« Va et ne pèche plus »

5e Dimanche de carême, Année C,
Jn 8, 1-11

Jésus sonde les cœurs et les reins. Jésus va au plus intime.

Prédication, Rome, 1972
Mise en ligne: 01.04.22
Temps de lecture: 2 mn

D’une prédication de Maurice Zundel lors de la retraite qu’il donna en 1972 au pape Paul VI et à la Curie

Jésus sait que c’est là que l’homme s’enracine en Dieu, dans ce sanctuaire intime qui est le Temple éternel, ce sanctuaire intime qui prend la place de tous les sanctuaires ou plutôt auquel sont ordonnés tous les sanctuaires visibles qui n’ont d’autre mission justement que de nous apprendre à construire en nous le temple éternel de l’Esprit saint.

Et il y a une péricope qui porte loin: c’est Jean, chapitre 8, l’épisode de la femme adultère.

Tout se résout dans cette admirable lumière où l’âme renouvelée reconnaît tout d’un coup, au-dedans d’elle-même, ce bien qui est Quelqu’un.

Là, nous sommes en face d’un procès intenté à Jésus: il s’agit de le confondre, de le surprendre en contradiction avec la Loi. Est-ce qu’il va s’opposer à Moise?

Quelle aubaine si on pouvait l’amener à s’opposer à Moise!

Mais ce serait la preuve flagrante qu’il blasphème, qu’il n’est pas l’envoyé de Dieu, qu’il mérite la condamnation. Il faut donc ourdir le complot.

Et quelle manière plus parfaite d’ourdir le complot que de l’amener en face d’une femme qui a été prise en flagrant délit d’adultère? Que va-t-il dire?

Acceptera-t-il de ratifier la sentence de lapidation? Comment pourra-t-il s’esquiver de ces pierres? Il n’y a pas d’issue, semble-t-il.

Et Jésus écoute.

Il écoute cette accusation qui est doublée de lâcheté, parce que, ce que les accusateurs veulent, ce n’est pas la pureté, ce n’est pas la sainteté de l’union conjugale.

Cette femme n’est qu’un prétexte pour le perdre et provoquer sa condamnation.

Jésus est couvert de honte. Il porte leur honte.

Il porte leur lâcheté et, selon une vue de Mauriac qui est soutenable, Il se penche vers le sol précisément parce qu’Il porte leur honte, parce qu’Il porte la honte de cette femme qui est diffamée, non pas à cause de son crime, si crime il y a, mais à cause de Lui, parce qu’elle n’est qu’un prétexte pour Le perdre.

Et c’est alors qu’au bout d’un temps où Il n’a rien dit, pressé de fournir une réponse, Il va les chercher au plus intime d’eux-mêmes.

Il ne va pas réfuter leurs arguments.

Il ne va pas prendre position sur l’événement.

Il va simplement les rappeler à eux-mêmes dans cette parole irrésistible: «Bien. Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre».

Tout le débat est donc intériorisé: «Il ne s’agit plus d’une confrontation avec la Loi. Il s’agit de vous-mêmes. Vous qui accusez cette femme, mais qui êtes-vous? Regardez-vous, scrutez votre conscience, revenez à vous-mêmes et dans la lumière de ce que vous découvrirez en vous, jugez-la!»

Il suffit de ce mot d’une si divine simplicité: ce mot les amène à la découverte d’eux-mêmes et ils s’en vont l’un après l’autre, en commençant par les plus vieux.

Et Jésus se trouve seul, enfin, en face de cette femme, mais qui est délivrée, mais qui est purifiée, car enfin, comment a-t-elle pu vivre cette scène qui la concernait, qui aurait dû la conduire à la mort?

Comment a-t-elle pu vivre cette scène sans découvrir en Jésus le Visage de l’Éternelle Miséricorde?

Elle se sent introduite dans un climat inconnu et merveilleux.

Elle se sent introduite dans sa plus secrète intimité.

Elle est prise à fond, mais du dedans.

Elle regarde enfin celui qui l’a sauvée et Il l’interroge avec la même miséricorde, avec la même bonté, avec la même compréhension, avec le même respect:

«Femme, personne ne t’a condamnée?» – «Non, Seigneur.» – «Eh! Bien, moi non plus, je ne te condamne pas. Va et ne pèche plus.»

Tout se résout dans cette admirable lumière où l’âme renouvelée, où l’âme de la pécheresse purifiée reconnaît tout d’un coup, au-dedans d’elle-même, ce bien qui est Quelqu’un.

Et elle s’en va, délivrée d’elle-même, ayant découvert comme la Samaritaine au plus profond de son cœur, la source qui jaillit en vie éternelle.

Rien ne nous est plus précieux que de méditer sur cette divine pédagogie, d’entrer dans ce mouvement secret de la grâce et d’apprendre à regarder l’être humain, les autres et nous-mêmes, à les regarder dans la lumière que Jésus fait lever en nous lorsqu’en présageant la ruine du Temple de Jérusalem qui est encore dans toute sa splendeur, lorsqu’en présageant la ruine du Temple, il nous invite à édifier à l’intérieur de nous-mêmes le temple de l’Esprit saint où nous pourrons adorer Dieu en esprit et en vérité.

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