Résumé : Quelle différence y a-t-il entre les personnes qui disent le Credo et les autres ? Quelles sont les transformations en nous ? Le prochain en reçoit-il plus de lumière, de joie, de liberté ?
Les mots du Credo
À la demande : « Je crois en Dieu, le Père Tout-puissant, je crois en Jésus-Christ, je crois en la Sainte Église Catholique » (1), que répondons-nous à tous ces mots ? Qu’est-ce que ces mots changent dans notre vie ? Quelle différence y a-t-il entre nous et ceux qui ne les disent pas, qui ne peuvent pas dire : « Je crois en Dieu, je crois en Jésus-Christ, je crois en la Sainte Église » ?
Cette question, je l’avais posée, hier, en recevant d’une veille amie de jeunesse le récit de la mort d’un jeune allemand. Il s’est jeté sous le train à Prégny, près de Genève, dans la nuit du 14 au 15 décembre. Qu’y avait-il dans l’âme de ce jeune homme de vingt cinq ans, qui avait pourtant devant lui un avenir possible, qu’est-ce qu’il y avait en lui pour que, cette nuit-là, après avoir pris congé de ses amis devant rentrer à Hambourg, étant privé de toutes ressources, étant arrivé au dernier degré de la pauvreté, qu’est-ce qu’il y avait en lui pour qu’il préférât se jeter devant la locomotive plutôt que de poursuivre l’effort pour subsister ?
Ouvrir la porte
Évidemment, toutes les portes s’étaient fermées devant lui, toutes les portes où il aurait pu trouver du secours. Il y avait pourtant, parmi ces portes, des portes chrétiennes. Il y avait des gens derrière ces portes qui disaient : « Je crois en Dieu, je crois en Jésus-Christ, je crois à la Sainte Église ». Mais ces portes se sont fermées et ce malheureux n’avait pas eu d’autre issue que de mettre un terme à son existence terrestre, sachant bien, évidemment, qu’il y avait dans l’Amour de Dieu des ressources éternelles qui ne pourraient lui être refusées.
Une amie polonaise m’écrit aussi de Vevey qu’une jeune étudiante roumaine se trouvait aussi acculée à la dernière nécessité. Et, comme elle me demandait ce qui lui restait à faire, j’ai compris ce qu’il me restait aussi à faire : je ne pouvais lui fermer la porte. C’est alors que j’ai pensé au Credo de notre âme : qu’est-ce de dire : « Je crois en Dieu, je crois en Jésus-Christ, je crois en la Sainte Église » ?
Qui est mon prochain ?
Notre Seigneur recevait un jour la visite d’un docteur de la Loi qui lui posait cette question : « Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » (Luc 10:25) Alors, Jésus ne dit rien et, devant tout le monde, le docteur récita les paroles de la Loi comme nous récitons le Credo : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de tout ton cœur, de toutes tes forces et de tout ton esprit et tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Jésus lui dit alors : « Fais cela et tu vivras. » Mais le docteur se mit à réfléchir et dit : « Qui, Maître, qui est mon prochain ? » (Luc 10:29) et Jésus lui raconta la parabole du Samaritain (Luc 10:30-37).
La parabole du Samaritain
Je ne sais pas si vous voyez tout ce qu’il y a d’ironie et d’humour dans cette parabole du Samaritain, le type de l’hérétique le plus abominable, le type le plus abject de l’hérétique, et pire qu’un païen.
Il montre cet homme tombé le long de la route et voici qu’un prêtre juif très orthodoxe vient à passer et il s’avance pour passer de l’autre côté de la route. Il pense qu’il ne vaut pas la peine de prendre soin de ce blessé. Il l’abandonne. Un lévite vint à passer. C’est un homme qui est occupé du service de Dieu : cela le dispense du service de l’homme et il passe aussi, il s’en va pour ne pas le voir. Et le troisième est un hérétique, un Samaritain qui est dans le péché, qui est dans l’erreur. Lui, il voit, il voit très bien et il voit si bien qu’il comprend immédiatement qu’il y a à panser. Il s’approche et il panse ce malheureux, il lui verse de l’huile dans la plaie, le charge sur sa monture et l’emmène au caravansérail, et il se charge de toute la dépense.
Et notre Seigneur, avec un petit sourire intérieur demande au docteur : « Quel est, de ces trois hommes, celui qui est le prochain de l’homme qui est tombé sur la route ? » C’est là que notre Seigneur donne pratiquement la réponse à « Je crois en Dieu, je crois en Jésus-Christ, je crois en la Sainte Église. » Tout cela est très bien, mais qu’est-ce que cela donne ? Quel type cela fabrique-t-il en nous ? Qu’est-ce que cela donne ? Qu’est-ce que cela change dans notre attitude par rapport à ceux qui ne veulent pas dire comme nous : « Je crois en Dieu, je crois en Jésus-Christ, je crois à la Sainte Église » ? C’est précisément la réponse que nous donne notre Seigneur parce qu’il a choisi l’exemple du bon Samaritain, l’hérétique, l’homme détesté.
Quand le Credo prend une signification
La foi, c’est notre vie, une foi qui doit être essentiellement rayonnante… Si les autres ne sont plus les autres, mais nous-même, alors le Credo commence à prendre une signification, il sera devenu en nous un levain.
La foi, c’est une vie. La foi, c’est une transfiguration, une transformation de l’humain. La foi, c’est notre vie, une foi qui doit être essentiellement rayonnante. Et c’est par-là aussi que nous réaliserons : « Je crois en Dieu, je crois en Jésus-Christ, je croîs en la Sainte Église universelle. »
Si notre porte est ouverte une seconde, ce pauvre Allemand qui s’est jeté sous le train fait en nous retentir sa voix, ce peuple de Coréens (2) dans la mitraille, c’est nous ; chacun de ces hommes, c’est avant tout notre prochain. Si nous savons que sa vie pèse de tout son poids sur la nôtre, si les autres ne sont plus les autres, mais nous-même, alors le Credo commence à prendre une signification, parce qu’alors, justement, il sera devenu en nous un levain, un ferment jeté dans la pâte humaine pour la faire lever en Dieu.
Interrogeons-nous : nous disons le Credo, mais qu’est-ce que cela change à notre vie ? Nous disons le Credo, est-ce que les autres en reçoivent plus de lumière, plus de joie, plus d’espace et plus de liberté ?
Autrement, le Seigneur devrait reforger à notre usage avec le même humour et la même ironie une nouvelle parabole du Samaritain pour nous faire comprendre que ces mots sont parfaitement inutiles, que ce n’est pas un formulaire qui fait de nous des chrétiens, que nous ne serons chrétiens que lorsque nous serons entrés dans cette communauté d’amour et que, pour nous, les autres sont nous-même.
Oui, c’est cela le chrétien, c’est celui qui peut vivre cette vérité : « moi, c’est les autres. »
(1) Phrases du Credo, qui est un résumé de la profession de foi chrétienne. Il fut promulgué lors du concile de Nicée de 325 puis du concile de Constantinople de 381.
(2) Zundel prononça cette homélie en 1951, pendant la guerre de Corée qui eut lieu de 1950 à 1953.