Dimanche des Rameaux: La tragédie de l’Amour
Dimanche des Rameaux et de la Passion, Année C,
Lc 19, 28-40. 22, 14. 23, 56 (récit de la Passion)
Homélie, Lausanne, 1966
Mise en ligne: 04.04.22
Temps de lecture: 2 mn
D’une homélie de Maurice Zundel donnée au dimanche des Rameaux, publiée dans Ta Parole comme une source, p. 286.

Vous vous rappelez cette scène: Jésus descend du Mont des Oliviers, il a devant lui toute la ville de Jérusalem et en particulier le Temple dont la splendeur éclate au soleil.
Et il pleure sur cette ville, dont il prévoit la ruine et l’entière destruction.
Jésus révèle l’échec de Dieu: quand l’amour ne rencontre pas l’amour, il reste impuissant et ne peut offrir rien d’autre que ses propres blessures.
Ces larmes de Jésus nous touchent d’autant plus que nous sommes ici au jour des Rameaux, ce jour où nous assistons à une sorte de triomphe du Seigneur.
Et nous voyons que Jésus n’est est pas dupe, à quelques jours de sa Crucifixion, car il porte en lui toute l’humanité, toute l’histoire, tout l’univers, à la lumière de cette Révélation formidable qui va faire de la mort de Dieu une affirmation de sa toute-puissance.
Saint-Luc avait déjà rapporté cette immense douleur du Christ devant l’ingratitude de Jérusalem: « Toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble sa couvée sous ses ailes.. et vous n’avez pas voulu! » (Lc 13, 34).
Maintenant, Jésus pleure sur Jérusalem dans l’Evangile de ce jour (Lc 19, 41) et ses larmes sont une profonde révélation sur la question de savoir qui est Dieu.
Jésus a pleuré sur Jérusalem!
Mais comment Dieu peut-il pleurer et qu’est-ce que cela veut dire?
Est-ce que l’on ne nous rebat pas les oreilles de la toute-puissance de Dieu?
Est-ce que Dieu ne pouvait pas transformer cette ville, est-ce qu’il ne pouvait pas l’obliger à le reconnaître?
Est-ce que sa toute-puissance n’était pas capable de faire un miracle, de ressusciter « les vivants et les morts »?…
j’entends: les précipices de l’ombre de la mort spirituelle dans laquelle tous étaient plongés.
Eh bien, non justement, ce que Jésus vient révéler au monde, c’est l’échec de Dieu, c’est-à-dire que Dieu se révèle en Jésus-Christ comme l’Amour qui n’est qu’amour.
Et que peut l’amour? Aimer, un point c’est tout!
Et quand l’amour ne rencontre pas l’amour, quand il se heurte de plus en plus à un refus obstiné, il reste impuissant et ne peut plus offrir rien d’autre que ses propres blessures: Dieu précisément meurt ainsi de tous nos refus d’amour et c’est ce que signifie, dans l’Histoire, la morte de Jésus-Christ.
L’Evangile est la manifestation constante des oppositions à l’Amour que Jésus vient nous offrir et de leur surgissement dans une progression toujours plus tragique vers la défaite et vers l’échec.
C’est par là que Jésus vient nous délivrer d’un dieu qui serait uniquement pour nous une limite et un scandale, d’un dieu qui voudrait nous plier à ses lois d’une manière arbitraire.
Jésus nous a révélé dans sa personne, dans son agonie, dans sa mort, dans son immense amour, il nous a révélé un Dieu intérieur à nous-mêmes et qui ne peut que nous aimer, en nous attendant infiniment, en nous attendant éternellement, en nous attendant au plus intime de nous-mêmes.


