29/08 au 03/09/2016 – Dieu est amour

Maurice
Zundel, extrait du livre Notre Dame de la Sagesse (1935) (*). Les titres sont ajoutés.
Zundel eut une expérience mystique de la Vierge à 15 ans, sa maternité révélant l’amour maternel de Dieu. A ce moment il perçut l’exigence de la pauvreté et la désappropriation, signes de pureté. Il devint le prophète de la « pauvreté divine ». Une de ses formes est justement l’Incarnation de Dieu dans notre histoire, qui manifeste que Dieu est un Dieu d’intériorité.
Zundel a écrit : « Marie a enfanté le Christ dans cette désappropriation radicale d’elle-même, comme le Père engendre le Verbe dans une radicale désappropriation de Lui-même, elle va donc nous enraciner, dans le Christ et par le Christ, au cœur de la très sainte Trinité. A partir de l’Annonciation, c’est la personne qui décide de l’avenir du monde. »
Pour ce temps marqué en août par la fête de l’Assomption nous vous proposons des extraits de Notre Dame de la Sagesse. Pauvreté, intériorité, sont des mots-clefs de ce livre.

Le masque qui emprisonne

Si la société ne fermait les yeux sur les aventures charnelles, pourvu qu’on s’y tienne aux règles du jeu, ou si elle ne divinisait tout exploit musculaire pour donner un semblant de nourriture à l’appétit de gloire qui nous dévore, la vie serait vouée au désespoir.

Presque tous les hommes portent un masque qu’ils ont pris instinctivement pour défendre le secret de leur âme. Ils en ont tellement l’habitude qu’ils oublient de l’ôter, et ils finissent par ne plus connaître le visage de leur nativité. Leur âme est à elle-même un livre scellé. Ils vivent de contrainte et se libèrent des refoulements qu’ils subissent par des excès qui sont un nouvel outrage à leur nature.

Beaucoup qui ne peuvent s’évader réellement donnent carrière à leur imagination. Pour un grand nombre l’existence est un équilibre sans cesse menacé d’obligations feintes ou véritables, dont l’accomplissement compose leur figure sociale.

L’idée qu’on se fait d’eux les emprisonne, les milieux où ils vivent exigent qu’ils s’y conforment : consignes de la famille, de l’école, du journal, du parti ; consignes professionnelles, nationales, religieuses, il n’y a plus aucun moyen d’échapper à « ce qui se fait ou ne se fait pas ».

Si la société ne fermait les yeux sur les aventures charnelles, pourvu qu’on s’y tienne aux règles du jeu, ou si elle ne divinisait tout exploit musculaire pour donner un semblant de nourriture à l’appétit de gloire qui nous dévore, la vie serait vouée au désespoir.

Echapper au vertige du gouffre que l’on porte en soi

Qui empêche l’humanité de se détourner de cette mort et de retrouver le chemin de la vie ?

Quelques artistes essaient d’exorciser ce désespoir en nous prescrivant d’épuiser toute la sève de l’instant. Cette recette est la plus ésotérique qui soit. Elle suppose la fidélité du plus grand nombre : à moins qu’on ne veuille tayloriser le plaisir et faire de la volupté une institution d’état.

On peut rêver mieux : l’humanité commence à se fatiguer de tirer sur ses nerfs et ses muscles.

Ceux qui recourent encore à ce genre d’émotion y cherchent un stupéfiant, plus qu’ils n’en attendent de joie. Il faut tuer le temps et tâcher d’oublier pour échapper au vertige du gouffre que l’on porte en soi. Et quand la petite secousse est passée, les corps sont plus lourds et les visages plus amers : et la détresse de l’âme si poignante au fond des yeux tristes !

Mais qui empêche l’humanité de se détourner de cette mort et de retrouver le chemin de la vie ?

Elle a éprouvé tant de fois le néant des plaisirs qui lassent le désir sans assouvir la faim. Elle en conviendra sans doute. Elle n’a pas besoin de nos lumières pour réaliser combien cette sagesse animale est courte.

Mais le sens de sa liberté est atrophié ; elle ne sait plus qu’elle peut disposer d’elle-même, qu’elle possède la faculté divine de se donner.

L’esprit de pauvreté

Les commandements de Dieu ne visent à rien d’autre qu’à introduire… l’esprit de pauvreté qui donne à tout usage de la créature la transparence du don, l’ouverture infinie de l’amour. Ils veulent nous empêcher… de vouloir moins que l’Infini. C’est pourquoi Jésus les résume tous dans le premier : Tu aimeras.

Presque toujours, en effet, le devoir lui fut prescrit comme une contrainte sous l’enseigne mortifiante du refoulement.

On exigeait de chacun des actes conformes à une règle abstraite plus qu’on ne cherchait à établir en lui l’ordre de l’amour, à partir d’un principe intérieur à lui.

N’est-il pas clair pourtant que l’impureté fondamentale est l’esprit de possession en l’amour désordonné de soi, comme l’esprit de pauvreté est la source de toute droiture dans le théocentrisme de la charité ?

Le conformisme le plus parfait, comme était celui des pharisiens que Jésus dénonçait, peut être foncièrement immoral.

Les œuvres ne sont rien sans l’amour.

Cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas nécessaires au service de l’amour ; mais c’est lui l’alpha et l’oméga de toute vie morale.

On peut être obligé, sans doute, d’imposer une discipline extérieure, de défendre un ordre social pour prévenir l’anarchie qui rend impossible la vie commune ; c’est trahir l’Esprit que de s’y borner.

Aucun acte hors celui d’aimer Dieu ne peut combler cette capacité d’infini qui ordonne notre volonté au souverain Bien.

C’est donc attenter à notre liberté que de l’engager tout entière dans « le faire ou le ne pas faire », à moins que l’œuvre ne s’identifie avec l’amour comme l’expression de celui-ci.

Les commandements de Dieu, ne visent aussi bien à rien d’autre qu’à introduire, dans la diversité de l’action, l’esprit de pauvreté qui donne à tout usage de la créature la transparence du don, l’ouverture infinie de l’amour. Ils veulent justement nous empêcher de nous immerger dans l’œuvre, de nous enclore dans le partiel, de vouloir moins que l’Infini. C’est pourquoi Jésus les résume tous dans le premier :

Tu aimeras.

La révolte qu’ils suscitent provient le plus souvent de l’intelligence toute matérielle que l’on en a. C’est moins en l’œuvre mauvaise que l’on se complaît qu’en l’affirmation d’autonomie dont elle est le prétexte. On repousse la contrainte qui imprimerait au vouloir lui-même l’extériorité de l’action.

Quel bien la volonté pourrait-elle découvrir, en effet, là où elle ne trouve pas son bien, là où semble méconnue sa dignité spirituelle et son ampleur infinie ?

Elle ne peut être vaincue sans y consentir, sous le poids d’un amour qui l’affranchit de soi.

L’hommage à la grâce divine

C’est dans le respect infini que vous témoignerez à son mystère que l’homme reconnaîtra, à la fois, la grandeur de son âme et Celui qui la peut seul combler : Dieu qu’il pressent déjà, dans la liberté absolue que lui laisse votre regard.

Il n’y a que l’amour, en vérité, qui puisse sans violence incliner vers autrui la libre disposition d’elle-même, en lui faisant adhérer à l’excellence de l’être aimé comme à l’expression la plus parfaite de son intériorité propre, comme à l’accomplissement véritable de son autonomie.

C’est donc dans le respect infini que vous témoignerez à son mystère que l’homme reconnaîtra, à la fois, la grandeur de son âme et Celui qui la peut seul combler : Dieu qu’il pressent déjà, sans pouvoir le nommer, dans la liberté absolue que lui laisse votre regard. En l’acte de foi que vous faites à tout ce qu’il peut devenir au delà de tout ce qu’il peut être actuellement ; en l’hommage que vous rendez à tout ce que la grâce divine peut accomplir en lui ; en votre volonté d’accepter son être et de souscrire au caractère unique de l’équilibre qu’il est appelé à réaliser ; en votre refus de le juger et d’intervenir en sa conscience à moins que lui-même ne vous y fasse entrer ; en cette réserve enfin, en cette adhésion silencieuse à tout l’inexprimable, en cet agenouillement de votre âme devant la sienne, l’homme sent s’ouvrir devant lui les espaces infinis où il respire l’air de sa vraie patrie. Il peut être lui-même, il laisse tomber son masque, il vous montre le visage de sa nativité.

N’est-ce pas ce que fit Jésus quand on lui amena la femme adultère. Il baissa les yeux devant sa honte, il la laissa se retrouver elle-même dans l’amour silencieux dont il l’enveloppait, il la délivra du jugement de ses accusateurs en les dispersant à la voix de leur propre conscience, et quand Il la regarda enfin, ce fut pour lui dire ces mots pleins d’une pudeur divine :

« – Personne ne t’a condamnée?
– Personne, Seigneur.
– Moi non plus je ne te condamnerai pas. Va, désormais ne pèche plus. » (Jean 8:1-11)

Un Dieu au visage de mère

L’âme de l’homme a besoin d’un berceau. Il cherche partout le cœur maternel qui sera le reposoir de sa détresse, et c’est quand il l’a rencontré qu’il commence à savoir qui est Dieu.

L’homme ne peut naître qu’au sein d’une mère. C’est la tendresse qui l’enfante. C’est l’amour aussi qui le fait renaître. C’est la réponse à la question de Nicodème :

« Comment un homme peut-il renaître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et renaître ? » (Jean 3:4)

Son âme, en tout cas, a besoin d’un berceau. Il cherche partout le cœur maternel qui sera le reposoir de sa détresse, et c’est quand il l’a rencontré qu’il commence à savoir qui est Dieu.

Si nous nous demandons, aussi bien, ce qui subsiste inébranlablement de toutes nos certitudes à tous les moments de notre vie, à titre, non point de conviction abstraite, mais de lumière vivante et d’impulsion motrice, que répondre ? Sinon : notre foi dans la valeur absolue de la bonté. Nous ne pouvons nous ouvrir qu’à son contact, nous ne rencontrons vraiment les autres que dans son rayonnement.

L’épouvantable fatalité des lois cosmiques dont l’homme semble être le jouet, I’engrenage de misère où il est broyé, tout l’horrible fardeau de convoitises où il est plus lamentablement meurtri avec la connivence obscure d’une volonté déchue et l’avidité besogneuse d’une sensibilité passionnée, toute cette faillite de la vie est exorcisée, soudain, quand un éclair de bonté révèle, dans un visage humain, le sens moral de l’univers.

Il y a donc en nous une Valeur que rien ne peut atteindre, qui survit à tout et qui se suffit à elle-même : une Réalité sans laquelle rien n’a de valeur, par laquelle tout s’éclaire, en laquelle tout être s’accomplit ; une Présence qui nous rend intérieurs les uns aux autres, qui nous dépasse, en dégageant pourtant ce que nous avons de plus personnel, et qui, subsistant en elle-même, ne peut pourtant sans nous s’exprimer en nous ; une Bonté vivante enfin, qui nous intime la bonté comme l’essence du devoir et comme la fin dernière, en nous faisant pressentir en l’éclosion d’être qu’elle suscite, que la création tout entière a sa source en la Bonté après laquelle elle soupire, ignorant qu’elle fut prévenue d’un amour éternel :

« in caritate perpetua dilexi te. »
« D’un amour éternel je t’ai aimé. »
(Jér. 31:3)

Ce Dieu au visage de mère, qui ne tressaillirait de joie en l’entendant se nommer de ce nom qui est le plus beau synonyme de la toute Bonté ?

En vérité, tant qu’un homme peut faire siens les deux vers de Sagesse :

« Allez, rien n’est meilleur à l’âme
que de faire une âme moins triste ! »
(Verlaine)

il demeure attaché par son cœur à l’essentielle Vérité, et il peut entendre ces promesses de l’Ecriture :

« Est-ce qu’une femme oublie son nouveau-né ?
N’a-t-elle point pitié du fruit de ses entrailles ?
Quand bien même elle l’oublierait,
Moi je ne t’oublierai pas. »
(Ésaïe 49:15)

« Ouvrirais-je le sein maternel pour ne point faire naître ?
dit Yahvé ;
Où bien le fermerais-je, moi qui fais naître ?
dit ton Dieu.
Réjouis-toi, Jérusalem !
Et vous tous qui l’aimez qu’elle soit votre joie !
Soyez comblés d’allégresse avec elle,
vous qui portiez son deuil !
Afin que vous suciez jusqu’au rassasiement
le lait de ses consolations.
Afin que vous buviez avec délices
à la mamelle de sa gloire !
Car ainsi parle Yahvé :
Je vais verser la paix sur elle comme un fleuve,
La gloire des nations, tels les flots d’un torrent.
Ses nourrissons seront portés sur la hanche,
et caressés sur les genoux.
Comme une mère qui console son fils,
ainsi moi je vous consolerai… »
(Ésaïe 66:9-13)

Ce Dieu au visage de mère, qui ne tressaillirait de joie en l’entendant se nommer de ce nom qui est le plus beau synonyme de la toute Bonté ?

Nous relier au cœur de Dieu par le cœur de la Vierge

Nous connaissons assez les gestes du Verbe fait chair pour identifier Dieu à jamais avec « ce Cœur qui a tant aimé les hommes. »

Aussi bien, s’Il a tout créé par amour et en vue de l’amour, pour nous faire vivre divinement sa propre Vie – sous la seule réserve de notre consentement – que peut-Il nous demander à titre d’unique nécessaire, sinon l’abandon total qui nous remette entre ses mains comme de petits enfants nouveau-nés, afin qu’il exprime en nous, comme en la transparence de son Verbe, les richesses infinies de son amour :

« Quasi modo geniti infantes… »
« Comme des enfants nouveau-nés,
soyez avides du lait pur et spirituel. »
(1 Pierre 2:2)

Et comment provoquer en nous cette attitude de filiale démission plus efficacement qu’en nous reliant à son cœur par le cœur de la Vierge, donné à l’humanité comme le grand sacrement de la maternelle tendresse de Dieu ?

Si toute créature est, par son être même, le reflet de l’être divin, comment Marie, qui est toute mère, le peut-elle révéler, sinon justement en tant que maternel : infiniment plus que le sien propre, puisqu’il est la source de sa tendresse comme de celle de toutes les mères.

Dieu est plus Mère que toutes les mères.

Mais alors d’où vient notre douleur et cette affreuse dévastation du mal qui fait de toute l’histoire une longue agonie ? Du refus de l’homme qui a lié les mains divines au bois du supplice où Dieu s’offre à ses coups, jusqu’à ce qu’il se cache enfin dans ce Cœur d’où le glaive cruel a fait jaillir un fleuve de vie.

Nous ne savons pas comment l’histoire se déroule au delà du voile, en l’épopée ineffable que chante le Père en son unique Parole dans la flamme de ‘Esprit.

Nous connaissons assez les gestes du Verbe fait chair pour identifier Dieu à jamais avec : « ce Cœur qui a tant aimé les hommes. » (Apparition et déclaration du Christ à Marguerite-Marie Alacoque)

L’évangile de Marie nous conduit à d’autres abîmes…

C’est en enfantant Dieu que la Vierge révèle, en sa maternité, celle toute ineffable de Dieu.

Mais l’évangile de Marie, ou plutôt l’évangile qui est Marie, ne contient pas seulement la révélation du Dieu Mère, n’est pas seulement pour nous la garantie que nous sommes incessamment le fruit de la tendresse divine, que nous avons dans son Cœur à chaque instant un berceau tout neuf, et qu’en nous aussi se réalise, suivant le degré d’ouverture de notre âme, la parole qui fait resplendir la nuit de Noël des clartés de la vraie Lumière :

« Le Seigneur m’a dit : tu es mon Fils,
aujourd’hui même je t’ai engendré. »
(Introît de Noël ; Psaume  2)

Il nous conduit à d’autres abîmes.

 

C’est en enfantant Dieu, en effet, que la Vierge révèle, en sa maternité, celle toute ineffable de Dieu.

Nous devons faire de même, puisque Dieu nous aime assez pour vouloir recevoir de nous « une humanité de surcroît ». (Prière sur la Trinité d’Élisabeth de la Trinité. Carmel de Dijon, 1904)

Cela passe les mots, mais le cœur le peut entendre en s’appuyant sur l’expérience humaine la plus exquise.

Maman, tu es née de mon cœur

L’amour divin a voulu, en nous, naître de nous, pour que sa vie en nous soit le fruit de notre amour et l’accomplissement de notre fécondité.

Une petite fille, au bras de sa mère, allait à la rencontre du soleil couchant, dans la douceur d’un printemps où toute la nature était suspendue de bonheur en la fluidité élyséenne de l’atmosphère empourprée.

Le recueillement du soir s’étendait silencieusement sur les vignes enveloppées d’ombre. Le lac était immobile comme un regard contemplatif dans l’orbite de feu des montagnes. La terre, dans les feuillages peuplés d’ailes, chantait l’hymne de la vie.

Les deux promeneuses cheminaient dans cette gloire sans rien dire, en l’émoi d’une découverte où elles communiaient étroitement.

Tout à coup, enivrée de la beauté du spectacle, ne sachant comment rendre grâce pour tant de joie, la petite fille se jette au cou de sa mère, en lui disant avec ferveur : « Maman, tu es née de mon cœur. »

C’est une restitution analogue, infiniment plus réelle encore, que l’amour divin nous propose : Il a voulu, en nous, naître de nous, pour que sa vie en nous soit le fruit de notre amour et l’accomplissement de notre fécondité :

« Celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux est mon frère et ma soeur et ma mère. » (Mat. 12:50)

Ainsi son destin dans l’univers est en quelque sorte solidaire du nôtre, et sa pauvreté se consomme dans cette attente :

« Je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un écoute ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; le dînerai avec lui et lui avec moi. » (Apoc. 3 :20)

Le Christ nous est confié

La création ne peut aboutir en aucun sans qu’il y consente… Tout homme a une valeur infinie, et chacun des battements de son cœur est indispensable à l’accomplissement du règne de Dieu.

Dans la mesure où nous entendrons cet appel, nous connaîtrons le vrai visage de l’homme.

La création ne peut aboutir en aucun sans qu’il y consente. A ce point de vue, qui est suprême, tout homme a une valeur infinie, et chacun des battements de son cœur est indispensable à l’accomplissement du règne de Dieu.

Nos relations les plus matérielles avec nos semblables, aussi bien, ne laissent pas de nous mettre en rapport avec leurs âmes. Nous ouvrons la porte ou nous la fermons, nous laissons passer Dieu ou nous Lui barrons la route.

On ne tuerait pas des hommes si légèrement si l’on savait qui l’on atteint. On verrait qu’une personne vaut plus, à elle seule, que toutes les richesses matérielles du monde, à cause du Christ qui lui est confié.

Aucun problème ne peut se résoudre hors de cette vue, parce que l’homme ne se trouve qu’à ce niveau.

Le théocentrisme de la contemplation vaut pour toute la vie. En tout être, en toute chose, notre amour doit préparer le berceau du Verbe qui ne veut point cesser de naître au monde :

« Un Enfant nous est né,
Un Fils nous est donné. »
(Introït de Noël à la Messe du Jour – Esaïe 9:5-6)

Avec quelle force devait le sentir un Vincent de Paul en recueillant pour Dieu ceux que l’homme ne voulait plus, un François d’Assise en envoyant frère Ange implorer son pardon des brigands qu’il avait éconduits sans respect.

La sollicitude maternelle de Marie

C’est en vérité une très haute manière de s’unir à Dieu, après s’être nourri de la divine Liturgie, que de faire oraison sur ses frères, en considérant la majesté du Christ qui les couvre d’honneur. Je n’en sais pas de plus simple, de plus urgente et de plus pratique, ni qui réponde plus immédiatement au Testament du Seigneur :

 

« Je vous donne un commandement nouveau, c’est de vous aimer les uns les autres, oui, de vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 13:34)

C’est pour lui donner son parfait accomplissement que Marie demeura sans doute avec l’Église naissante, après l’ascension du Sauveur : aidant chacun à réaliser à l’égard de chacun ce que Saul devait apprendre au sujet de tous les membres en l’unité du Chef : « Je suis Jésus… » (Actes 9:5)

Elle n’a pas cessé, depuis, de communiquer aux chrétiens fidèles cette sollicitude maternelle, gardant en leurs cœurs, dans la lumière du don de sagesse, cette lueur de la science matinale par laquelle tout est connu dans le Verbe, qui est le Fils du Père et le Fils de .Marie, et qui doit devenir le nôtre dans la mesure où nous nous effacerons en Lui :

comme la Femme Pauvre
qui porte dans son cœur
l’éternelle Sagesse d’où procède l’Amour.

TRCUS (*) Livre « Notre Dame de la Sagesse »

 Nouvelle édition ; broché ; publié par les Editions du Cerf, rubrique spiritualité, collection : « Trésors du Christianisme ».

 Parution mai 2009.

 124 pages.

 ISBN 978-2-204-08964-7