai retrouvé ma brebis,
celle qui était perdue !’
Je vous le dis :
C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel
pour un seul pécheur qui se convertit,
plus que pour 99 justes
qui n’ont pas besoin de conversion.
Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et qu’elle en perd une,
ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison,
et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ?
Quand elle l’a retrouvée,
elle rassemble ses amies et ses voisines
pour leur dire :
‘Réjouissez-vous avec moi,
car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !’
Ainsi je vous le dis :
Il y a de la joie devant les anges de Dieu
pour un seul pécheur qui se convertit. »
Jésus dit encore :
« Un homme avait deux fils.
Le plus jeune dit à son père :
‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’
Et le père leur partagea ses biens.
Peu de jours après,
le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait,
et partit pour un pays lointain
où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.
Il avait tout dépensé,
quand une grande famine survint dans ce pays,
et il commença à se trouver dans le besoin.
Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays,
qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.
Il aurait bien voulu se remplir le ventre
avec les gousses que mangeaient les porcs,
mais personne ne lui donnait rien.
Alors il rentra en lui-même et se dit :
‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance,
et moi, ici, je meurs de faim !
Je me lèverai, j’irai vers mon père,
et je lui dirai :
Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.
Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’
Il se leva et s’en alla vers son père.
Comme il était encore loin,
son père l’aperçut et fut saisi de compassion ;
il courut se jeter à son cou
et le couvrit de baisers.
Le fils lui dit :
‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’
Mais le père dit à ses serviteurs :
‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller,
mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,
allez chercher le veau gras, tuez-le,
mangeons et festoyons,
car mon fils que voilà était mort,
et il est revenu à la vie ;
il était perdu,
et il est retrouvé.’
Et ils commencèrent à festoyer.
Or le fils aîné était aux champs.
Quand il revint et fut près de la maison,
il entendit la musique et les danses.
Appelant un des serviteurs,
il s’informa de ce qui se passait.
Celui-ci répondit :
‘Ton frère est arrivé,
et ton père a tué le veau gras,
parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’
Alors le fils aîné se mit en colère,
et il refusait d’entrer.
Son père sortit le supplier.
Mais il répliqua à son père :
‘Il y a tant d’années que je suis à ton service
sans avoir jamais transgressé tes ordres,
et jamais tu ne m’as donné un chevreau
pour festoyer avec mes amis.
Mais, quand ton fils que voilà est revenu
après avoir dévoré ton bien avec des prostituées,
tu as fait tuer pour lui le veau gras !’
Le père répondit :
‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi,
et tout ce qui est à moi est à toi.
Il fallait festoyer et se réjouir ;
car ton frère que voilà était mort,
et il est revenu à la vie ;
il était perdu,
et il est retrouvé ! »
– Acclamons la Parole de Dieu.
Entretien, Ghazir (Liban), 1959
Mise en ligne: 6.9.22
Temps de lecture: 2 mn

Si Dieu est ce Dieu-là – et il n’y en a pas d’autre – que pourrions-nous craindre de sa part? Il ne pourra jamais qu’être pour nous ce père de la parabole de l’enfant prodigue qui attend au sommet de la route le retour de son enfant, dont il ne cesse de pleurer l’absence, et qui lui ouvrira les bras et pleurera sur son épaule dès qu’il l’aura aperçu.
Qu’est-ce que nous allons en faire? Quelle place allons-nous lui donner? Quelle transparence allons-nous offrir à sa lumière?
Que peut faire une mère, quand son enfant indigne revient à elle, que de l’aimer comme elle n’a jamais cessé de le faire? Dieu ne pourra jamais être une menace pour nous, mais bien nous pour lui puisqu’à chaque instant, comme dit saint Paul aux Thessaloniciens, «nous pouvons éteindre l’Esprit».
A chaque instant, nous pouvons éteindre Dieu; à chaque instant, nous pouvons voiler ce soleil qui est, au-dedans de nous, le trésor caché du Royaume des cieux. Il suffit que notre visage soit fermé pour en cacher la vue aux autres, pour les empêcher de s’approcher de cette lumière et de faire la découverte de cet amour.
Tous ceux qui se sont inquiétés de leur prédestination, qui se sont demandés comment Dieu pouvait connaître notre fin dernière sans que notre liberté en soit atteinte, ont posé un faux problème, parce que dans l’Évangile et dans la lumière de la croix, il ne s’agit plus de nous, mais de lui!
Qu’est-ce que nous allons en faire? Quelle place allons-nous lui donner? Quelle transparence allons-nous offrir à sa lumière? Quel silence présenterons-nous à sa musique? (…)
Tant que nous nous plaçons devant Dieu comme devant une loi, devant un commandement, devant une force et une puissance qui va nous écraser, devant une menace, devant un jugement à redouter, nous ne pouvons pas décoller de nous-mêmes, puisque cette menace nous concerne, que nous sommes bien obligés de nous demander quel sera notre destin, ce qui nous arrivera ici-bas ou après la mort.
Mais quand nous rencontrons la fragilité de Dieu, nous ne pouvons plus penser qu’à une seule chose: c’est à la défendre, à la protéger, à veiller sur elle, à empêcher qu’elle ne soit en nous victime de notre égoïsme et de celui des autres.


