Aimer, un échange libre et infini

27e dimanche du TO – Année B
Mc 10, 2-16

La question est de savoir si l’amour peut se réaliser sans prendre lui-même des dimensions infinies.

Conférence, Cénacle (Paris) 1968
Mise en ligne: 01.10.21
Temps de lecture: 3 mn

Si l’amour peut faire l’économie de l’infini, s’il n’est pas un leurre et une illusion quand il prétend se passer de l’infini, s’il ne commence pas toujours par l’espoir de l’infini qui est suggéré d’ailleurs progressivement par le mirage même de l’espèce.

Il est évident qu’il y a, dans la rencontre de l’homme et de la femme, un attrait fondamental qui résulte de l’organisation même de leur psychisme, attrait fondamental dont la racine est physico-chimique et que cet attrait fondamental s’épanouit dans un mirage illimité avec des promesses incroyables de découverte, de joie et d’épanouissement qui semblent à portée de la main.

Il semble que la nature, à elle toute seule, ait fait tous les frais, qu’on n’ait rien à faire que s’abandonner et que, dans cet abandon, on va trouver précisément le paradis qui semble à portée de la main.

Aimer, n’est-ce pas vouloir passionnément la grandeur de l’être qu’on aime?

Or, l’expérience prouve qu’il n’en est pas ainsi, que le paradis ne peut pas être donné à portée de notre main, que l’amour ne peut pas se situer dans un monde tout fait et préfabriqué et secrété par les glandes, et irradié à partir des glandes dans un psychisme qui ne fait que les subir.

Mais qu’au contraire le grand amour sera celui qui sera capable de dominer cette instinctivité et de ne pas se laisser prendre au piège du mirage qui voudra creuser jusqu’aux racines de la personne et qui, obstinément, poursuivra l’infinité à se réaliser par la personne pour qu’elle soit elle-même.

Aimer, n’est-ce pas vouloir passionnément la grandeur de l’être qu’on aime? Aimer, n’est-ce pas refuser de se laisser prendre au piège d’une facilité et d’une fausse extase qui ne serait pas le fruit d’un don qui va jusqu’à la racine de l’être pour le délivrer de toutes ses servitudes.

Est-ce que l’amour ne devrait pas se constituer par l’échange de deux libertés créatrices au niveau de l’infini ? Autrement dit, est-ce que ce n’est pas dans la figure du second Adam, l’homme universel, que se situe le véritable horizon de l’amour ?

Nous pouvons d’ailleurs l’envisager sous un autre aspect : nous avons tous devant l’enfant, devant le tout petit enfant fragile, délicat, le tout petit enfant qui s’endort, une confiance illimitée. Est-ce que nous n’avons pas spontanément un sentiment de respect qui nous porte à nous agenouiller devant lui ?

Nous sentons que nous sommes là dans un monde virginal, un monde neuf, un monde de possibilités inépuisables. Et pourtant cette vie vierge, le plus souvent, n’est pas née virginalement : tant d’enfants sont le produit du hasard, le produit d’une recherche où ils n’étaient pas concernés et d’une jouissance qui n’avait aucun rapport avec eux.

On voudrait que, justement, la naissance de l’enfant ait été du même ordre que cette majesté diaphane et fragile qui nous agenouille devant lui. On voudrait que son histoire, dès le début, ait été une histoire virginale, une histoire de lumière et de pur amour.

Et de fait, toutes les femmes qui ne sont pas indignes de ce nom, toutes les mères qui sont en symbiose spirituelle et personnelle avec leur enfant, toutes les mères, après cette maternité de la chair, qui a pu être charnelle, savent qu’une maternité de la personne les attend où il faudra payer de leur personne, une maternité désintéressée, virginale, désappropriée qui devra accompagner leur enfant aussi longtemps qu’elles vivront pour l’enfanter dans l’ordre de la personne.

Et cette maternité seconde est la vraie maternité, cette maternité de la personne qui suppose que la mère se désapproprie de ses liens charnels avec son enfant et avec elle-même, et qu’en se libérant toujours davantage d’elle-même, elle suscite en elle un espace qui appellera l’enfant à faire de lui-même un espace universel.

Il n’y a aucun doute que sur le plan mère-enfant ou père-enfant, aucun doute que sur le plan de la création de l’homme par l’homme et dans les rapports des enfants à leurs parents, il y a une exigence universelle, car c’est dans cette nouvelle maternité et paternité de la personne que gît tout le secret de l’éducation.

Les parents ne peuvent rien sur leur enfant, rien par la contrainte, rien profondément ; ils peuvent évidemment le déformer, le traumatiser par la contrainte, mais ils n’ont pas le pouvoir de l’élever autrement qu’en s’élevant. Nul doute que sous cet aspect, la paternité et la maternité ne représentent les plus hautes exigences du dépouillement, du don de soi, de l’universalité et de la sainteté

Dernières publications

Pièce de théâtre: Vers la joie d’exister
Pièce de théâtre: Vers la joie d’exister

Pièce de théâtre: Vers la joie d’exister Un homme en souffrance et révolté découvre dans la pensée de Zundel une recherche vivante de joie et de clarté, une compréhension aussi

Lire
Œuvres complètes Maurice Zundel, tome IX
Œuvres complètes Maurice Zundel, tome IX

Œuvres complètes Maurice Zundel, tome IX L'option findamentale Avec ce tome 9 - et dernier - des oeuvres complètes de Maurice Zundel, tout ce que l’abbé a publié de son

Lire
Vidéos du colloque Maurice Zundel, Lausanne, 2025
Vidéos du colloque Maurice Zundel, Lausanne, 2025

Vidéos du colloque Maurice Zundel, Lausanne, 2025 «La pertinence de la pensée de Maurice Zundel pour aujourd’hui»: héritage et actualité. Toutes les vidéos du colloque scientifique à l’Université de Lausanne

Lire