Qu’est-ce que la fin du monde?
33e Dimanche du Temps Ordinaire, Année B, Marc 13, 24-32
Qu’est-ce que la fin du monde? Le non-respect de la création, de l’homme et de Dieu qui bouleverse les équilibres. Heureux ceux qui seront trouvés faisant la sainte volonté de l’Amour.
Si la créature souffre, d’une souffrance intolérable, si cette souffrance nous indigne, c’est en raison même de la dignité de la créature, c’est en raison de l’infini qu’elle porte en elle.
Conférence, St-Germain-en-Laye (France) 1974
Mise en ligne: 10.11.21
Temps de lecture: 2 mn

C’est en vertu de la valeur dont elle est dépositaire. Et c’est le piétinement de cette valeur qui nous apparaît justement comme sacrilège.
Mais cette valeur, c’est Dieu lui-même.
Dieu est toujours du côté des victimes, Il est la première victime.
Et il n’y a de mal au sens profond, au sens où le mal suscite l’indignation et l’horreur, il n’y a de mal que parce que Dieu est confié à toute conscience humaine, parce que chacun de nous a la charge de sa Présence et de sa vie.
Il est évident que Job n’a pu résoudre son problème parce qu’il a été absolument incapable de voir en Dieu la victime première de ses propres tribulations.
Incapable de concevoir l’échec de Dieu comme la plus haute manifestation de son amour.
Nous tenons donc ici l’expérience la plus profonde de cette réciprocité qui fait que la dépendance est des deux côtés, dépendance d’amour de la créature à Dieu et de Dieu à la créature, ce Dieu qui considère chaque créature comme son Dieu.
La vie même de Dieu confiée à notre amour
Le mystère de la création est donc finalement un mystère d’amour.
Toute l’histoire de l’univers est une histoire d’amour. Un Dieu nuptial, où Dieu est souvent vaincu et crucifié.
La passion est au commencement du monde, comme elle durera jusqu’à la fin du monde: la passion et la crucifixion de Dieu.
Il s’ensuit un retournement qui mord sur la vie, qui est d’une actualité brûlante, à savoir que nous avons la charge de Dieu, ce que Graham Greene exprime dans cette petite phrase si admirable: «Aimer Dieu, c’est vouloir le protéger contre nous même!»
Il n’y a là aucun paradoxe: je veux dire, nous ne sortons pas de l’expérience.
L’expérience de tous les jours nous apprend cette possibilité, comme dit saint Paul aux Thessaloniciens, d’éteindre l’esprit, d’éteindre Dieu et nous ne faisons guère autre chose au cours de nos journées, que d’éteindre Dieu, que de faire écran à sa présence et d’intercepter sa lumière.
Si Dieu ne devient pas un événement de la vie quotidienne, s’il ne s’actualise pas du fait de notre présence, il est comme mort et comme inexistant.
Il ne peut vivre effectivement dans l’humanité que s’il est vécu par quelqu’un, à fond, comme un saint François d’Assise.
Alors la vie tout entière devient transparence à Dieu et Dieu se respire sans qu’il soit nécessaire de le nommer.
Et c’est sous cet aspect que la vie chrétienne, que la révélation essentielle qui est celle de la Trinité peut donner à notre vie le sens d’une aventure incroyable qui est celle de porter Dieu, de communiquer Dieu, d’engendrer Dieu.
Comme le dit Jésus, d’être la mère de Dieu car «quiconque fait la volonté de Dieu est mon frère et ma sœur et ma mère».
Il ne s’agit donc plus désormais de notre destin, mais du destin de Dieu; non pas de ce qui nous arrive, mais de ce qui va lui arriver,
Car nous l’engageons dans toutes nos décisions, dans tous nos comportements, dans toutes nos affections. Nous l’engageons chaque fois que notre liberté joue et d’autant plus profondément qu’elle joue plus pleinement. Nous décidons donc de son existence expérimentale dans le monde.
Il sera rencontré et il sera vu, il sera reconnu dans la mesure où notre vie le laisse transparaître.
Nous sommes là au cœur d’une mystique où l’exigence spirituelle signifie la vie même de Dieu confiée à notre amour.
Le stimulant essentiel de notre effort contre toute la marée des tentations, contre toutes ces submersions cosmiques qui menacent constamment de nous envahir, le stimulant essentiel de notre générosité, c’est cela, c’est que la vie divine est remise entre nos mains.


