Pentecôte: L’Église, c’est Jésus

Pentecôte, 23 mai 2021 - Année B
Jn 15, 26-27 et 16, 12-15; Ac 2, 1-11

La Résurrection reste un mystère de foi; elle s’adresse à ceux pour qui elle pourra devenir un événement intérieur et un principe de résurrection personnelle.

Conférence, Abbaye de Timadeuc, 1973
Mise en ligne: 18.05.21
Temps de lecture: 2 mn

Isabelle Tabin, Pentecôte, Aquarelle.

La Résurrection: événement confidentiel, dans les limites de ce que je viens d’exprimer, et en même temps – et ceci est tout à fait digne de remarque – événement qui ne détermine rien.

Les Apôtres ne savent pas qu’en faire; elle ne change rien dans leur vision du monde; elle ne change rien à la couleur de leurs espérances; ils reportent simplement sur le Christ ressuscité les espoirs qu’ils avaient fondés sur le Christ avant sa mort; et, en effet, la dernière question qu’ils lui posent, dans le dernier entretien qui est dans les Actes des Apôtres, celui de l’Ascension: «Est-ce en ces jours-ci que tu rétablis la royauté en faveur d’Israël?» (Ac 1, 6).

Jusqu’à la fin des siècles, il sera présent pour faire jaillir la lumière de son histoire.

Cette Résurrection, s’ils l’avaient inventée, ils n’auraient pas su qu’en faire! Elle ne les mène à rien.

C’est pourquoi l’événement de Pâques ne deviendra lisible, finalement, et ne prendra tout son sens que dans l’événement de la Pentecôte.

Ce mystère en suspens, que nous touchons dans les récits des apparitions, va donner toute sa lumière en s’intériorisant: les apôtres ne verront plus le Christ devant eux, ils le verront au-dedans d’eux. Il devient dans cette effusion de l’Esprit saint un principe intérieur à eux-mêmes.

Et aussitôt, ils savent ce qu’ils ont à faire, et ils le font. C’est cela qui est bouleversant précisément dans ce récit de la Pentecôte, c’est que, aussitôt, ils prennent l’initiative, ils s’adressent à la foule, et ils l’engagent à une adhésion personnelle à la personne de Jésus, en recevant le baptême pour la remise des péchés.

Il n’est plus question de la royauté en faveur d’Israël, bien que, d’une certaine manière, c’est aux Juifs que s’adresse d’abord ce message.

Si Jésus, comme dit Pierre, a été exalté à la droite de Dieu, c’est afin d’accorder la repentance à Israël, et la rémission des péchés.

Aussi bien, les premiers apôtres qui sont juifs jusqu’à la moelle, qui continuent à pratiquer d’ailleurs les observances juives, n’ont pas le sentiment qu’ils sont en rupture avec la synagogue. La synagogue est plus perspicace: les autorités les surveillent, les convoquent, les flagellent, les mettent en prison.

Malgré cela, la première communauté, dans ses premiers jours, n’a pas le sentiment d’un déchirement, d’une rupture. C’est le grand ennemi, c’est l’ennemi génial, c’est Saul: Saul, qui deviendra saint Paul, qui, le premier, perçoit avec toute l’ardeur de sa jalousie, l’incompatibilité de cette nouvelle communauté et de la synagogue.

Et, contrairement à la bienveillance de son maître Gamaliel, fougueux, intolérant comme il l’est, lui qui a participé au martyre d’Etienne, il ne rêve que de détruire cette communauté rivale de la synagogue, et de l’étouffer dans l’œuf. Il a vu plus clair que tous les autres, dans l’ardeur même de sa jalousie.

Tout va se transformer radicalement, puisque, lui aussi, va intérioriser son problème, puisque lui aussi, va être foudroyé par la grâce et retourné en un seul instant, et jeté dans cette économie nouvelle, qui est en effet si nouvelle que l’autre désormais est périmée. –

Et c’est lui qui va apprendre, en face de Damas, qui est Jésus, et qui est cette communauté, dans cette identification qui est toute la théologie de l’Église: «Je suis Jésus que tu persécutes» (Ac 9, 5).

Ces hommes et ces femmes qu’il voulait emprisonner, qu’il était prêt à massacrer jusqu’au dernier, vivent de Quelqu’un, de ce Quelqu’un précisément qui commence à vivre en lui;

et cette puissance qui le terrasse, qui s’empare de lui, qui le délivre en le foudroyant de sa lumière, cette puissance va se révéler à lui précisément comme identique à cette communauté qu’il veut détruire.

C’est donc en forme d’Église que Saul, devenant Paul, va connaître Jésus. C’est pourquoi il deviendra le grand théologien de l’Église, dont il percevra immédiatement le caractère mystique et sacramentel. «Je suis Jésus que tu persécutes».

C’est là une immense lumière sur la révélation personnelle de Dieu dans le Verbe incarné.

En effet, la Révélation définitive et indépassable qui jaillit de la désappropriation radicale de la sainte humanité de notre Seigneur par sa subsistance dans le Verbe, cette Révélation définitive ne peut pas se détacher de sa personne.

La Révélation définitive ne sera pas un discours sur Jésus, car nous serions de nouveau prisonniers du langage, qui est toujours inadéquat pour exprimer les réalités éternelles. Nous serions d’ailleurs doublement limités, puisqu’un discours sur Jésus refléterait ce qu’ont compris de Jésus ceux qui nous en parleraient.

Ce n’est pas un discours sur Jésus, mais ce n’est pas non plus un discours de Jésus, car Jésus a été conditionné par son auditoire. Il l’a dit lui-même: il fallait qu’il parle en paraboles pour une foule qui ne pouvait comprendre davantage; et à ses disciples eux-mêmes, il leur rappelle ou plutôt il leur répète qu’ils sont incapables de comprendre tout ce qu’il a encore à leur dire, et que c’est l’Esprit saint qui les introduira dans toute la vérité.

Donc, le discours de Jésus est incomplet et il est volontairement incomplet.

L’heure n’est pas encore venue de la pleine lumière, qui résultera de l’effusion de l’Esprit Saint. Ce n’est ni un discours «sur» Jésus, ni discours «de» Jésus, mais «JÉSUS» lui-même! La Révélation, c’est «LUI».

Jusqu’à la fin des siècles, il sera présent pour faire jaillir la lumière de son histoire, pour s’interpréter lui-même par le mystère de l’Église; et c’est justement pourquoi l’Église, c’est Jésus!

Si l’Église, c’est Jésus, il apparaît immédiatement que tout ce qui n’est pas Jésus dans l’Église est un sacrement de Jésus, est un signe qui représente sa Présence, et qui la communique.

Ce qui immédiatement nous introduit dans le mystère de pauvreté, ce qui immédiatement scelle le mystère de l’Église dans la désappropriation qui resplendit au cœur de la Trinité divine.

La «mission» de l’Église ne peut être qu’une «dé-mission». Une démission totale de la personne de Jésus, tellement qu’on peut dire que, dans l’Église, si l’on vit l’Église comme un mystère de foi et dans la lumière de l’Esprit saint, on peut dire que dans l’Église, on n’a jamais affaire qu’avec Jésus.

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