Aller vers son prochain
15e dimanche du temps ordinaire, Année C,
Lc 10, 25-37
Il y a dans l’Evangile un humanisme, un souci de l’homme extraordinaire, qui éclate de la façon la plus savoureuse dans la parabole du Bon Samaritain, qui est un chef-d’oeuvre d’ironie.
Conférence, Zurich (Suisse), 1963
Mise en ligne: 06.07.22
Temps de lecture: 2 mn
D’une conférence donnée à des étudiants à Zurich.

Cette parabole est récitée par Jésus ou inventée par Jésus, pour répondre à la question d’un docteur qui qui est sanglé dans son orthodoxie et qui devra avouer, lorsque Jésus a choisi à dessein le Samaritain, qui est un hérétique, un schismatique, détesté bien plus qu’un païen – je vous rappelle que dans l’épisode de la Samaritaine, celle-s’étonne au puits de Jacob que Jésus qui est Juif, lui adresse la parole: ce n’était pas la coutume – … alors Jésus choisit à dessein le Samaritain comme exemple de la seule chose nécessaire, qui est de relever le blessé qui gît le long de la route.
Quand vous serez devenu le prochain de l’homme malheureux, vous serez près de Dieu.
Quelle que soit votre manière de construire votre vie, peu importe, s’il y a un blessé au bord de la route, le signe même de votre authenticité et de votre contact avec un Dieu véritable, s’il existe, c’est d’aller d’abord relever ce blessé.
Et quand vous serez devenu le prochain de l’homme malheureux, à ce moment-là, vous serez près de Dieu.
Il faut aller plus loin encore.
Que représente la Croix, sinon la mort de Jésus pour l’homme?
Que représente la Croix, sinon la mesure de notre liberté?
Enfin, pour nous faire entrer dans la lumière de son amour, Dieu ne peu user de contrainte: il n’a d’autre ressource que son amour.
Et la Croix veut dire que Dieu meurt d’amour pour ceux qui refusent obstinément de l’aimer.
Et d’une façon peut-être plus émouvante, parce qu’elle a donné lieu à beaucoup moins de commentaires: la scène du lavement des pieds.
Car on ne peut pas séparer ces trois choses: la consigne: « Aimez-vous les uns des autres », le lavement des pieds et l’Eucharistie.
Ce sont trois manières, finalement, d’associer d’une façon indissoluble: Dieu et l’homme.
On ne peut pas aller à Dieu, si on ne va pas à l’homme: on ne peut pas aimer Dieu, si on n’aime pas l’homme: on ne peut pas croire en Dieu, si on ne croit pas en l’homme.
Croire en l’homme, en l’homme avec toutes ses dimensions, en l’homme avec toute sa dignité, c’est chose essentielle.
Celui qui ne croit pas en cet h0mme-là, il ne peut croire qu’en un faux dieu.


