Homélie – Vivre l’aujourd’hui de Dieu

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25-26/02/2017 février 2017

Homélie de Maurice Zundel. Sans lieu ni date.

Résumé : Aujourd’hui seul nous est donné. Ne pas faire peser sur aujourd’hui les déchirements d’hier et les luttes de demain. Il faut concentrer ses efforts sur aujourd’hui.

Un idéal surhumain

« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt. 5:4)

Ces paroles se lisent, comme vous savez, à la fin du chapitre 5 de saint Matthieu.

Elles doivent paraître écrasantes à quiconque les prend au sérieux, et les écoute comme étant adressées à lui-même.

N’est-ce pas un idéal surhumain ?

Oui, sans doute, surhumain, surnaturel et proprement divin, comme doit l’être notre vie. Mais est-il vrai que notre vie est divine ? Que chacun réponde pour lui-même !

Est-il vrai qu’en nous voyant chacun pense : Dieu est ! Ou bien, nos frères ne se disent-ils pas plutôt : il est (ou elle est) exactement comme les autres, aussi égoïste, aussi étroit, aussi méchant ?

C’est sans doute ce que nous conclurons, d’un simple regard sur nous-même, à la lumière de ce commandement formidable.

« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

Aujourd’hui seul nous est donné

Qui nous sauvera, à ce point du dégoût et du découragement ? Ces paroles de Jésus qui suivent peu après, à la fin du chapitre 6 : « Ne prenez pas souci du lendemain. Car le lendemain prendra soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. » (Mt. 6:34)

Aujourd’hui seul nous est donné. Pourquoi dès lors, faire peser sur aujourd’hui les déchirements d’hier et les luttes de demain ?

Ce qui était hier, est maintenant hors de nos prises. Ce qui sera demain, n’est pas encore entre nos mains. Aujourd’hui seul nous est donné. Pourquoi, dès lors, faire peser sur aujourd’hui les déchirements d’hier et les luttes de demain ?

N’est-ce pas assez d’aller du matin jusqu’au soir et de s’endormir « à l’ombre de ses ailes », pour recommencer avec un cœur nouveau, le jour que le Seigneur nous donnera, comme une fleur toute pleine de la rosée du ciel, dont notre action, dans son Amour, devra faire mûrir le fruit ?

Sans doute, il faut prévoir demain, et l’action d’aujourd’hui ne doit pas le compromettre, mais le préparer dans tous les ordres où notre activité se déploie, pour que demain soit meilleur qu’aujourd’hui.

Ne pas épuiser par avance le lendemain

Mais il ne faut pas d’avance vivre demain, comme l’enfant ne doit pas faire l’homme. Sa perfection est de bien vivre sa vie d’enfant, de tracer bien correctement ses bâtons sur son premier cahier d’écriture, de bien jouer avec ses petits camarades, et de bien rire, de bien prier le petit Jésus, et d’aimer sa Maman comme il aimait la sienne. C’est ainsi qu’il deviendra un homme.

De même nous. Il se peut que nous en soyons aux bâtons sur notre premier cahier d’écriture dans notre vie spirituelle, dans notre vie temporelle. Ce qui importe, c’est de les tracer correctement, d’y mettre toute notre foi et tout notre Amour.

Et demain, nous les ferons mieux.

Une des tentations humaines les plus grandes, et les plus dangereuses, et les moins soupçonnées, c’est justement cette fièvre de vivre, et comme d’épuiser, par avance, le lendemain, et cette espèce de mépris d’aujourd’hui, comme si Dieu nous le donnait sans motif et sans l’avoir rempli de ses dons.

Et nous sommes comme des enfants musiciens qui veulent jouer du Chopin ou du Mendelssohn, avant d’avoir fait leurs gammes.

Concentrer ses efforts sur aujourd’hui

Si nous mourons ce soir, à quoi servira cette angoisse de demain ? Mais si nous avons rempli le jour humblement, alors notre Esprit d’obéissance et d’Amour sera peut-être suffisamment éprouvé, et nous sera compté comme le sacrifice d’Abraham, qui fut consommé en Esprit.

N’est-ce pas cette attitude que réclame de nous la parfaite prière :

« Donnez-nous aujourd’hui notre pain de chaque jour. » (Mt. 6:11)

N’est-ce pas la grande nouveauté de l’Évangile de situer la grandeur dans la vie même, et non dans les œuvres de l’homme ?

N’est-ce pas la grande nouveauté de l’Évangile de situer la grandeur dans la vie même, et non dans les œuvres de l’homme ? Et ne savons-nous pas tous que le sourire d’une âme peut donner plus de joie que les plus belles créations de la peinture ou de la musique ? car c’est d’un autre ordre ?

En limitant, en concentrant tous nos efforts sur aujourd’hui, nous saurons dégager la grandeur qui lui est propre et la perfection qu’il comporte. Et notre cœur sera intact et comme tout neuf pour accueillir demain.

Et nous connaîtrons la grandeur cachée des petites choses ? et que le Royaume de Dieu est aux petits enfants.