Jésus, chemin pour voir l’homme et Dieu
30ème dimanche du TO, Année B
Mc 10, 46-52
Si Dieu est en nous un Dieu voilé, il est par-là même un Dieu souffrant, car il est voilé par nous, voilé par nos complicités, par notre aveuglement, par la servitude de nos passions.
Homélie, Lausanne (Suisse) 1967
Mise en ligne: 20.10.21
Temps de lecture: 2 mn

Il est voilé par ce moi que nous avons toujours à la bouche, par ce moi possessif qui nous empêche d’atteindre à nous-mêmes et qui constitue le plus formidable écran entre Dieu qui demeure en nous et nous-mêmes.
Jésus est donc infiniment solidaire à la fois de cet homme que nous sommes, aveugle, et pourtant porteur de Dieu, et de ce Dieu voilé et souffrant qui est en nous une attente infinie, mais qui ne veut pas forcer le barrage de notre égocentrisme, qui ne veut pas s’imposer, bien qu’il s’offre toujours.
Dieu est déjà venu depuis toujours. C’est l’homme qui doit venir à Dieu.
Nous sommes appelés à faire, avec Jésus, cet acte de foi en l’Homme et en Dieu, à découvrir au plus profond de nous-mêmes ce ciel intérieur.
Il n’y en a pas d’autre.
Mais comment le découvrir en nous, si nous ne pouvons pas briser l’écran de notre égocentrisme? Quel est le chemin vers ce Dieu caché au plus intime de nous-même? Ce chemin c’est Jésus, lui-même… comment?
Il est bien clair que si Dieu est au-dedans de nous, il n’avait pas à descendre d’un ciel imaginaire.
S’il est en nous, il était déjà là, et toujours déjà là. Il ne cesse jamais de nous prévenir, de nous attendre. C’est nous qui ne sommes pas là!
Et c’est bien là justement ce retournement essentiel à accomplir dans le Mystère de Jésus: Dieu est toujours là, c’est l’homme qui est absent.
Il est déjà venu depuis toujours. C’est l’homme qui doit venir à Dieu.
Le Mystère de l’Incarnation, c’est justement le Mystère de l’homme qui vient à Dieu. Et l’humanité qui souffre, c’est l’humanité qui est enracinée dans l’Amour infini qui est Dieu, dans cet Amour qui n’est qu’un Amour, qui à cause de cela, est désarmé, qui à cause de cela, est infiniment pauvre, incapable de jamais s’imposer.
On parle des droits de Dieu! C’est un langage inadéquat.
Dieu est une offrande infinie. Il ne peut faire rien d’autre que s’offrir aux autres, dans cette mystérieuse crucifixion au plus intime de nous.
En Jésus l’humanité enfin éclot dans la lumière de Dieu, enracinée en Dieu, subsistant en Dieu, n’ayant plus d’autre lien avec elle-même que Dieu. Et c’est cela le Christ, notre Seigneur.
Non pas une espèce de personnage fantastique et mythologique, mais un homme dans la plénitude de sa grandeur, de sa dignité et de sa liberté, un homme…
mais qui n’a d’autre lien avec soi que Dieu, un homme dont le «moi» est «l’autre», un homme qui peut dire d’une manière unique et incomparable: «Je est un autre», préfigurant ainsi notre vocation, puisque finalement nous n’arriverons à réaliser cette grandeur et à faire rayonner cette valeur infinie qui est Dieu en nous, qu’en nous désappropriant de nous-même, pour que Dieu devienne notre vrai moi, pour qu’en nous aussi, il soit un autre.
C’est là le chemin, il n’en est pas d’autre: c’est Jésus-Christ.


