Le miracle et la foi
14e dimanche du Temps Ordinaire, Année B,
Mc 6, 1-6
Dans cette conférence, Zundel exprime la signification profonde du miracle.
Mauriac, dans le Noeud de vipère, a très bien montré que la vérité s’atteste dans une promotion de l’homme. La grandeur de l’homme, c’est de se donner et son héros commence à entrer dans ce monde de la générosité en se délivrant de ses limites, il entre dans cet univers de grandeur et de beauté qui est celui de Dieu et il finit par dire: «Je viens de découvrir l’Amour adorable».
Conférence, Le Caire (Egypte) 1962
Mise en ligne: 01.07.21
Temps de lecture: 2 mn

Jésus montre à Nicodème que ce qui est important, ce n’est pas d’assister à des miracles, mais de devenir nouveau, une source et une création.
Et vous savez que saint Paul parle de la charité en des termes uniques. Vous pouvez lire toute la tirade où il dit : «Si je n’ai pas la charité, je n’ai rien» (1 Corinthiens 13).
Ce ne sont pas les prodiges accomplis qui constituent la révélation de la Présence de Dieu, mais cette transparence à Dieu.
Il est donc clair que, pour saint Paul, ce ne sont pas les prodiges accomplis qui constituent la révélation de la Présence de Dieu, mais cette transparence à Dieu. Cette transparence qui vient d’une âme entièrement donnée, parce que Dieu est un Cœur.
Il ne peut se manifester que dans une âme et, plus cette âme est grande, plus le visage de Dieu resplendit dans son authentique vérité.
C’est pour cela qu’il n’y a jamais miracle où il y a ignorance et impuissance.
Un miracle est dans la manifestation de la Présence divine qui nous guérit de nos ignorances. Il est impossible que Dieu apparaisse là où l’homme est dévalorisé. Dès que l’homme est rabougri, bafoué, humilié, méprisé, réduit en servitude, on est sûr que le vrai Dieu est absent ou plutôt qu’il est voilé, puisque la Croix est la garantie de la liberté et de la grandeur humaines.
Le cœur du cœur de l’Evangile est dans ce ferment de la grandeur humaine, parce que cette liberté humaine est infinie, elle ne peut être forcée ni contrainte, elle ne peut se situer que dans une générosité illimitée.
D’ailleurs le Christ l’a laissé entendre dans une circonstance particulièrement émouvante: tandis qu’il retourne de Jérusalem en Galilée, il reçoit un message d’un officier royal qui l’implore en faveur de son fils qui va mourir. Jésus dit: «Il vous faut des miracles pour que vous entriez dans la lumière» de la flamme d’amour.
Il tire presque toujours hors de lui l’homme qui va bénéficier de son intervention. Il lui interdit d’ébruiter le bienfait dont il vient d’être l’objet comme pour dire que ce n’est rien parce que, finalement, ce qui importe, c’est que l’homme se libère, qu’il se délivre de ses ignorances et de ses impuissances.
Bien sûr, il est beaucoup plus facile d’attirer les hommes à Dieu par des bienfaits réputés miraculeux, de les captiver en leur promettant des secrets que personne ne connaît. Il est bien plus facile de se livrer à ces innocentes impostures que de convertir réellement un être humain, de l’amener à la nouvelle naissance, de l’introduire à cette promotion où il atteindra toute sa liberté et où il deviendra à son tour un créateur.
Il est certain que l’Evangile est du côté de l’Amour et que nous ne pouvons pas considérer la Révélation divine, sinon sous l’aspect d’un Amour qui ne devient lisible que dans notre amour.
Si nous n’aimons pas, si nous ne nous évacuons pas de nous-même, nous serons nécessairement livrés aux thaumaturges, aux faux prophètes, aux fausses révélations et, finalement, aux faux dieux.


