Toussaint. Le mystère de Jésus-Christ en tous les saints est le mystère de l’accomplissement de l’incarnation divine en l’homme.
Dans la création d’un Univers aux dimensions infinies dans l’espace et le temps, la place de l’homme est centrale, même si cet anthropocentrisme (l’homme au centre de l’univers, tout se rapporte à lui), comme le géocentrisme (la terre au centre de l’Univers) peut paraître une prétention abusive. En réalité c’est Dieu seul qui peut prétendre, indûment ? Être l’auteur et le centre de toute la création, mais c’est un Dieu en trois Personnes en lequel chaque Personne s’effaçant devant l’Autre refuse donc d’en être elle-même le Créateur et le Sauveur.
De même qu’on peut dire simplement que Dieu est, ne peut-on pas dire aussi simplement que l’Univers est, sans lui chercher de début dans l’espace et le temps en précisant toutefois que l’infinité de l’Univers n’est pas du même ordre que celle de Dieu.
Dieu crée l’Univers en même temps qu’Il est. Il ne peut pas y avoir en Dieu de moment précédant la création, de même qu’il n’y en aura pas la suivant. Elle ne peut avoir ni début ni fin, de même qu’aucune limite dans l’espace ou le temps n’est pensable par l’homme.
Tout cela ne devient pensable et possible que dans la mesure où l’on a commencé au moins à voir Dieu comme « un pur dedans », selon ce que dit Jésus à la femme de Samarie : « Dieu est esprit. » Dieu est un pur dedans : nos sens, et tous les instruments qui permettent d’accroître et affiner nos perceptions de l’Univers, sont inaptes à Le percevoir lui-même, personne n’ayant jamais vu Dieu.
L’homme ne fait pas partie du « décor » de cette infiniment grandiose œuvre de la création et de sa re-création : il en est le sens, l’âme et le cœur.
En cette fête de la Toussaint nous célébrons les innombrables humains qui ont accepté d’être cette âme et ce cœur, en et par Jésus-Christ, les innombrables en lesquels l’incarnation divine a pu s’opérer : Jésus-Christ est en Personne le Centre et le cœur de toute la création, Il va se développer et « s’immensifier » en elle par l’opération de l’Esprit en tous ceux qui ont ou auront concouru au déploiement de cette création et re-création en laissant Dieu s’incarner en eux par le don d’eux-mêmes.
L’homme est apparu, est advenu, sur une infime poussière dans un Univers infiniment vaste, est-il possible qu’il en soit le centre ? Cet « advènement » de l’homme infiniment petit sur la terre, centre d’un Univers infiniment vaste, est pour nous la marque d’un Dieu Trinité, Son créateur : l’Univers est créé selon l’image et la ressemblance d’un Dieu Trinité où éternellement l’infiniment grand jongle, si l’on peut dire, avec l’infiniment petit, celui-ci, même réduit à ses plus infimes dimensions, pouvant porter lui-même un univers aussi vaste dans son infinie petitesse.
Les microscopes seront de plus en plus performants, mais toujours on découvrira, toujours apparaîtra quelque réalité de plus en plus infime pouvant être pensée infiniment grande dans cette réduction toujours apparaissant de plus en plus infiniment petite.
L’homme ? Un univers l’habite, lui, l’infiniment petit, né et habitant un univers infiniment grand en lequel il doit apprendre à grandir infiniment, de l’infinie grandeur de Jésus-Christ.
C’est aussi ce qui se passe en l’homme : un univers l’habite, lui, l’infiniment petit, et il est né et habite un univers infiniment grand en lequel il doit apprendre à grandir infiniment, de l’infinie grandeur de Jésus-Christ.
Que découvrirons-nous quand nous serons passés au-delà du voile ? Nous découvrirons et vivrons certainement une nouvelle façon d’être relation, à partir de la qualité de notre relation à l’autre durant notre bref passage sur la terre, une nouvelle façon d’être relation à tous les hommes en et par Jésus-Christ, ce qui entraîne pour tous ceux qui sont déjà passés dans l’au-delà, dans l’au-dedans de Dieu, une nouvelle relation avec chacun d’entre nous. Cela s’appelle la communion des saints.