Ne pas amasser

18ème dimanche du temps ordinaire, Année C,
Lc 12, 13-21

Amasser, c’est absurde. Pire encore, pour Zundel, cela peut être source d’injustice. Cela peut priver d’autres des moyens nécessaires à leur vie. C’est pourquoi, Zundel a développé une manière de voir le droit de propriété comme le droit à avoir les biens nécessaires à la vie, mais aussi comme le devoir de partager, pour que chacun ait le nécessaire.

Le droit de propriété, ce n’est pas le droit d’amasser, de garder pour soi en laissant mourir de faim les autres, faute de posséder ce qui est radicalement nécessaire à leur subsistance.

Conférence, Le Caire (Egypte), 1967
Mise en ligne: 29.07.22
Temps de lecture: 2 mn

D’une conférence de Maurice Zundel donnée au Carmel de Matarieh.

"Nous devons être le levain dans la pâte pour faire fermenter l'humanité dans le sens de sa libération divine" | DR

Un richard d’Egypte me disait autrefois: « Mon argent est à moi. J’en fais ce que je veux ». Et il en faisait hélas ce qu’il voulait, en effet.

« J’en fais ce que je veux! » Je peux le jeter à la mer si ça me plaît ou je peux brûler tous mes billets de banque dans mon poêle, c’est mon affaire! »

Mais non!

Cette répartition des richesses communes en biens particuliers ne peut pas se retourner contre les intérêts de la vie.

Ce n’était pas du tout son affaire, car justement, quand nous avons satisfait raisonnablement à nos besoins, quand nous sommes assurés raisonnablement de notre subsistance, tout ce qui est au-delà ne nous appartient plus, tout ce qui est au-delà appartient en droit aux autres dans la mesure et à condition, bien entendu, qu’ils observent et respectent la loi du travail selon leur possibilité;

car justement les autres ont le même droit que moi-même à ces biens de la terre et, si je les confisque, si je les accumule à leur détriment, je les assassine et ils ont rigoureusement de droit de s’emparer de ce qui est à eux.

Saint Thomas d’Aquin pose en principe qu’à l’origine tous les biens de la terre sont communs.

L’appropriation qui fait des biens communs une propriété privée n’est destinée qu’à mieux assurer l’administration et la circulation, du fait que, si tout est commun, chacun rejette sur l’autre la responsabilité du travail, tout se termine dans un gâchis qui est au détriment de tous.

Mais cette répartition des richesses communes en biens particuliers ne peut pas se retourner contre les intérêts de la vie.

C’est pourquoi saint Thomas admet formellement, explicitement, qu’un homme qui se trouve dan spa dernière extrémité, qui est menacé de périr et auquel personne ne porte secours, a le droit de prendre ce qui est sien.

Ce petit mot est admirable: « il prendra ce qui est sien », parce que la communauté primitive est restaurée en sa faveur, les biens de la terre sont donnés à tous au profit de tous.

Si donc la distribution des richesses de la terre et de l’univers en richesses particulières et en biens privés en vue d’une meilleure administration et d’une plus harmonieuse circulation, si cette distribution se retourne contre la vie, c’est le droit de la vie qui prime.

Et l’homme dans cette dernière extrémité a le droit de prendre ce qui est sien.

Alors ces deux tiers de l’humanité qui sont sous-alimentés n’auraient-ils pas le droit de prendre ce qui leur appartient?

Sans aucun doute.

Il est de toute évidence que le droit de propriété exige, à chaque instant, une nouvelle répartition des biens en fonction des besoins réels de l’humanité.

Comme l’humanité s’accroît, comme d’ailleurs les moyens de communication et d’information nous permettent de savoir tout ce qui se passe sur tous les points de la terre, comme nous pouvons grâce à l’aviation être présents très rapidement à tous les points de la terre, nous ne pouvons ni ignorer les besoins de chaque nation, ni refuser de porter secours à une nation qui se trouve dans une détresse particulière soit en raison de catastrophes naturelles, soit en raison de l’ingratitude de son sol, soit en raison d’un retard technique qui l’empêche de tirer parti de toutes les ressources naturelles de son territoire.

Le droit de propriété créé par lui-même, parce qu’il est fondé sur la pauvreté selon l’esprit, parce qu’il n’a de légitimité que par notre vocation de dés appropriation, le droit de propriété est donc par lui-même, par son essence, ouvert sur les autres et réclame de lui-même une continuelle réforme de la distribution des biens de la terre.

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