Notre Père
17è dimanche du temps ordinaire, 24 juillet 2022, Année C,
Lc 11, 1-13 (le nom du Père)
Bremond (historien du sentiment religieux) raconte une expérience faite par une bergère au XVIIè siècle.
Entretien, Ghazir (Liban), 1959
Mise en ligne: 22.07.22
Temps de lecture: 2 mn
D’un entretien de Maurice Zundel lors d’une retraite prêchée à Ghazir.

Bremond (historien des sentiments religieux) raconte une expérience faite par une bergère du XVIIè siècle, qui paraissait idiote à force d’être silencieuse et qu’une noble demoiselle qui connaissait son catéchisme sur le bout du doigt prend en pitié en se disant : « La pauvre fille, elle ne doit rien savoir du bon Dieu, je vais essayer d’entreprendre son instruction ».
Elle passait tout le jour dans l’émerveillement de cette Présence divine qui était la respiration de son âme.
Et comme elle s’approche de la bergère, qu’elle lui propose de lui enseigner le catéchisme, la petite bergère lui dit:
« Mademoiselle, pourriez-vous m’apprendre à terminer mon Notre Père car, chaque fois que je commence, que je dis Notre Père et que je pense que celui qui est là-haut veut bien être le Père d’une pauvre petite créature comme moi, j’éclate en sanglots et je passe ainsi tout le jour en pleurant à garder mes vaches ».
Alors la demoiselle comprit que la petite bergère en savait infiniment plus qu’elle sur le vrai Dieu, puisque le seul mot de Père, de Notre Père, évoquait en elle une telle émotion qu’elle ne pouvait retenir ses larmes et qu’elle passait tout le jour dans l’émerveillement de cette Présence divine qui était la respiration de son âme.
Elle aurait pu dire, d’ailleurs, non seulement Notre Père, mais Mon Père, car nous ne sommes pas seulement ses fils, mais chacun son fils ou sa fille.
Comme les parents ne voient pas leurs enfants en série, Dieu ne nous voit pas en série et chacun de nous a un visage unique, irremplaçable, chacun de nous reçoit de Dieu une confidence qui ne s’adresse qu’à lui et que lui seul peut transmettre aux autres.
C’est pourquoi chacun de nous est nécessaire à l’équilibre du monde, nécessaire à la révélation totale de Dieu.
Il s’agit donc de découvrir pour nous la ligne qui définit nos tendances les plus profondes afin que, dans le désert de la vie, nous puissions chaque jour rencontrer le puits de Jacob et la source qui jaillit en vie éternelle.
A un prêtre que je voyais pour la première et la dernière fois et qui me demandait un mot pour son voyage, je dis : « Que Dieu vous soit neuf chaque matin! ».
Il le faut car, si Dieu n’est pas neuf chaque matin, s’il n’est pas une rencontre toute neuve qui nous émerveille, qui suscite notre enthousiasme et qui ranime notre passion, il sera du déjà vu, nous tournerons dans le cercle des gestes stéréotypés et il nous ennuiera et c’est en-dehors de Lui que nous chercherons l’épanouissement de notre sensibilité.


