1-3/06/2017 – Homélie – Ce qui importe à Dieu: être une présence réelle pour les autres

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Homélie De Maurice Zundel, Le Caire 1966. Non publié.

L’essentiel est ce qui s’accomplit au plus intime de nous-même

Nous venons d’assister à la guérison de deux aveugles et nous voyons que le premier ordre de Jésus est de leur interdire souverainement de divulguer son pouvoir et ce qui vient d’être accompli en eux. Quelle étrange conduite pour un thaumaturge qui a un pouvoir spirituel sur la vie et la mort, qui peut guérir toutes les maladies, qui peut avoir raison de toutes les résistances matérielles et qui interdit que l’on fasse état de ces merveilles, de ces prodiges, de crainte de dévaloriser l’essentiel qui est la vie de l’esprit !

Accomplir des merveilles, susciter l’enthousiasme, sont choses dangereuses, finalement, si l’on croit que l’essentiel est ce qui s’accomplit au plus intime de nous-même. Et c’est cela la merveille des merveilles dans l’Évangile de Jésus, c’est que la merveille ne compte pour rien.

« Celui qui croira en moi fera des choses encore plus grandes que moi-même. » (Jean 14:11-12) Mais, quoi que l’on fasse, cela n’est rien parce que tout est un moyen en vue de notre transformation en Dieu. Et justement, ce que l’Évangile d’aujourd’hui nous fait comprendre d’une manière plus profonde, c’est cela : c’est la foi unique, incomparable, incompréhensible que Dieu met en nous.

Être les uns envers les autres une présence réelle

Personne ne croit en l’homme comme Jésus, personne n’attache plus d’importance à nos cœurs que Jésus. Toute la grandeur de l’homme est là : non pas ce qu’il fait, mais ce qu’il est.

Et Marie, la mère de Jésus, disparaît dans les Actes des Apôtres justement au moment où surgit l’Eglise. C’est quand le message va se répandre, c’est quand ce message va faire la conquête du monde que la mère du Christ disparaît totalement, définitivement des récits du Nouveau Testament, justement pour qu’on ne se méprenne pas sur l’essentiel, qui est ce qui se passe dans le cœur de l’homme, que la Bonne Nouvelle est de susciter en nous une vie divine, que seule la foi peut nous rendre sensible.

Voilà ce qui importe à Dieu : que nous soyons les uns envers les autres une présence réelle.

Et justement, l’Évangile de la pauvreté et du silence, c’est un Évangile qui doit retentir au plus intime de nous-même. Quel est le prix de notre vie ? Justement cela : de la transformer tout entière en une offrande d’amour. C’est pour cela que les mystiques n’ont pas cessé de voir dans la vie chrétienne une vie nuptiale, une communion d’amour où seul compte le don de soi comme dans l’amour des parents à l’égard de leurs enfants et l’amour des enfants envers leurs parents, comme l’amour des époux, le don de soi qui engage tout l’être silencieusement, qui requiert de lui cette attente d’amour qui fait de l’homme une présence réelle. Voilà ce qui importe à Dieu : que nous soyons les uns envers les autres une présence réelle.

Thérèse de l’Enfant Jésus, qu’avait-elle fait ? Rien. Elle était ! ! ! Elle est devenue une profonde transparence à Dieu, et à peine avait-elle rendu le dernier soupir que la terre était illuminée de sa présence, pour pouvoir vivre de sa présence, et cela malgré les espaces, malgré les différences de langue, de rite, de civilisation. On peut s’en rendre compte dans l’Eglise Ste Thérèse de Chaixah, dans ce quartier du Caire.

Il existe une force, une puissance toute créatrice qui atteint le plus intime de l’être ; cette force, c’est la réalisation de la Présence divine en nous.

Quelle attitude avons-nous devant la mort ? Nous retardons la mort pour nous. Nous nous cramponnons à notre vie organique. Nous voulons défendre les êtres que nous aimons contre la mort. Nous voulons retenir leur présence et nous les empêchons de réaliser la plénitude que nous voulons voir réalisée en eux.

L’Evangile d’aujourd’hui nous ramène à l’essentiel. L’Evangile nous ramène au silence, à la pauvreté de la Vierge de la Pentecôte. Le rayonnement de l’amour, c’est cela la vie éternelle, c’est cela le sens de notre existence. Nous n’avons rien d’autre à donner que ce Dieu qui est la respiration de notre esprit et de notre cœur.

Nous faire lumière pour tous les hommes

Chacun de nous peut communiquer une lumière infinie,… illuminer le jour, apporter la vie et être une manifestation de la Présence infinie.

Ah ! Comme Dieu nous aime ! Comme il croit en nous ! A quel rang magnifique il nous situe puisque, pour obtenir ce don de notre amour, il donne sa vie. Demandons donc au Seigneur de commencer à aimer ceux que nous aimons pour leur donner l’unique nécessaire existant en eux, cette Présence cachée au plus intime de chacun de nous.

Chacun de nous peut communiquer une lumière infinie. Chacun de nous est appelé à être une source de lumière. Chacun de nous peut illuminer le jour, apporter la vie et être une manifestation de la Présence infinie.

Et c’est cela justement que nous voulons réaliser au cœur de cette liturgie en nous unissant à tous ceux qui nous ont précédés, en nous faisant lumière pour tous les hommes qui ont vécu depuis le commencement du monde, en resserrant nos liens avec ceux que nous aimons au-delà du voile et en deçà.

Toute âme devant Dieu est comme un soleil qui illumine le monde en révélant silencieusement, comme la Vierge au jour de la Pentecôte, le visage que chacun peut trouver imprimé dans son cœur,… pourvu que notre visage devienne le sacrement souriant de l’éternel Amour.

Nous voulons communier à cette Présence de Dieu en l’étendant à tous, en nous rendant perméables à la lumière de Jésus-Christ et que les autres, en nous rencontrant, rencontrent le Seigneur lui-même et qu’ils comprennent qu’ils ne sont pas seuls, qu’il y a Quelqu’un qui attache à leur existence une valeur infinie, Quelqu’un qui aspire à chaque battement de leur cœur car, justement, toute âme devant Dieu est comme un soleil qui illumine le monde en révélant silencieusement, comme la Vierge au jour de la Pentecôte, le visage que chacun peut trouver imprimé dans son cœur, pourvu qu’un visage humain, un visage de bonté, pourvu que notre visage devienne le sacrement souriant de l’éternel Amour.